L'invité du jour
Entretien
Vendredi 22 novembre 2013
20 min

Ivry Gitlis

L'autobiographie "L'âme et la corde" du célèbre violoniste paraît dans une nouvelle édition augmentée aux éditions Buchet/Chastel, tandis qu'un coffret "Ivry Gitlis, portrait" avec ses plus beaux enregistrements est également sorti chez Decca.

« Le jour où je ne jouerai plus mon violon, c’est que je serai mort. » (La Croix 2010)

Fils de parents russes, né à Haïfa (à l’époque en Palestine mandataire) le 25 août 1922, ou le 22 pour certains.

« Mon anniversaire tombe au mois d'août et mes biographes ne sont pas d'accord sur la date ! Ma mère aura voulu me garder plus longtemps... Elle n'était pas juive pour rien. » (Le Figaro 2012)

« Je ne sais pas qui du violon ou de moi a choisi l’autre. Je voulais un violon et, pour mes 5 ans, parents et amis se sont cotisés. On s’est malheureusement vite aperçu que j’avais un certain talent. » (La Croix 2010)

Il est repéré à 8 ans par le célèbre violoniste Bronislaw Huberman, qui l’envoie à Paris à 10 ans pour entrer au Conservatoire dont il sort à 13 ans : ces trois années resteront pour lui une très mauvaise expérience. Il aura ensuite pour professeurs Jacques Thibaud et Georges Enesco, mais aussi Carl Flesch à Londres.

« Enesco est l’être qui m’a le plus marqué. Il était toute la musique en un seul homme. Il se mettait au piano et jouait avec moi. C’était une expérience de vie, pas une leçon de violon. Je cheminais avec lui. » (La Croix 2010)

Durant la guerre, il fait plusieurs allers retours entre Paris et Londres. Il cherche à s’engager comme pilote à la Royal Air Force mais, recalé, finit par jouer dans les camps militaires, les hôpitaux ou les usines.
En 1951, il passe le Concours Long-Thibaud à Paris, dont il arrive cinquième. Durant les épreuves, une rumeur selon laquelle il volé un Stradivarius pendant la guerre circule, et provoque un véritable scandale le jour de la finale. Six ans après la chute d’Hitler, le fait d’être juif en France provoquait encore des débats.

Dans les années 50, il part alors aux Etats-Unis où il rencontre le grand violoniste de cette époque Jascha Heifetz. Il y commence plusieurs tournées, notamment sous la direction d’Eugène Ormandy et George Szell. C’est à ce moment là qu’il enregistre ses premières interprétations de concertos comme celui de Berg, de Sibelius.
En 1963, il a été le premier violoniste israélien à jouer en Union soviétique.

Il revient à Paris dans les années 60 et continue sa carrière de soliste en jouant avec les plus grand orchestres, les plus grands chefs et dans les plus grandes salles de concert.
De plus en plus médiatisé à partir des années 70 et 80, il participe notamment au Grand échiquier de Jacques Chancel, et est invité à l’une des émissions de Guy Lux, avec Sheila et Claude François, durant laquelle il a joué un mouvement de concerto de Bach.

« Aujourd’hui il m’arrive de rencontrer des gens qui me remercient d’avoir participé à toutes ces émissions. Je ne l’ai pas fait pour me faire mousser ou pour gagner de l’argent, mais pour le plaisir de partager la musique ». (La Croix 2010)

En 1971, il crée un festival de musique au Col de Vence qu’il dirige pendant cinq ans (le festival n’existe plus aujourd’hui), où le public mange et dort dans l’herbe, en écoutant de la musique.

« Vence, c’était de l’amour. Même le public était artiste. Martha Argerich jouait tous les soirs. Charles Dutoit, Misha Maïsky, Alexandre Robinovitch étaient là aussi. Leopold Stokowski, qui avait 95 ans, m’avait demandé s’il pouvait diriger ses arrangements de Bach et Haendel. Cziffra est venu deux fois, Igor Markevitch passait « en copain », Frédéric Lodéon aussi. Jean-Pierre Rampal était présent chaque année. Jessye Norman nous a apporté ses « Nuits d’été », le Quatuor Amadeus a joué vaillamment les derniers quatuors de Beethoven au pied du col de Vence devant 1200 personnes blotties dans des sacs de couchage jusqu’à une heure du matin. J’ai croisé l’archet dans le Double concerto de Brahms avec Pierre Fournier… » (Le Monde de la Musique 2007)

Il crée et dirige ensuite d’autres manifestations et festivals à Menton, Saint-André-de-Cubzac, où il accueille les plus grands interprètes.

En 2008, il fonde avec trois musiciens (Emmanuel Emmerich, Fabienne Taccola et Yves-Laurent Taccola) et un économiste (Marc Chabanne) l’association « inspiration(s) » pour rendre la musique classique accessible à tous les publics et donner l'opportunité à des musiciens talentueux de jouer pour ces publics lors de concerts rémunérés.

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