L'invité du jour
Entretien
Mardi 27 décembre 2016
40 min

Jean-Christophe Frisch, flûtiste

Ce matin, Clément Rochefort reçoit le flûtiste Jean-Christophe Frisch, à l'occasion de son nouvel album avec son ensemble 'XVIII-21 Le Baroque Nomade'.

Jean-Christophe Frisch, flûtiste
Jean-Christophe Frisch, © Radio France

Inde, Ethiopie, Chine, Afghanistan, Indonésie… Outre une évidente curiosité, une soif de rencontres et de nouvelles inspirations, on trouve également dans la démarche du musicien globe-trotter Jean-Christophe Frisch une quête technique, musicologique et, parfois même, politique.

Une quête technique, car interpréter de la musique baroque, c’est se frotter à un répertoire ancestral, issu d’une tradition orale que nous avons remplacé ici, en Occident, par l’écrit. Aller à la rencontre de musiciens chinois, indiens ou éthiopiens, pour qui l’oralité tient encore une place prépondérante dans l’apprentissage de la musique, c’est donc une façon, pour Jean-Christophe Frisch et son ensemble, de poursuivre leur formation.

Les voyages sont aussi une quête musicologique, puisque l’histoire de la musique reflète l’histoire des métissages culturels. « Cela n’empêche pas qu’il existe des identités, des musiques que l’on aime plus que d’autres à certains endroits », précise le flûtiste, mais « les grandes traditions sont toujours le résultat de rencontres, de croisements et de voyages. »

C’est notamment aux voyages du peuple juif que s’est intéressé l’ensemble XVIII-21 dans son dernier album, D’Or et de Lumière. « A la fin du XVème siècle, les Juifs ont été expulsés d’Espagne et se sont répandus à travers l’Europe, notamment en Italie du nord. Ils y ont apporté des techniques de lutherie d’origine arabe, qui se sont alors croisées avec les techniques de lutherie italienne. »

« La communauté juive installée en Italie a développé toute une famille d’instruments, instruments qui ont ensuite donné naissance au violon, à la viole de gambe, ect. » D’où la rencontre, dans cet album, entre le baroque italien et les musiques juives traditionnelles, entre des percussions orientales et le colascione, instrument du sud de l’Italie « qui sonne un peu comme une guitare électrique des années soixante. »

Les voyages de Jean-Christophe Frisch nourrissent sa pratique et sa musique, mais pas seulement. Ils sont aussi une prise de conscience, un acte presque politique, comme lorsque lui et son ensemble participent au premier concert public donné à Kaboul après la levée de l’interdiction de faire de la musique par les talibans.

« On ne pourrait plus le faire aujourd’hui, les musiciens sont de nouveau trop mal vus. Et nous avons rencontré des gens qui nous ont raconté comment ils ont enterré leurs instruments dans leurs jardins pour ne pas qu’on les découvre, pour ne pas qu’on sache qu’ils sont musiciens. Ils nous ont raconté comment ils se calfeutraient pour faire quand même de la musique clandestinement. »

« C’est terrible de se dire que certains doivent se cacher pour faire une chose aussi anodine et bienveillante que la musique. »

Programmation musicale de l'invité

Danse traditionnelle
The Jewes Dance
Ensemble XVIII-21 Le Baroque Nomade, jean-Christophe Frisch, flûtes & dir.
EVIDENCE

_*♫ Giuseppe Lidarti
*_Ester
Cyrille Gerstenhaber, soprano,Ensemble XVIII-21 Le Baroque Nomade, jean-Christophe Frisch, flûtes & dir.
EVIDENCE

♫ Chant traditionnel Juif
Avinu Malkenu
Cyrille Gerstenhaber, soprano, Ensemble XVIII-21 Le Baroque Nomade, jean-Christophe Frisch, flûtes & dir.
EVIDENCE

♫ Ludwig Van Beethoven
Sonate op. 53 “Waldstein” (3. Rondo).
Soo Park, pianoforte.
Label Hérisson

_*♫ trad. Ethiopie
*_Goragué
Ensemble XVIII-21 Le Baroque Nomade, Jean-Christophe Frisch, flûtes & dir.
EVIDENCE

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