L'invité du jour
Entretien
Mercredi 8 juin 2016
1h 23mn

Guillaume Connesson

L’inspiration de Guillaume Connesson a pu suivre, au fil du temps et d’œuvres d’une grande diversité, "la mosaïque complexe du monde contemporain", pour reprendre ses propres termes.
Les 3 pièces pour orchestre de la Trilogie symphonique rendent hommage chacune à un pays et à une culture qui sont particulièrement chères au compositeur. A l’Allemagne remplie de drame et de joie de Flammenschrift répond la lumière italienne de E chiaro nella valle il fiume appare, avant la Russie colorée et festive de Maslenitsa.
Pour sortir au jour, concerto pour flûte et orchestre, est le nom original du Livre des morts de l’Egypte antique.
Ces rouleaux de papyrus étaient placés près de la momie afin de l’aider à réussir son voyage dans l’au-delà et à accéder à la lumière d’Osiris.
C’est ce voyage spirituel que le concerto évoque, un voyage d’ombre et de lumière au pays de l’Amenti, le paradis des anciens égyptiens.

Biographie :

Né en 1970, Guillaume Connesson n’a pas subi les diktats idéologiques et esthétiques qui régissaient encore le travail des artistes de la génération précédente. Toujours bien sonnante, souvent spectaculaire, sa musique a profité, au contraire, d’influences multiples, sans frontière ni tabou. Avec un mélange de pragmatisme et de naïveté qui sont la marque des grands créateurs, un univers très personnel s’est construit. L’inspiration de Guillaume Connesson a ainsi pu suivre, au fil du temps et d’œuvres d’une grande diversité, “la mosaïque complexe du monde contemporain”, pour reprendre ses propres termes.

Ses premiers pas de compositeur sont guidés par un besoin d’ouverture qui s’exprime par l’influence marquante des musiques populaires, perceptible dans des œuvres comme Night Club, pour orchestre (1996), le Double Quatuor (1994) ou la Disco-Toccata (1994). Cette veine essentiellement rythmique et hédoniste, si rare dans la musique savante contemporaine, s’est poursuivie jusqu’à la brillante Techno-Parade pour flûte, clarinette et piano, composée en 2002. Comme chez les compositeurs répétitifs américains (Reich, Adams) qui eurent également une influence déterminante sur le jeune Connesson – en témoigne encore son Sextuor de 1998 – l’esprit de la danse irrigue ses partitions. On ne sera pas surpris non plus de constater que son invention ait alors été stimulée par le cinéma avec L’Aurore, en 1998, pour accompagner le film muet de Murnau.

Dans ses œuvres orchestrales, Guillaume Connesson cherche en effet à créer des images fortes, propres à impressionner durablement l’auditeur. Il aime cependant les atmosphères changeantes et les mélodies sinueuses qui trouvent leur résolution dans une écriture riche, dense, parfois touffue et pourtant toujours lisible. L’Appel du feu, suite tirée de L’Aurore, Enluminures (1999) ou le Triptyque symphonique (1997-2007) illustrent ce métier d’orchestrateur hors pair, dont les recherches harmoniques sont toujours au service de l’expression. Autrement dit, le langage musical lumineux choisi par le compositeur n’est jamais assujetti à des expérimentations stériles. Pragmatisme contre idéalisme ? Oui, si l’oreille est préférée à la spéculation. Connesson, ô révolution !, écrit pour des musiciens complices. Il tente aussi, par tous les moyens musicaux à sa disposition, de s’adresser à un public dont il sait capter l’attention et aiguiser la curiosité.

Puisqu’il aime par-dessus tout l’opéra et qu’il n’a pas peur des épanchements lyriques, Guillaume Connesson devait écrire pour la voix. Liturgies de l’ombre, Le Livre de l’amour et Medea, pour voix de femme, ont vu le jour entre 2000 et 2004 et marquent certainement une inflexion, voire un tournant dans son parcours de compositeur. Ces pages dévoilent un monde plus intérieur, tourmenté, angoissé. Des interrogations nouvelles transparaissent dans de pénétrantes élégies (“De L’espérance”, sur un poème de Charles Péguy, comme tout le cycle des Liturgies de l’ombre ; “My Sweat Sister”, de Lord Byron, dans Le Livre de l’amour ; et même dans une pièce orchestrale de la même période, comme Une lueur dans l’âge sombre, 2005) ou dans des scènes d’une rage désespérée (l’âpre Medea, d’après un texte de Jean Vauthier).

Ces différentes inspirations sont synthétisées dans l’ambitieuse cantate pour soliste, chœur et orchestre Athanor (2003), saisissante partition haute en couleurs et en émotions, dont le nom est celui que l’on donne au fourneau des alchimistes. Un symbole et même un emblème pour un artiste qui cherche sans cesse à provoquer le miracle, celui qui permettrait à la musique de transformer l’instant en éternité.

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