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Lundi 3 octobre 2016
38 min

Entretien avec Steve Reich : « Quand vous avez une attirance magnétique pour la musique, vous êtes coincé »

A l'occasion de son 80ème anniversaire aujourd'hui, France Musique consacre une journée entière au compositeur Steve Reich. Entretien inédit enregistré réalisé par Arnaud Merlin il y a quelques jours, chez le compositeur à New-York.

Entretien avec Steve Reich : « Quand vous avez une attirance magnétique pour la musique, vous êtes coincé »
Le compositeur Steve Reich ©Getty

Irrémédiablement attiré par la composition, Steve Reich renonce à intégrer Harvard et abandonne ses études de philosophie au profit de la Juilliard School of Music de New York. A la perspective « d’une vie universitaire pas très attirante », il préfère ainsi les cours de piano et de percussions.

Pourtant Steve Reich est, à sa manière, un chercheur. Comment qualifier son oeuvre autrement que comme le fruit d’expérimentations musicales et techniques ? « Lorsque j’ai composé Drumming, en 1974, j’utilisais tout simplement des bongos et un magnéto stéréo. Je jouais et j’enregistrais. Je mettais en boucle puis je jouais sur la boucle. C’est là que j’ai commencé à entendre des motifs, des voix de femmes qui chantaient. C’était comme dans un tapis oriental : un motif s’intégrait dans un autre ».

C’est à l’exemple de Drumming que s’est construite l’oeuvre de Steve Reich : par des découvertes et des instants de bascules, le tout ancré dans un mouvement plus profond et global de renouvellement. « Je suis d’une époque où Ravi Shankar faisait des tournées mondiales, où les Beatles mettait de la sitar dans le rock ». La musique occidentale a en effet atteint, en ce milieu de XXe siècle, ce que le compositeur identifie comme un seuil maximal, une limite propre à tout courant musical. « Je pense que de Haydn à Wagner, puis de Wagner à Schoenberg et de Schoenberg à Boulez, il y a un mouvement qui est né, qui a fleuri et qui s’est tout simplement fané. C’est ainsi que vont les choses ».

Face à Boulez, Berio et Chostakovitch, Steve Reich préfère ainsi l’influence des musiques de Bach, Stravinsky et John Coltrane : « Je n’aurais pas pu vivre ma vie en faisant autre chose ». Se désintéressant de ce qui est devenu « trop compliqué pour attirer les auditeurs », Steve Reich propose alors une nouvelle forme musicale : le minimalisme.

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