L'invité du jour
Entretien
Mardi 9 février 2021
25 min

Vers une rémunération plus juste des artistes sur les plateformes de streaming musical ?

Avoir un catalogue musical infini pour 9,99 € par mois, mais à quel prix pour les artistes ? Avec différents acteurs de la vie musicale en France, analysons les problématiques des plateformes de streaming à partir de l'étude du CNM paru il y a quelques jours, pointant du doigt de nombreux problèmes.

Vers une rémunération plus juste des artistes sur les plateformes de streaming musical ?
Après une étude publiée par le Centre national de la musique, quels sont les nouveaux enjeux des plateformes de streaming ?,, © Getty / PeopleImages

Le Centre national de la musique (CNM), qui a vu le jour en janvier 2020, a publié le 27 janvier dernier une étude concernant la rémunération des artistes sur les plateformes de streaming musical. Cette étude, unique en son genre, met en lumière les nombreux problèmes que rencontrent les artistes. L'essor des plateformes de streaming soulève de nombreuses questions : économiques mais aussi artistiques. Pour y répondre, nous tendons le micro au président du Centre national de la musique, Jean-Philippe Thiellay, au directeur d'Outhere Music, Didier Martin, au directeur de Deezer Louis-Alexis de Gemini, ainsi qu'à la chanteuse Cléa Vincent.

Pour une rémunération plus équitable

Le point majeur soulevé par l'étude du CNM est le mode de calcul des redevances. L'argent que reçoit un artiste pour sa musique en ligne est actuellement calculé par le nombre d'écoutes d'un titre, sur l'entièreté des écoutes du catalogue de la plateforme, et ce, en comptant l'intégralité des utilisateurs. 

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L'enquête réalisée propose un autre mode de calcul, centré sur l'abonné (User Centric). Ainsi, si une personne écoute un seul disque, les 9,99 € de son abonnement iront au seul artiste écouté. Cela se révélera très favorable aux musiques de niches telles que la musique classique,le jazz ou encore le metal. L'impact sera légèrement en baisse ou stable pour les musiques populaires telles que le rap ou la pop. "En passant par ce mode de calcul, ça changerait beaucoup de choses dans la répartition de certains revenus, puisque le système actuel favorise les écoutes très populaires notamment auprès des jeunes" déclare Jean-Philippe Thiellay. En effet, les jeunes générations ont pour habitude d'écouter de nombreuses fois le même titre, ce qui augmente le nombre de clics et accroît donc la rémunération des artistes en question.

Cette étude traite également d'autres paramètres, comme la quote-part des personnes entourant l'artiste, les labels prenant au minimum 50 %, le système de recommandations très obscure, ou encore la fraude aux écoutes répétitives. Le CNM demanderait une meilleure répartition des redevances entre les ayants droits, un éclaircissement des recommandations, et un bannissement des comptes frauduleux.

Des enjeux d'actualité

A l'heure actuelle où les artistes ne peuvent plus se produire en concerts, la musique enregistrée reste encore le seul moyen pour eux de gagner leur vie. Aujourd'hui, 90 % des artistes reçoivent moins de 1 000 euros par an, même si leurs titres sont écoutés 100 000 fois.

Il paraît donc inacceptable pour Jean-Philippe Thiellay, président du CNM et porte-parole de cette étude, et Didier Martin, directeur du groupe Outhere, regroupant entre autres le label Alpha, de laisser les artistes français avec un si faible revenu.
Didier Martin souhaite tirer la sonnette d'alarme. Le streaming est en train de devenir le modèle dominant d'écoute de la musique, ce dont se réjouit le directeur du label Alpha mais selon lui ce système imaginé il y a plusieurs années ne répond plus aux caractéristiques économiques actuelles : "Il faut un système logique et juste et c'est normal de payer ce que l'on écoute" avertit Didier Martin. Le secteur de la musique classique serait pénalisé par le modèle utilisé par les plateformes de streaming : "La mesure est faite à partir de la plage musicale, dès 30 secondes d'écoute alors que les plages de musique classique ont des durées bien plus longues" constate le directeur.
Enfin selon lui, en passant au modèle préconisé par l'étude du CNM, cela permettrait de sauver la diversité musicale et de proposer des répertoires peu connus, tout en continuant à enregistrer des jeunes talents.

Vous pouvez retrouver l'étude complète sur CNM en cliquant ici.

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