Lundi 5 octobre 2020
25 min

Alexander Neef : "La maison est debout"

L'arrivée anticipée d'Alexander Neef à la tête de l'Opéra de Paris oblige l'institution lyrique à accélérer son processus de transition pour se relever de sa situation catastrophique. C'est une question vaste et épineuse que nous posons au nouveau directeur : comment réinventer l'opéra de demain ?

Alexander Neef : "La maison est debout"
Le nouveau directeur de l'Opéra de Paris, Alexander Neef, s'exprime sur les projets qu'il souhaite mener à la tête de l'institution parisienne, © E.Bauer

Nommé officiellement le 24 juillet 2019, après un suspens long de 18 mois, sur les 11 postulants, Alexander Neef a été choisi par Emmanuel Macron pour prendre ses fonctions de directeur de l'Opéra de Paris à partir d'août 2021.
Toutefois le 11 juin dernier, Stéphanie Lissner qui dirigeait l'institution depuis 2014, annonça au Monde son départ anticipé à la fin de l'année arguant que “l’opéra est à genoux”.
Alexander Neef, qui était en poste à la Canadian Opera Company de Toronto, n'avait alors plus d'autres choix que de quitter prématurément le Canada. La Ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, lui demanda de prendre ses fonctions encore plus tôt, dès le 1er septembre afin de mettre en place les projets permettant de redresser l'institution lyrique dans les plus brefs délais.

Les défis économiques

L'Opéra de Paris qui fête cette année son 350e anniversaire a vécu une saison cauchemardesque. Le mouvement social contre la réforme des retraites qui a paralysé une partie des spectacles à partir de décembre, suivi par la crise sanitaire laissent l'institution dans une situation précaire. Stéphane Lissner a annoncé un déficit historique de 45 millions d'euros.
La billetterie qui s'effondre, les touristes qui ne sont plus présents pour les visites et le mécénat qui dégringole sont autant de problématiques à gérer pour le nouveau directeur des lieux.
Cependant, après l'annonce choc de l'Etat de mettre en place 2 milliards d'euros d'aide pour la culture, nous apprenions que 432 millions d'euros étaient alloués au spectacle vivant, et qu'une dotation de 81 millions d’euros était spécifiquement offerte à l’Opéra de Paris. Cette aide, certes conséquente, ne répondra pas à toutes les questions budgétaires de l'institution. C'est tout le système économique de l'Opéra qui est à revoir. La Ministre de la Culture a demandé à Alexander Neef lors de son intronisation de "repenser tout le modèle de fonctionnement de l’Opéra".
Après la crise inédite que l'Opéra traverse depuis décembre, qui fut d'abord une crise sociale, Alexander Neef déclare que les pertes s'estimeront autour de 50 millions d'euros d'ici à la fin de l'année. Au micro de Jean-Baptiste Urbain, le directeur annonça également être "reconnaissant" de l'aide de 81 millions d'euros proposée par l'Etat car "cela remet la maison sur pied".

"On travaille sur plusieurs scénarios... Si la crise sanitaire persiste et ne nous permet pas de faire certaines choses, on s'adaptera. On travaille sur un plan A, mais aussi sur d'autres plans de secours pour pouvoir maintenir l'activité" Alexander Neef

Avant de prendre de nouvelles décisions, Alexander Neef doit attendre le rapport attendu en novembre rédigé par deux anciens de la maison : Georges-François Hirsch et Christophe Tardieu, visant à mener une mission de réflexion autour de l'Opéra de Paris. Cet état des lieux permettra au nouveau directeur d'insuffler une nouvelle politique pour "la grande boutique".

Un tournant artistique majeur

Depuis sa nomination, Alexander Neef a souvent été interpellé sur la création d'une troupe à l'Opéra de Paris. Cette idée semble intéresser le nouveau directeur.
Egalement, Alexander Neef mène une réflexion sur les principes des séries et des alternances qui régissent les rythmes des spectacles proposés. Le directeur souhaite également s'inscrire dans une logique de théâtre de répertoire. Il ne veut pas refaire systématiquement les mêmes grands titres : "historiquement, les quatre derniers directeurs ont fait leur Traviata" et cela "n'est pas une priorité" pour Alexander Neef de suivre cette tradition.
Le nouveau directeur a pour objectif de faire remonter les titres qui ont vu le jour sur la scène de l'Opéra de Paris mais qui sont tombés dans l'oubli depuis, mais aussi de se tourner vers la musique baroque française et italienne.
Enfin, Alexander Neef veut "nourrir l'opéra du 20e et surtout du 21e siècle mais pas nécessairement avec des créations mondiales mais aussi avec des reprises d’œuvres qui ont connu un succès ailleurs pour les ancrer dans le répertoire".

Son prédécesseur Stéphane Lissner a amené sur la scène de l'Opéra Bastille les grands noms du lyrique, tels que Jonas Kaufmann, Anna Netrebko ou encore Bryn Terfel. Certains s’insurgeaient des cachets qui s'envolaient avec ces programmations. Alexander Neef déclare vouloir arrêter avec le star system : "il ne faut pas seulement engager des stars, il faut aussi en créer... en intégrant encore plus l'Académie sur les deux grandes scènes" mais également en faisant venir davantage des chanteurs français.

Les invités :
L'équipe de l'émission :