A l'improviste
Magazine
Samedi 28 février 2015
59 min

Le duo Edward Perraud / Jacques Rebotier au Festival Sons d'Hiver

A l'Improviste se fait l'écho du festival Sons d'Hiver ce soir avec une performance pas comme les autres baptisée "Poésie-Téléphone" et qui réunit le poète-performer Jacques Rebotier et le batteur Edward Perraud.

A l’Improviste au Festival Sons d’Hiver
Avec Jacques Rebotier, textes et Edward Perraud, batterie
Enregistré à Ivry sur Seine le 10 février 2015

Côte à côte sur la scène du théâtre Antoine Vitez à Yvry sur Seine, un musicien des mots Jacques Rebotier et un musicien des sons Edward Perraud.
Le premier tient à portée de mains des poèmes de son cru, extraits de deux Recueils édités*, que tout un chacun peut se mettre en bouche à volonté. Ces poèmes maintes fois dits, murmurés, éructés, lors de performances antérieures, Jacques Rebotier les mixe dans l'instant avec d'autres, souvent inventés dans l'instant. De temps en temps, Jacques Rebotier fait un signe vers le régisseur Frédéric Rui.
Une séquence vidéo apparaît sur l'écran en fond de scène. Que nous montrent ces séquences ?
Invariablement, des hommes illustres, autrement dit nos hommes politiques, que Jacques Rebotier transforme en solistes et dont la parole, le discours, est disséqué rythmiquement, comme un professeur de solfège le ferait.
Le poète Jacques Rebotier se fait à cette occasion conférencier, de préférence un mauvais conférencier.
La démonstration vise, comme toujours, à scruter au scalpel les dérèglements, les glissements, les dérapages de la parole. A vous d'identifier les voix des Hommes illustres capturés par Jacques Rebotier sur le net. Voilà pour le musicien des mots !
Le musicien des sons - beau plénonasme - Edward Perraud, est assis, lui, derrière sa batterie élargie grâce à quelques pads électroniques, et riposte. Les sons et les mots s'entrechoquent, dansent ensemble.
C'est à cette joute et cette chorégraphie mêlées que vous invite cette émission, d'un seul souffle !
Cette performance est un miroir tendu vers notre société contemporaine dans laquelle on aimerait parfois faire de l'humain une belle machine alors que, sans doute, il se définit mieux par ses ratés, par ses approximations. Ces dérèglements, ces faux-pas plaisent beaucoup au compositeur et poète Jacques Rebotier qui joue ici le rôle de Monsieur Déloyal à l'affût de tout ce qui chez nous est téléphoné.

Une production : voQue - compagnie conventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC Île-de-France / Théâtre & Musique)
Régie son/video : Frédéric Rui

  • le Dos de la langue de J Rebotier (Gallimard)
Livre Le dos de la langue de Jacques Rebotier
Livre Le dos de la langue de Jacques Rebotier
  • Litaniques de J Rebotier (Gallimard)
Livre Jacques Rebotier Litaniques
Livre Jacques Rebotier Litaniques

Musiques additionnelles :
CD Préhistoire(s)
Improvisations d'Edward Perraud /
Quark records

Article paru dans Jazz Magazine, par Franck Bergerot :
Sons d’hiver, théâtre Antoine Vitez, Ivry (94), le 10 février 2015.
Jacques Rebotier (slam… si l’on veut, en moins pompeux que le slam), Edward Perraud (batterie… si l’on veut, comme on parle de batterie de cuisine)
Jacques Rebotier écrit comme on improvise. On pourrait le croire. Ça pourrait bien lui donner du mal en amont. Qu’importe il récite comme on improvise, en improvisant d’ailleurs un peu. L’essentiel est le jeu, le jeu sur les mots qui n’est pas le simple calembour, mais une sorte de déconstruction de situations conversationnelles banales, de lieux communs, ces petits mots qui s’ajoutent les uns autres tout au long d’une vie jusqu’à laisser un gigantesque un gros tas derrière vous le jour de votre mort, s’ils n’étaient, seconde après seconde, dispersés par l'inéluctable ventilation des horloges. Ils pourraient avoir été précisément collectés par Rebotier. Ils le sont en tout cas, lorsque Rebotier projette à l’écran des captations de propos de nos hommes politiques (Giscard, Hollande, Sarko, Sapin) dont il isole un fragment “grandiose” pour en établir le relevé rythmique et mélodique sur une partition qu’il fait reprendre en cœur à son public en guise de leçon de solfège. Le tout assisté d’Edward Perraud qui frappe, scroutche, touille, scratche, vibrillonne, scritche, mugit, sproutche, electrolyse, splashe et radadaboumagongue, avec un sens de la répartie qui confine à quelque chose d’extralucide, une espèce de folie kalédioscopique où vient se reconstituer l’envers du dérèglement discursif qui lui fait face
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