Lundi 23 février 2015
4 min

Tarek Abdallah et son disque "Wasla"

Petit tour du côté de la musique classique égyptienne. Avec son nouvel album « Wasla » Tarek Abdallah nous replonge dans l’âge d’or de l’art du luth arabe en solo.

Tarek Abdallah et son disque "Wasla"
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L’instrument apparaît pour la première fois en Babylonie : sur le bas relief du temple de Hammourabi, sixième roi de la première dynastie de Babylone, en 1792 avant Jésus-Christ, on distingue gravés dans la pierre, les premiers joueurs de luth.

Trois siècle plus tard, le luth apparaît en Égypte où on le retrouve dans la tombe d'Harmosis (environ 1500 avant J-C). Pendant la première civilisation pharaonique, les Egyptiens ont utilisé le luth pour leurs cérémonies religieuses.

Mais le luth oriental, tel qu’il existe aujourd’hui, nous le devons au musicien Mansour Zelzal qui vécut au Caire au 8ème siècle et fonda le premier conservatoire de l’histoire au Proche-Orient - destiné principalement à la formation des « qayna », les esclaves-chanteuses. Mansour Zelzal est considéré par les historiens de la musique comme le "père du classicisme musical musulman". Il développe une tradition de transmission orale qui incite à l’improvisation.

Sur son nouvel album, Tarek Abdallah rend hommage à la « wasla » égyptienne, une suite musicale savante née à la fin du 19ème siècle qui disparaît dans les années 40 avec la mort d’un des maîtres en la matière, le musicien Salah Abdelhaye dont je vous propose d’écouter un enregistrement :

Tarek Abdallah travaille à partir des trésors d’enregistrement de l’époque. Le premier enregistrement sonore sur 78 tours date de 1903 date à partir de laquelle, les grandes industries du disque, Odion, Pathé, Gramophone, Colombia s’installent en Egypte pour des raisons fiscales. La loi du tribunal mixte donnait aux étrangers le droit de faire des activités commerciales sans être taxés. Ils ne payaient pas d’impôts ! Seul problème du 78 tours, la contrainte technique : sa durée était limitée à 3-4 minutes pour une face, ce qui entraînait un morcellement du discours musical.

Tarek Abdallah s’intéresse aux pièces vocales basées sur un même mode qui alterne plusieurs rythmes. Sur son nouvel album Wasla, il fait revivre cette suite musicale oubliée avec ses cycles rythmiques complexes et longs dont on ne se sert plus aujourd’hui. Il est accompagné par Adel Shams el Din au riqq, un tambourin utilisé dans le répertoire de la musique classique arabe depuis l’Antiquité.

Tarek Abdallah découvre sa vocation très tôt, mais il devra attendre des années avant d’avoir la chance d’être formé à la technique du luth classique. Il est enfant lorsqu’il voit dans un film égyptien en noir et blanc une scène où un comédien joue du luth. Il est tout de suite fasciné. Convaincu qu’il en fera son métier.

Il se dit : « Il faut que je joue de cet instrument » mais sa famille ne comprend pas qu’il veuille faire de la musique. Il devra attendre d’avoir 19 ans pour toucher un luth pour la première fois de sa vie.
A l’école, il prend des cours de théâtre, ce qui lui permet de fréquenter le milieu artistique d’Alexandrie où il a grandi. Il rencontre alors des chanteurs qui s’accompagnent au luth et emprunte l’instrument.

Pendant plus d’un an, il passe ses nuits à essayer de retrouver des mélodies qu’il avait mémorisées. Puis il se rend compte qu’il ne peut pas aller plus loin tout seul, qu’il est limité techniquement.
Il travaille dix heures par jour pour obtenir un niveau assez bon pour rejoindre la maison du luth arabe. Il a la chance de rencontrer Hassem Chahine, l’un des plus grands joueurs de oud en Egypte qui va devenir l’un de ses plus grands maîtres.

Depuis 2001, Tarek Abdallah vit en France. Il est chercheur en musicologie à l’Université de Lyon et travaille sur la notion de virtuosité en Egypte entre 1904 et 1932 grâce aux nombreux enregistrements qui ont immortalisé cet âge d’or du luth égyptien. Il analyse l’évolution de la forme de jeu, ornementation, technique instrumentale. Ce travail nourrit aussi ses compositions et ses improvisations actuelles.

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