Lundi 20 avril 2015
5 min

Siska s'affranchit de ses identités

On l’a longtemps connue sous le nom de Sista K la chanteuse du groupe marseillais Watcha Clan avec lequel elle a été plus de dix ans en tournée dans le monde entier avec deux albums mythiques Caravane Hi Fi sorti en 2008 et Radio Babel sorti en 2011. Aujourd’hui elle sort un album solo et se rebaptise Siska contraction de Sista K.

Elle nous avait habitué à des textes ancrés dans l’actualité et très engagé politiquement, sur ce nouvel album, Siska nous plonge dans son intimité avec des textes universels qui parle des rapports humains dans ce qu’ils peuvent avoir de plus conflictuel comme avec le morceau « Dangerous » où elle nous parle de la violence que l’on peut parfois retourner contre nous-même…

La même violence qui existe aussi dans la relation amoureuse, lorsque la peur de perdre l’autre peut nous rendre maladivement possessif. Un morceau qu’elle chante en featuring avec le rappeur américain Raashan Ahmad.

La collaboration entre Siska et le rappeur américain Raashan Ahmad ne date pas d’aujourd’hui, ils se sont rencontrés en 2012 à Oran en Algérie dans le cadre d’une collaboration initiée par Marseille capitale de la culture en 2013. Une rencontre qui a même donné lieu à la naissance du groupe éphémère baptisé pour l’occasion « Wilaya 49 » qui réunissait sur scène le groupe Watcha Clan, les rappeurs algériens TOX et Raashan Ahmad. Présenté au festival Bab el Med à Marseille en 2013, le projet Wilaya 49 avait séduit les tourneurs et s’est produit pendant deux ans dans toute l’Europe.

Il faut dire que Siska a l’habitude des fusions à la fois culturelles et musicales. Elle s’est fait connaître du grand public lorsqu’elle était la chanteuse du groupe Watcha Clan où l’électro rencontrait les musiques traditionnelles yiddish des Balkans et la musique populaire arabe…

Sista K est algérienne par son père et juive d’Europe de l’Est par sa mère. Un héritage familial parfois difficile qu’elle a su totalement transcender et réconcilier avec la musique. (une partie de sa famille vit en Israël et parfois l’actualité avait un impact sur sa vie personnelle)

Avec son groupe Watcha Clan elle passait sans difficulté de l’arabe à l’hébreu… En 2003, le groupe est invité à jouer à l’Institut français d’Alger, Siska découvre sa part algérienne, et se rend compte à quel point l’héritage paternel est en elle, elle s’y sent chez elle et c’est ce voyage qui va lui donner envie d’expérimenter la rencontre sur scène des musiques populaires d’Europe de l’Est et du sud de la Méditerranée sont proches…

La preuve en musique avec le morceau « Chilet Layani » mythique chanson d’amour algérienne qu’elle transforme sur le même track en « Balkan Quoulou », réinterprétation yiddish remixée aux rythmes électro.

Après avoir exploré des contrées lointaines et croisé des genres musicaux qui ont rarement l’habitude de se rencontrer sur scène, Siska revient à l’essentiel avec ce premier album solo…

Pour la première fois Siska n’est pas dans la performance : elle nous avait habitué à chanter dans plusieurs langues, à passer de la chanson populaire traditionnelle au trip hop et à l’afrobeat avec une très grande dextérité et un talent pour des performances impressionnantes sur scène avec ses musiciens. Cette fois-ci elle revient à elle-même, se confie et laisse sa voix puissante se déployer sans avoir peur de nous la révéler sans artifice dans sa plus grande pureté. Comme dans le morceau Badly … où l’on ressent l’héritage mélancolique de Portishead…

Siska vient de terminer une tournée en Allemagne, pays où elle bénéficie déjà d’une grande notoriété, son album Diaspora Hifi avec le groupe Watcha Clan avait été édité par le label berlinois Piranha. Elle sera en concert le 26 juin au Batofar à Paris puis en tournée en France et en Europe…

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