Lundi 2 février 2015
4 min

Pura Fe

Hind Meddeb replonge aux sources de l’histoire des Etats-Unis grâce à la voix et à l’engagement d’une grande chanteuse d’origine indienne.

Avec sa musique, Pura Fe porte à travers le monde la voix des Indiens d’Amérique. De ses origines multiples, elle puise son inspiration musicale et son engagement politique pour les droits des « Native Americans ».

Son père est né à Puerto Rico dans une famille métissée, avec des ancêtres indiens mais aussi espagnols et corses ! Du côté de sa mère, Pura Fe appartient à la tribu Tuscacora dont les derniers survivants sont installés en Caroline du Nord et au Canada. Elle y devient une citoyenne engagée, organise des workshop d’artisanat et enseigne.

Pura Fe a grandi à New York avec sa mère qui était chanteuse d’opéra notamment dans l’orchestre de Duke Ellington mais dans l’Amérique des années 60, être une femme de couleur est un véritable handicap, Pura Fe se souvient que sa mère n’a pas pu faire une carrière à la hauteur de son talent.

A la maison, Pura Fe est entourée par ses tantes : elles sont six et elle sont toutes chanteuses. L’initiation à la musique se fait donc d’abord en famille.

Pura Fe rentre ensuite à la Lincoln Square Academy. Elle est encore étudiante quand elle se fait embaucher pour jouer dans des comédies musicales à Broadway puis elle devient choriste pour de grands noms du blues et du jazz.

Son destin bascule lorsqu’elle découvre la « Native music » de ses ancêtres amérindiens et qu’elle décide de quitter New York pour s’installer dans la communauté tuscacora en Caroline du Nord. Ce retour aux sources marque le début de sa carrière de chanteuse.
D’abord avec le groupe Ulali qu’elle forme en 1987 qui rencontre un immense succès international. Puis en solo depuis le début des années 2000. Pura Fe crée un nouveau genre : la rencontre du blues et des musiques amérindiennes.

Pura Fe explique que la pulsation du blues vient des tambours de la nation indienne, un rythme que l’on appelle le shuffle. Elle rappelle aussi que pendant les guerres qui ont opposé la tribu Tuscacora aux colons européens au 18ème siècle, de nombreux indiens furent faits prisonniers et réduits en esclavage. Le combat des « native americans » et des noirs américains pour l’égalité des droits est si proche que les deux causes se rejoignent jusque dans la musique.

Le jazz, le blues et la musique traditionnelle amérindienne ont des origines communes, celle de la violence des colonisateurs qui ont construit l’Amérique en décimant le peuple indien et en exploitant les populations venues d’Afrique pour servir d’esclaves.
C’est ce que nous révèle Pura Fe à travers son engagement personnel et son œuvre.

Dans ses tribunes publiques, Pura Fe dénonce sans relâche les grandes compagnies pétrolières qui pour exploiter le gaz de schiste sont prêtes à tout. Même à déloger par la force les tribus indiennes qui vivent sur ces territoires convoités. Elle regrette le manque de relais médiatiques aux Etats-Unis et pointe les failles de « la grande démocratie américaine » assujettie aux puissants lobbys.
Elle regrette que les exactions commises par de grandes compagnies se soient pas punies par la loi. Lorsque les populations indiennes sont menacées voire même attaquées physiquement par les mafias locales, la justice américaine peine à réagir. Pura Fe regrette que les minorités aux Etats-Unis continuent encore aujourd’hui d’être considérées comme des citoyens de seconde zone.

Pura Fe revient d’un voyage en Ecosse où elle est en train de créer un nouveau projet avec trois chanteuses : une Ecossaise, une Palestinienne et une Maori. A elles quatre, elles parlent d’une seule voix des peuples opprimés. Une tournée est prévue en 2016 en Grande-Bretagne.

Pura Fe sera en concert le 5 février 2015 à l'Alhambra à Paris, dans le cadre du festival "Au fil des voix".

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