Lundi 27 avril 2015
5 min

Pour son nouvel album "Osloob Hayati", la flûtiste franco-syrienne NaÏssamn Jalal revient avec son quintet Rythms of Resistance

L’album s’intitule « Osloob Hayati » ma façon de vivre et il a été entièrement composé par Naïssam Jalal. Elle s’est volontairement entourée de musiciens aux identités multiples : un italien au percussions, un hongrois à la basse, un allemand à la guitare et au violoncelle et un marocain au saxophone. Une formation à l’image de la vie et de l’œuvre de Naïssam Jalal qui assume son métissage culturel et musical.

Naïssam est née en France de parents syriens qui ne lui ont pas appris à parler à l’arabe et qui l’inscrive dès son plus jeune âge au conservatoire où elle suit des cours de flûte traversière. A l’école de la musique tempérée occidentale, on lui apprend que les quarts de ton sont des fausses notes, elle qui a grandi à la maison avec son père qui fredonnait Oum Koulthoum sous la douche, désormais elle se bouche les oreilles lorsqu’elle entend les quarts de ton du makam traditionnel oriental.

A 17 ans, elle fait sa première improvisation. C’est la révélation. Pour la première fois dit-elle, elle a la sensation de faire de la musique.
Une expérience qui la conduit à s’affranchir de sa formation classique et à plonger dans l’apprentissage du jazz, de l’afrobeat et même du punk.
S’ensuivra deux années de bohême où elle quitte ses parents pour vivre dans des squats et jouer de la musique partout où cela est possible : dans la rue, dans les caves, toutes les jams sessions sont bonnes à prendre. Elle rejoint la fanfare Tarace Boulba et le groupe de jazz punk Madox.

A 19 ans, Naissam n’arrive toujours pas à vivre de sa musique et surtout elle ne supporte plus d’être constamment ramenée dans le regard des autres à son identité arabe. Une identité dont elle ignore tout même la langue.
Naissam pose ses valises à Damas où elle s’inscrit à l’Institut de musique arabe pour apprendre le Naï, la flûte traditionnelle arabe, un roseau percé de sept trous… Pour elle c’est le naï n’est rien de moins que l’instrument de l’âme qui chante ce qu’il y a dans les cœurs.

Naïssam a vécu plusieurs années entre Paris et Beyrouth où elle rencontre le groupe de rap Katibe 5 qui vivent dans un camp de réfugiés palestiniens à Beyrouth. C’est à tous ses amis qui vivent dans à Dahié dans cette banlieue sud que les Touristes ne connaissent pas qu’elle dédie ce morceau. Après Damas, elle part vivre au Caire.

Elle y fait la rencontre du grand pianiste égyptien Fathy Salama qu’elle va accompagner lors de ses nombreux spectacles à l’Opéra du Caire et dans les plus prestigieux théâtres du pays. Mais la vie en Egypte pour une femme seule, qui vit de la musique est très difficile. Elle est régulièrement calomniée par les voisins et doit continuellement changer d’appartement. Le décalage entre sa vie d’artiste foisonnante où elle obtient très vite la reconnaissance de ses pairs et une société conservatrice qui la ramène toujours à son statut de femme non mariée finit par prendre le dessus sur son désir d’Orient.
En 2006, elle revient à Paris où il va lui falloir 4 ans pour se trouver une place… Elle y rencontre Check Tidiane Seck et Tony Allen qui vont l’inviter à jouer avec leurs formations et la recommander à d’autres musiciens. Elle continue ainsi son apprentissage entre jazz, afrobeat et musique orientale.Naïssam a également composé une suite pour rendre hommage à la révolution syrienne intitulée « Almout wala Almazala », la mort plutôt que l’humiliation, un slogan que le peuple syrien chantait en chœur au moment des premières manifestations de 2011.

« Le peuple syrien vit dans la peur et l'humiliation depuis que le clan Assad a pris le pouvoir il y a plus de 40 ans. Ce qui se passe en Syrie, c'est tout simplement une révolution populaire contre la tyrannie. Je trouve extrêmement dommage qu'on nous parle sans cesse des djihadistes, mais qu'on ne parle jamais du peuple syrien, de ses souffrances, de son aspiration légitime à une vie libre et digne et de son courage devant une répression sanglante. Le peuple syrien s'est levé et rien ne le fera plier de nouveau, ni les islamistes, ni le régime, ni même l'indifférence du monde. » nous confie-t-elle.
Et elle nous rappelle sans cesse que les leaders jihadistes qui sèment le chaos dans le pays ont été libérés par Bachar El Assad pour pourrir la révolution de l’intérieur et la discréditer. Les leaders jihadistes ont été libérés lorsque les leaders laïcs ont été emprisonnés et sont morts sous la torture…

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