Lundi 29 septembre 2014
5 min

Liu Fang, virtuose du pipa et du guzheng

Invitation à la méditation en partant pour les confins de la Chine pour nous faire découvrir deux instruments plusieurs fois millénaires propices à l’introspection et à l’improvisation poétique…

La pipa et le guzheng font partie des instruments les plus anciens de l’histoire de l’humanité. Deux instruments solistes qui nécessitent une grande dextérité.

La pipa est une forme de luth à quatre cordes en soie dont la caisse taillée dans un bloc monoxyle de bois dur, il a la forme d’une poire aplatie. Il se tient à la verticale et le jeu de la main droite sur les cordes se fait avec des onglets. Cet instrument est né deux siècles avant notre ère et il est devenu particulièrement populaire sous la dynastie Tang entre le 6ème et le 9ème siècle.

Le guzheng est encore plus ancien puisqu’il est né sous l’ère des Royaumes combattants entre 770 et 221 avant JC. Il s’agit d’une cithare à 21 cordes et chevalets mobiles disposés en une ligne transversale sur sa table d’harmonie : la main gauche modifie la longueur vibrante de la corde,, pour produire des modulations diverses, pendant que la main droite, munie d’onglet fait vibrer la corde.

Elle a été mise à mal sous l’ère communiste, la révolution culturelle chinoise balayant sur son passage ce type de tradition. Dans les années 80, le répertoire de la musique classique chinoise refait surface. Notamment grâce à une très grande interprète.

Liu Fang a la particularité de maîtriser parfaitement les deux instruments, ce qui est extrêmement rare. Mais sa carrière a réellement explosé en exil, elle vit au Canada depuis plus de vingt ans et a joué sur toutes les scènes internationales dans le monde entier.

Je vous propose tout de suite de l’écouter dans un solo de pipa, nous reviendrons ensuite sur son parcours exceptionnel.

{% embed youtube mG6rPHdH7gI %} Fille du peuple Bai, native de la province du Yunnan qui jouxte le Laos, le Vietnam et la Birmanie, Liu Fang a commencé son apprentissage du pipa à 6 ans, avec un instrument offert par sa mère, actrice d'opéra traditionnel. A neuf ans, elle donne son premier concert et à onze, elle exécute un solo de son cher instrument devant la reine Elisabeth d'Angleterre.

A sa création, il existait deux types de répertoires : le wen et le wu. Le wu correspond au répertoire martial soit la tradition épique qui met en scène des épisodes historiques, notamment les batailles. Dans ce cas, le jeu crée des bruitages et des effets sonores qui suggèrent les combats, la mêlée des cheveaux, le froissement des armures ou le choc des épées.

{% embed youtube KLmXOEUXsCw %} Venons en au répertoire « wen » qui se réfère à des thèmes lyriques communs à la poésie et la peinture. Dans ce cas, l’interprétation, les silences et les nuances tonales requièrent une subtilité et une sensibilité toute particulières.

Il est impressionnant de voir ce qu’un seul instrument peut à lui seul exprimer. Les partitions de pipa et de guzheng sont intimement liées à la poésie chinoise. La musique devient une forme de méditation poétique inspirée. Le guzheng accompagnait aussi la poésie chantée.

Prenons pour exemple : « Pensée dans une nuit tranquille » que l’on doit à Li Bai, qui est sans doute le plus célèbre poète chinois qui vécut au 7ème siècle. Ce poème a inspiré de nombreux solos de guzheng.

« De son éclat, la lune scintille sur ma couche
Et brille comme le givre sur la terre
A l’horizon, le clair de lune
Et dans mon cœur, la nostalgie du pays natal. »

Jeu de mots entre la route de la soie et le chemin intérieur de retour sur soi que le poète et le sage nous invite à faire. Sur cet album, elle croise son univers avec ceux du joueur de kora malien Ballaké Sissoko, du oudiste algérien Alla Foundou ou d'Henri Tournier, flûtiste élève du maître indien de bansuri Hariprasad Chaurasia.

{% embed youtube SBF9v_wtMU4 %}

L'équipe de l'émission :