Lundi 22 décembre 2014
5 min

Le Rebetico, la musique des bas fonds dans la Grèce des années 20

Dans sa chronique, Hind Meddeb aborde un genre né en Grèce au début du siècle, le Rebetico. Le mot rebetiko apparaît pour la première fois sur les étiquettes des disques de 78 tours en 1912 en Grèce.

Pour comprendre d’où vient cette musique populaire, il faut revenir à l’étymologie du mot "rebetico ". Le terme vient de l’adjectif « rebetis » qui désigne un mec dur, droit, qui n’obéit qu’à son propre code l’honneur. C’est à la fois la musique des bandits au grand cœur et des anarchistes, à la fois d’inspiration mafieuse et politique.

Le Rebetico, c’est la musique des bas-fonds née dans les années 1910 en Grèce. Les chansons font l'apologie du mode de vie « rébet», un mélange de bonté de cœur et de malice, avec au centre la figure du marginal et du fumeur de haschich. On écoute tout de suite un extrait d’un morceau mythique de rebetico qui date de 1927 : "Smyrrneiko Minore" interprété par Kostas Nouros.

Le rebetico se propage dans les années 1920 dans la banlieue pauvre et désaffectée d'Athènes.

Pour comprendre la naissance de ce genre hybride, il faut savoir qu’il est lié la rencontre de deux populations : l’arrivée des pauvres paysans venus chercher une vie meilleure à la ville et celle des Grecs chassés de Turquie à la fin de la guerre greco-turque en 1922. Les Grecs de Turquie reviennent au pays après un exil de plusieurs générations. Ils reviennent en ayant intégré tous les codes de la musique orientale, avec dans leurs bagages des instruments jusque là inconnus en Grèce.

Les instruments du rebétiko sont le bouzouki, le baglama et la guitare. On utilise aussi le violon, le santouri, le kanonaki, l'outi et l’accordéon. On utilise aussi les zilia sorte de castagnettes et le toumbeleki. Sur les anciens enregistrements on entend parfois le son du verre, produit par le contact du komboloï et d’un verre.

L'orientalité des uns et la pauvreté des autres : le rebetico est née de cette rencontre historique. Marika Ninou est sans doute l’emblème de ce métissage musical et de ce brassage de populations. Elle est d’origine arménienne. Voici un enregistrement sauvage où elle chante son amour pour un musulman de Karachi qu’elle rencontre en Turquie. Elle mélange le grec, l'arabe et turque
Voici donc un extrait de "Gulbahar" interprété par Marika Ninou.

Avec l’arrivée au pouvoir en 1936 du dictateur Ioánnis Metaxás, le rébético tombe sous le coup de la censure. Parce qu’elle évoque la drogue et magnifie la vie de débauche des marginaux, le rebetico déplaît aux artisans de la dictature. Les musiciens tombent sous le coup d’une répression féroce. Certaines chansons rébétika sont interdites de diffusion à la radio, les musiciens « rébets » sont victimes de persécution et les « tékkés », cafés où l'on pouvait jouer et fumer le narguilé sont victimes de razzias.

Le rebetico est alors considérée comme une musique indécente qui offense la religion et les bonnes mœurs.

Mais dans les années 50, le rebetico devient à la mode et il est même récupéré par la classe politique qui en fait un genre national et identitaire.

De musique mineure, le rébétiko devient une musique populaire voir même commerciale lorsque le célèbre musicien Tsitsanis sort son bouzouki non plus dans les tékkés du Pirée, mais dans les tavernes cossues d'Athènes. Doucement, le rébétiko se fait « laïko », à mesure qu'il se fait domestiquer, qu'il abandonne les apologies du haschisch et de l'alcool, de la plus-que-peine et de la vanité pour le thème prépondérant de l'amour et de la douleur de la séparation.

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