Lundi 4 mai 2015
4 min

Le Nordistan, une contrée imaginaire imaginée par des musiciens en quête de nouvelles expériences sonores

Hind Meddeb vous présente le Nordistan, une contrée imaginaire imaginée par des musiciens en quête de nouvelles expériences sonores…

Dans le groupe N3rdistan, il y a Walid au chant et à la guitare, Widad aux machines, Benjamin à la kora et à la flûte peule et Cyril aux percussions. Les beats et les samples électro viennent se mêler aux instruments traditionnels. Walid, le fondateur du groupe n’a rien oublié de ses débuts au conservatoire de Casablanca où il a appris à jouer du violon…

Résultat de ce métissage musical : un son à la frontière entre musique électronique, rap et poésie arabe.

Nous venons d’écouter un extrait de leur nouvel EP en attendant la sortie de l’album à la rentrée où ils seront d’ailleurs les invités du festival d’Ile de France. En baptisant son groupe « N3rdistan », Walid Benselim était dans l’idée de créer un pays rêvé : un pays sans frontières où il n’y aurait plus besoin de visa ou de carte de séjour.

Les membres du groupe viennent du monde entier : Benjamin est français avec des origines italiennes et anglaises, Cyril est moitié catalan, moitié portoricain. Widad et Walid sont marocains.
Pour mieux comprendre N3rdistan, il faut revenir aux origines marocaines du groupe… Walid et Widad, les deux chanteurs du groupe, forment un duo inséparable depuis l’adolescence puisqu’ils se sont rencontrés au lycée et qu’ensemble ils ont créé l’un des premiers groupes de rap du Maroc, Thug Gang en hommage à l’album Thug Life de 2PAC. A l’époque, Widad était la première fille à faire du rap au Maroc.

On est à la fin des années 90, et encore sous le règne du Roi Hassan II. Pour eux, le rap est une manière de contester les blocages instaurés par la dictature. En Juillet 1999, avec la mort de Hassan II, les Marocains assistent à l’arrivée au pouvoir d’un jeune roi. Mohammed VI va contribuer au début de son règne à relâcher la censure et à laisser plus de liberté à la scène culturelle. Walid et Widad
participent alors à la Nayda, un mouvement culturel alternatif qui défend des valeurs libertaires et contestataires. Nayda en arabe veut dire : debout ! levez-vous ! ou encore : « est-ce que ça bouge ? »

A l’époque Walid considère que « la liberté ça se prend ». Il raconte qu’adolescent, il rêvait d’aller en prison pour écrire des chansons encore plus engagées.
En 2001, avec le groupe Thug Gang, Walid et Widad reçoivent le prix «tremplin » au festival le Boulevard des Jeunes musiciens à Casablanca.

Mais malgré la reconnaissance du public et des professionnels, leur musique dérange le régime. Dans leurs paroles, ils vont plus loin que ce que le Royaume est en mesure d’accepter. A l’époque, on venait les chercher sur scène pour les empêcher de continuer à chanter.

En 2002, Walid et Widad quittent le Maroc pour aller faire leurs études en France. Et c’est là qu’ils vont pouvoir s’épanouir musicalement.

N3rdistan rend aussi hommage à la grande poésie arabe. Comme c’est le cas avec le morceau « Tafa7a Lkayl » littéralement, « la coupe est pleine » qui reprend un poème d’Ahmad Matar, cet Irakien qui osa critiquer le régime de Sadam Hussein dans les années 70 et le statut quo des dictatures arabes au point qu’il dut s’exiler d’abord au Koweït puis à Londres au milieu des années 80.

Dans ce poème mis en musique par N3rdistan, l’injonction « Irhalou » « Dégagez » revient à plusieurs reprises. La même injonction qui sera l’un des plus emblématiques slogans des révolutions arabes de 2011. Ahmed Matar s’adresse ainsi à tous les dictateurs du monde arabe et son cri est bien antérieur au printemps arabe.

Pour Walid, chanteur du groupe N3rdistan, faire revivre cette poésie aujourd’hui est une manière de faire le lien entre les anciennes et les nouvelles générations pour lesquelles le combat reste le même.

Retrouvez N3rdistan en concert le 22 mai au festival Arabesques à Montpellier à l’occasion d’une très belle soirée consacrée à la nouvelle scène arabe où se produiront également les Libanais de Mashrou Leila.

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