Lundi 6 octobre 2014
5 min

Le "jazz monde" de Jowee Omicil

Jowee Omicil, un grand musicie multi-instrumentiste qui réinvente à sa manière le jazz en lui injectant une bonne dose de Caraïbe et d’Afrique…

Virtuose à la clarinette, au saxophone, à la flûte, et à l’harmonica… Il est également compositeur, producteur et un professeur de musique très engagé dans les quartiers populaires. Jowee Omicil vient de sortir son troisième album : « Naked », c'est un musicien hors du commun qui parvient à sortir le jazz de ses sentiers battus en collaborant avec des artistes du monde entier, du Cameroun à Cuba, en passant par la Martinique, le Togo, la Côte d’Ivoire, le Bénin, Madagascar, le Danemark et les Etats-Unis…

Il le dit lui-même, ce sont ses amis musiciens qui le font voyager. Chaque rencontre musicale est un prétexte pour plonger dans le répertoire de l’autre. Une véritable quête de l’altérité avec pour dénominateur commun le jazz. Et c’est exactement ce que fait Jowee Omicil avec un morceau comme Wole :

Wole c’est le cri de joie que Jowee Omicil a prononcé lorsque sa fille Marijane est née… Un morceau où les rythmes de l’Afrique et de la Caraïbe se mêle au free jazz.

Jowee Omicil est né à Montréal de parents haïtiens… Sa mère est morte lorsqu’il était encore enfant. Il a été élevé par son père qui était professeur à l’université et pasteur. Le pasteur Joseph forme dans son église un orchestre, un groupe de Gospel et encourage son fils à jouer d’un instrument. Jowee choisit un vieux saxophone qui traîne à l’Eglise et il tombe progressivement amoureux de l’instrument jusqu’à en devenir complètement accro dès l’âge de 15 ans.

Puis il obtient une bourse pour étudier au prestigieux Berklee College of Music à Boston; il est ensuite sélectionné pour participer à la colonie d’été du Thelonious Monk Institute, et alors qu’il est encore teenager, le jeune prodige est choisi pour passer en direct sur une célèbre émission de jazz à la télévision. Puis il fait ses débuts professionnels en jouant aux côtés de Marcus Miller… Il collabore aussi avec d’autres monstres sacrés du jazz comme Pharoah Sanders, Brandford Marsalis, Kenny Garrett, Roy Hargove ou Richard Bona…

Comme il le dit lui-même, sa marque de fabrique c’est sans doute de mêler la liberté du jazz à la spiritualité du gospel et à l’oralité des grooves du monde entier …

En 2008, il compose le morceau 4 my people en soutien aux victimes des inondations qui frappent Haïti. On écoute tout de suite un extrait de ce morceau où Jowee joue avec toute son âme pour rendre hommage au peuple haïtien une fois de plus écrasé par une catastrophe naturelle.

En 2010, suite au tremblement de terre qui dévaste Häiti, Jowee Omicil revisite le répertoire folklorique en réarrangeant le « Mesi Bon Die» de Frantz Casseus qu’il qualifie lui-même de « prière sacerdotale ». Une manière de reconnecter avec les ancêtres…

Le morceau Cubhatiando que vous trouverez sur l’album « Roots and groove » en est un bel exemple.Miami, Cuba et Port au Prince ne sont pas si éloignées et c’est entre ces villes que Jowee Omicil a beaucoup circulé depuis l’adolescence… Il a vécu à Miami, a des liens très forts avec Haïti, ses deux frères vivent au Panama. Avec ce morceau, il revisite les sonorités de la Caraïbe mais pour brouiller un peu plus les pistes, Jowee Omicil invite le percussionniste ivorien Paco Sery comme pour nous démontrer que les origines du jazz et de la musique cubaine ne sont autres qu’africaines…

Son nouvel album Naked qui vient de sortir, est plus classique, comme son nom l’indique, il s’agit d’un opus sobre et dépouillé qui puise aux sources du jazz, dans une atmosphère intimiste. A la clarinette, au saxophone et à la flûte, Omicil y rend hommage aux musiciens qui l’ont influencé : de John Coltrane à Ornette Coleman en passant par Kenny Garrett et Sonny Rollins.

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