Lundi 1 décembre 2014
5 min

Le Festival WorldStock #2 au Théâtre des Bouffes du Nord

La 2ème édition du Festival WorldStock se tient au Théâtre des Bouffes du Nord du 2 au 13 décembre 2014... Chronique d'Hind meddeb "à l'autre bout du casque".

Dès demain soir et jusqu’au 13 décembre, découvrez chaque soir un artiste venu d’ailleurs : le nigérian Tony Allen, la bolivienne Luzmila Carpio, star de la musique andine, le libanais Adnan Joubran, le groupe Tinariwen, icônes de la musique touareg. En une dizaine de jours, vous pourrez faire le tour du monde sans quitter la capitale.

J’ai choisi de mettre un coup de projecteur sur deux artistes qui se produiront cette semaine et qui méritent le détour. Il s’agit du pianiste arménien Tigran et de la chanteuse portugaise Lula Pena. L’un et l’autre s’ancrent dans la tradition de leur musique traditionnelle tout en faisant exploser les normes…

On dit de lui qu’il est à la croisée du jazz, du classique et des musiques traditionnelles arméniennes. Rien de moins vrai. Tigran tord les mélodies orientales au point de flirter avec le free jazz. Quant à Lula Pena réinvente le fado ce chant mélancolique et emprunt de nostalgie né dans les quartiers populaires de Lisbonne au 19ème siècle.

Je commencerai par évoquer Tigran, pianiste virtuose né en 1987 à Gumri en Arménie. Il a un an lorsque sa région est ravagée par l’impressionnant séisme en 1988, pour vous donner une idée du traumatisme pour les Arméniens, en moins de huit secondes, une faille de 20 kilomètres de long fracture le sol. Près de 30 000 personnes meurent sous les décombres, on compte des milliers de blessés et 500 000 sans-abris.
Tigran Hamasyan est un enfant du tremblement de terre. Il commence à pianoter dès l’âge de deux ans. A 10 ans, il est déjà complètement accroc à la musique, une enfance dont il garde un souvenir ému : « Plutôt que de jouer ou d’aller en vacances, je passais mon temps derrière le piano, douze heures par jour, à jouer, transcrire, lire. Pendant deux ans, ça a été de la démence. »

Nous sommes donc en 2000, Tigran a 13 ans, et il va se faire repérer au festival de jazz d’Erevan par le pianiste franco-arménien Stéphane Kochoyan, qui l’invite à se produire pour trois concerts en France. La carrière de Tigran est lancée. A 19 ans, il remporte le prestigieux concours « Thelonious Monk » présidé par Herbie Hancock. Il commence par accompagner les plus grands, à commencer par Wayne Shorter.
A 20 ans, Tigran sort déjà son deuxième album, « New Era» dans lequel je replonge volontiers, en écoutant par exemple le très beau morceau « Gypsologie »…

Les compositions de Tigran intègrent l’influence de la musique folk arménienne. Dans une interview donnée à Mondomix, il déclare : « Je me suis rendu compte de la richesse de ma culture et combien je l’avais négligée, et je n’ai eu de cesse de l’explorer davantage. La folk arménienne est une musique très difficile à aborder, c’est de la musique modale, sans harmonies. »
Toujours soucieux de ne pas se répéter, dans son nouvel album intitulé Mockroot, Tigran délaisse les sonorités orientalisantes pour plonger tête baissée dans le free jazz.

Tigran Hamasyan est en concert ce jeudi 4 décembre à 20h30 aux Bouffes du Nord à Paris.

Lula Pena

On dit d’elle qu’elle est à la croisée du fado lisboète, de la bossa-nova brésilienne et du tango argentin avec une pointe de morna cap verdienne et un goût prononcé pour la chanson française…
Lula Pena commence à chanter du fado le jour où elle goûte à la mélancolie de l’exil. Lorsqu’elle s’installe en Belgique à la fin des années 90, Lula Pena découvre un sentiment jusqu’alors inconnu : la nostalgie du pays natal.
Rappelons que le terme de Fado est dérivé du latin fatum qui veut dire, le destin. Cette musique évoque l’amour inaccompli, la jalousie, la nostalgie des morts et du passé, le chagrin et l’exil…
Mais Lula Pena ne se contente pas de s’inscrire dans un genre et nous décrit ainsi sa méthode : «Chaque morceau arrive avec l’intuition comme venu d’un rêve récurrent. On a les yeux bandés, les contours s’éclaircissent peu à peu… » Une manière pour elle d’explorer toutes les mémoires, qu’elle soit personnelle ou collective.

Pour Lula Pena, les concerts sont «une forme d’acupuncture » seule sur scène avec sa guitare, elle communie avec son public.
Dans une interview qu’elle donnait à Libération, elle disait : « Je vais toucher un point émotionnel, très intime. La musique a ce pouvoir».

Retrouvez Lula Pena en concert vendredi 5 décembre à 20h30 aux Bouffes du Nord à Paris.

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