Lundi 1 septembre 2014
5 min

La famille Kouyaté : griot de père en fils depuis le 13ème siècle

Les frères Kouyaté ont révolutionné l’utilisation classique du ngoni, une forme de luth traditionnel à 4 cordes.Ils font la révolution mais ils sont avant tout les dépositaires d’une tradition qui a plus de 8 siècles. Les Kouyaté sont les descendants d’une des plus anciennes lignées de griots…

Sur scène c’est la rencontre explosive de la musique traditionnelle mandingue, du blues et du rock électrique…
Les frères Kouyaté ont révolutionné l’utilisation classique du ngoni, une forme de luth traditionnel à 4 cordes.
Mais ils sont avant tout les dépositaires d’une tradition qui a plus de 8 siècles.

Les Kouyaté sont les descendants d’une des plus anciennes lignées de griots.

Pour comprendre ce qu’est un griot, il faut remonter au 13ème siècle à l’époque de l’Empire Mandingue qui s’étendait du sud du Sénégal aux frontières du Tchad à l'est, englobant l'actuel Mali, une partie de l'actuel Burkina Faso, le nord de la Côte d'Ivoire et du Ghana… Le griot est le dépositaire de la culture orale, il est le gardien d’une mémoire commune, il est à la fois conteur, musicien, poète. C’est un sage qui conseille les rois guerriers.

En malinké, le terme griot se dit "djeli", chaque famille de rois guerriers avait sa famille de djeli qui les accompagnait partout.
Je vous propose d’écouter un extrait de musique traditionnel mandingue telle que Bassekou Kouyaté sait si bien l’interpréter, sur ce morceau, il utilise un ngoni classique…

Vous avez entendu à quoi ressemble la sonorité d’un ngoni traditionnel, découvrons à présent comment les frères Kouyaté parviennent à faire sonner le ngoni du 21ème siècle…

Derrière cette petite révolution, il y a une histoire entre le grand et le petit frère.
Dans la lignée Kouyaté, Bassékou est le plus célèbre musicien vivant. Il s'est produit avec U2, Santana, Damon Albarn ou Taj Mahal. Son petit frère Andra n’est pas moins doué, il a accompagné pendant plusieurs années Rokia Traoré, Tiken Jah Fakoly et bien d’autres. Jusqu’au jour où les deux frères se retrouvent, ensemble, ils montent en 2005 le groupe Bassekou Kouyaté et les Ngoni Ba, sorte de guitares héros (les virtuoses du ngoni). Andra s’amuse à trafiquer l’instrument pour lui donner une sonorité plus rock. Puis les deux frères se séparent, Andra le plus jeune décide de voler de ses propres ailes et de sortir un album solo. Bassékou continue à jouer en famille avec ses deux fils et sa femme Amy Sacko. Mais il conserve l’idée de génie du petit frère : brancher le ngoni sur une pédale wah-wah, ce qui lui donne un son presque distordu, parfois jusqu’à saturation…
Maître du ngoni traditionnel, Bassékou se permet tout : il ajoute des cordes, utilise des effets, adapte son accordage de manière à pouvoir dialoguer avec les instruments occidentaux. A la sortie de l’album, il déclare aux journalistes :
« Le n’goni est le plus vieil instrument des griots dans notre pays, mais il restait isolé, alors qu’il offre mille possibilités. Il fallait le faire sortir... »

L’album JAMA KO a été enregistré dans des conditions épiques. Le jour où Bassékou et ses musiciens entrent en studio à Bamako, des coups de feu éclatent dans la capitale… C’est le coup d’état militaire du 21 mars 2012 au moment où le Nord Mali est au bord de la guerre civile, avec une population traumatisée par les exactions de groupes islamistes intégristes qui veulent imposer la charia et interdire la musique (ils ont d’ailleurs détruit de nombreux instruments et se sont attaqués aux musiciens). Malgré le chaos qui règne dans le pays, Bassékou continue l’enregistrement.
Plusieurs morceaux de l’album évoquent la situation de crise que traverse le pays. Bassékou est un homme engagé.
La chanson Jama Ko qui donne son titre à l’album appelle à l’unité entre chrétiens, musulmans, animistes, elle défend l’idée d’un Mali un et indivisible.
Je terminerai en citant Bassékou Kouyaté :
« C'est très important que les musiciens continuent à se faire entendre, car on n'a que notre culture au Mali. Nous ne sommes pas un pays riche, mais notre musique l'est, grâce à la diversité des ethnies. Stopper la musique malienne, comme le voulaient certains groupes salafistes, reviendrait à stopper le cœur du pays… ».

Bassékou Kouyaté lance cette année avec le producteur Aboubacar Sangaré un concours pour découvrir de nouveaux talents : le N’goni d’or Award. Les artistes peuvent s’inscrire dès ce mois de septembre. Les concerts seront diffusés à la télévision malienne et les spectateurs pourront voter. La première édition de ce télé crochet d’un nouveau genre commencera le 22 décembre prochain

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