Lundi 9 février 2015
5 min

L'album "Alfama" de Noëmi Waysfeld

Hind Meddeb nous parle des liens insoupçonnés qui unissent fado et musique yiddishi, grâce à Noëmi Waysfeld. La chanteuse française vient de sortir son disque "Alfama"

L'album "Alfama" de Noëmi Waysfeld
alfama

Qu’y a-t-il de commun entre les femmes de marins lisboètes et les veuves polonaises ? Elles chantent l'homme parti trop loin, au delà des mers, enlevé par les guerres. L’exil, la nostalgie, le destin… Deux traditions, un répertoire commun.

Pour Noëmi Waysfeld, la résonnance est d’abord musicale. En plongeant dans le répertoire d’Amalia Rodriguez, l’une des plus grandes chanteuses de fado, l’émotion la submerge.

La vidéo ci-dessus est le morceau « Alfama » interprété par Amalia Rodriguez. C’est un poème qui rend hommage à un quartier de Lisbonne :

« Comme un voilier sans voile
Comme une maison sans fenêtre
Et où pourtant on peut reprendre son souffle
Alfama est pétri de pain »

Alfama c’est aussi le titre du nouvel album de Noémie Waysfeld. Un morceau qu’elle fait revivre dans sa voix en portugais et en yiddish. Noémie Waysfeld est une chanteuse polyglotte, elle aime circuler entre les civilisations et les langues, une passion qu’elle doit beaucoup à l’histoire de sa famille : un arrière grand-père russe, des grands parents polonais, de cet héritage familial, Noémie Waysfeld a puisé sa soif d’apprendre les langues. Au lycée, elle commence avec l’anglais, l’italien et le russe. A la maison, la musique yiddish est très présente. Mais entre eux, ses grands parents ne veulent plus parler yiddish, « nous n’avons plus à qui parler » lui disent-ils.

Et puis, il y a ce disque fondateur qui est à l’origine du premier album de Noémie Waysfeld et de son groupe Blik. Un vieux vinyle qui date de 1975. Dina Vierny, muse de Maillol et collectionneuse d’art rencontre en Sibérie les premiers rescapés du goulag. De ce voyage, elle rapporte ces chants de prisonniers russes qu’elle mémorise et enregistre à son retour à Paris. Ce disque a bercé l’enfance de Noémie.

Des années plus tard, alors qu’elle est comédienne au théâtre et qu’elle suit des études de russe et de yiddish à l’INALCO, Noémie fait un stage de musique klezmer à la maison de la culture yiddish. Elle y fait la connaissance du contrebassiste Antoine Rozenbaum avec lequel elle redécouvre ces chants traditionnels de Sibérie. A l’émotion de la mélodie s’ajoute désormais la signification de ces textes qu’elle peut enfin comprendre. Les deux musiciens n’ont alors plus qu’une seule idée en tête : faire entendre ces mélodies oubliées, les réinventer, puiser dans ce répertoire millénaire.

« Dieu pardonne si mon amour pour le fado est un péché
Mais moi si je m’éloigne du fado, je m’éloigne de moi-même »

C’est ce que dit le morceau « Fargebn Forgot », un classique du fado que Noémie a adapté en yiddish. « Si on se permet de faire de l’art c’est qu’on ne peut pas faire autrement. » c’est ce que Noémie m’a dit lorsque je l’ai rencontrée.

Noémie aurait pu passer à côté de sa carrière de chanteuse si elle n’avait écouté les conseils d’une grande sœur bienveillante. Dès l’âge de 3 ans, Noémie est initiée à la musique et au chant par sa sœur, la chanteuse lyrique Chloé Waysfeld qui nous a quitté en 2013 des suites d’un cancer. Noémie reste éperdument attachée à cette sœur perdue trop tôt qui l’a révélée à elle-même.
Noémie a d’abord été comédienne. Longtemps, le chant est une part intime qu’elle ne dévoile pas au grand public. Il faudra ce long cheminement entre les langues pour qu’elle accepte d’entendre les invocations de sa sœur qui ne cesse de lui dire: « J’entends une voix ».

La révélation se confirme avec ce deuxième album Alfama qui jette un pont entre l’Europe de l’Est et le Portugal. Noémie Waysfeld et le groupe Blik sont en tournée dans toute la France jusqu’à la fin du mois de juin. Au mois de mars, ils seront concert le 8 à Toulouse, le 11 à Montpellier, le 14 à Nice, le 19 à Strasbourg.

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