Lundi 13 avril 2015
4 min

Kuku, un musicien nigérien à la croisée des genres et des continents

Hind Meddeb nous fait voyager entre Afrique, Caraïbe et Amérique, avec Kuku, musicien nigérian qui aime s'inscrire à la croisée des genres et des continents.

C'est un musicien atypique qui s'adresse à vous de cœur à cœur... Il refuse de se mettre dans la position de l'artiste que l'on admire et lorsque vous le rencontrez, il fait tomber toutes les barrières...
Kuku est né à Miami. Il a deux ans lorsque ses parents décident de rentrer au pays. Il grandit à Lagos au Nigéria, une ville où la musique est omniprésente. Il absorbe tous les sons qui l'entourent, des classiques de l'afrobeat à la soul en passant par le breakdance et jusqu’à la musique traditionnelle yoruba, l'ethnie dont il est issu.

Ce qui ressort de son nouvel album « Ballads and Blasphemy » c'est un mélange entre les rythmes de l'afrobeat et les percussions de la Caraïbe mêlés à cette voix inimitable qui est la sienne...
C'est peut être parce qu'il a toujours été à l'écoute des autres qu'il parvient à créer cette musique qui procure une profonde émotion à son public.

Sur ce deuxième album, le chanteur Kuku évoque la manière avec laquelle les religions sont instrumentalisées pour mener des guerres meurtrières. Rappelons que son album s'intitule Ballads and Blasphemy, the a-religious gospel of Adebola Kuku. Ce que l’on pourrait traduire par « un gospel sans religion ». Il dit lui-même qu’il a imaginé pour cet album un gospel d’amour, de paix et de tolérance. L’idée que la spiritualité, la foi n’a pas besoin de la religion comme institution pour exister.

Kuku met dos à dos les religions qui déchirent son pays en proie à une guerre civile dans le Nord où les jihadistes de Boko Haram persécutent les chrétiens et tous ceux qui ne se plient pas à leurs lois liberticides. Kuku a grandi dans une famille où se côtoient chrétiens et musulmans. Une partie de sa famille a introduit l’Islam au Nigéria. Lui-même a longtemps été musulman pratiquant. Jusqu’au jour où il décide que l’on peut avoir la foi sans avoir de religion. Il s’insurge contre les forces oppressives qui utilise la religion pour assujettir les individus. Avec sa musique, il appelle au réveil des consciences et dit aux siens : restez vigilants, ne suivez pas les règles que l’on vous impose aveuglément.

Il dit avoir la foi mais refuse de choisir une religion. Son morceau « open your eyes while you pray » incarne cette philosophie.

Mélomane précoce, Kuku ne démarre sa carrière de musicien professionnel que très tardivement. Mélomane depuis l'enfance, Kuku grandit dans une famille où la musique n'est pas considérée comme un métier possible. A 18 ans, Kuku part étudier aux Etats-Unis où il s'engage dans l'armée pour payer son université. Ce n'est qu'à l'âge de 27 ans que la musique prend le dessus sur sa vie américaine bien rangée... Une dispute avec sa compagne de l'époque et l'achat sur un coup de tête d'une guitare à 100 dollars... Il s'enferme avec sa guitare. Totalement autodidacte, il apprend la musique sur le tas.

Kuku vit depuis plusieurs années à Paris, mais il continue de circuler entre le Nigéria et les Etats-Unis. Chacun de ces trois pays représente une partie de lui-même. Il sera en concert le 9 juin au studio de l'Ermitage à Paris.

Sur le même thème

L'équipe de l'émission :