Lundi 22 septembre 2014
6 min

Jajouka

Les musiciens Jarouka sont originaires du Rif dans le nord du Maroc. Ils seront en concert le 25 septembre à la Gaîté lyrique.

Jajouka
Visuel à l'autre bout du casque

On les appelle les Jajouka. Leur musique est sacrée. Elle aurait des pouvoirs thérapeutiques. Ils viennent de la petite ville de Jajouka qui se trouve à une centaine de kilomètres au sud de Tanger dans les montagnes du Rif… Les Jajouka sont une confrérie de musiciens qui existe depuis un temps indéterminé. Au VIIIème siècle, la famille Attar invite un grand sage : l’iranien Sidi Ahmed Sheikh, grand voyageur, il a quitté l’Iran pour aller en Andalousie. Il terminera sa vie à Jajouka où il est enterré. Sidi Ahmed Sheikh fasciné par la musique des Jajouka leur transmet son savoir métaphysique et leur apprend comment soigner les malades et les fous. Les Jajouka font une musique de transe reliée à ce savoir de guérison millénaire. Puis à partir du 13ème siècle, les Jajouka entrent à la cour royale. Pendant la colonisation française, à partir de 1912, ils sont obligés de retourner dans leurs montagnes.

A quoi ressemble cette musique ? l’orchestre jajouka mêle le hautbois arabe que l’on appelle la ghaïta, de la flûte de bambou, la nira et du gumbri, forme de tambour, le tout sur des modulations répétitives et monocordes, qui durent des heures qui font rentrer l’auditoire en transe.

jajouka
jajouka

Le Mawlim Bachir Attar est l’héritier de cette tradition millénaire, issu de cette longue lignée de musiciens, il a créé son groupe Bachir Attar and the Masters of Jajouka.

Sollicités pour les mariages, les naissances et les circoncisions, les musiciens de Jajouka auraient pu rester inconnu du reste du monde, une simple musique traditionnelle circonscrite aux montagnes du Rif.

Mais tout bascule le jour où ils sont découverts par l’écrivain américain Paul Bowles et l’artiste performer Bryan Geysin. Les Jajouka vont sortir de l’ombre et acquérir une renommée internationale grâce à l'écrivain américain Paul Bowles. Installé à Tanger depuis 1947, il est curieux de toutes les traditions locales. C’est lui qui fait découvrir les Jajouka à toute la Beat Generation… Paul Bowles recevait les visites de Timothy Leary, le théoricien du psychédélisme, du romancier William Burroughs, et du peintre Brion Gysin. Curieux et amateurs d'expériences extrasensorielles, ils vont être séduits par les sons hypnotiques joués sur les contreforts du Rif. En 1968, le peintre Brion Gysin emmène Brian Jones, guitariste des Rolling Stones à Jajouka pour assister à une fête religieuse. Le guitariste, alors fraîchement congédié des Rolling Stones, s'enthousiasme pour cette musique spirituelle et enregistre plus de sept heures de bandes. Malgré le décès, quelques mois plus tard, de la star anglaise, le disque Brian Jones presents : the pan pipes of Jajouka sort en 1972 et fait découvrir la magie de cette musique au reste du monde.

Bachir Attar devenu maître du jajouka se souvient : « Je devais avoir 4 ou 5 ans quand Brian Jones est venu à la maison. C’était la première fois qu’on voyait des disques au village. Il était venu équipé de gros magnétos à bandes, c’était pour moi un magicien avec de longs cheveux qui avait l’air tellement heureux qu’il dansait à chaque fois qu’on jouait la musique ».

La sortie de ce disque marque un tournant dans l’histoire de la musique jajouka… Les touristes affluent à Jajouka où le groupe organise, chaque année, un festival nommé "the pipes of pan at Jajouka". En 1973, le saxophoniste de free jazz américain Ornette Coleman enregistre plus d'une vingtaine d'heures de musique avec la confrérie. Et de nombreuses collaborations internationales vont suivre.

En 1989, les Rolling Stones partent sur les traces du défunt Brian Jones, ils décident d’enregistrer un titre avec les Jajouka. La rencontre entre Bachar Attar, Mick Jagger, Ron Wood et Keith Richards a lieu dans un palais de la Kasbah à Tanger chez le grand mélomane tangerois Akaboune qui avait même ouvert un club de jazz éphémère dans le Tanger des années 70 ; ces trois jours d’enregistrement ont d’ailleurs été filmés par la BBC et ont donné à un documentaire disponible sur internet.

En juin 2009, à Londres, Bachir Attar and the masters of Jajouka montent sur scène avec Patti Smith qui lit ses poèmes au rythme de leur musique…

Ce jeudi 25 septembre à la Gaîté lyrique, vous pourrez découvrir Bachir attar and the Master Musicians of Jajouka… Ils joueront sur le film documentaire « Jajouka, Quelque chose de bon vient vers toi », de Eric et Marc Hurtado. Un ciné-concert, où la bande originale du film se fait sous nos yeux.

Le film a été tourné dans le village de Jajouka, l’occasion de découvrir simultanément la musique et l’univers du groupe. Ce ciné-concert a lieu dans le cadre du festival « Tanger Tanger » à la Gaîté lyrique et de « l’automne marocain à Paris », une programmation d’expositions, de films et de concerts qui met la création marocaine à l’honneur dans tout Paris.

jajouka
jajouka

La Gaîté lyrique se métamorphose le temps d’un week end. Le hall prendra la forme d’un grand souk où l’on pourra flâner dans un Tanger reconstitué autour de ses lieux les plus emblématiques : on plonge dans le noir pour voir les archives de la Cinémathèque de Tanger, on se cultive à la Librairie des Colonnes et à la librairie des Insolites où l’on découvre toute la littérature que Tanger a inspiré : Paul Bowles, Jean Genêt, William Burroughs, Joseph Kessel, Bryan Geysin, et bien d’autres, tous ont séjourné et écrit à Tanger. Je vous conseille : Réveillon à Tanger, un recueil de nouvelles de Paul Bowles ou encore les Carnets de Tanger de John Hopkins.

On dîne au Salon bleu et on termine par une halte place de la Kasbah dans le Salon de musique des Fils du Détroit connus pour leurs improvisations de musique andalouse jusqu’au bout de la nuit.
Plus d'information

Sur le même thème

L'équipe de l'émission :