Lundi 20 octobre 2014
5 min

Françoise Atlan

Françoise Atlan a fêté ses 25 ans de carrière sur France Musique en septembre dernier avec un concert enregistré au studio 106 de la Maison de la radio. Découverte du parcours atypique d’une chanteuse lyrique qui circule entre deux traditions

Françoise Atlan
atlan

Toute sa vie, elle a fait le grand écart entre le monde de la musique classique et le répertoire judéo-arabe. Françoise Atlan a grandi dans une famille de musiciens d’origine juive : il y a l’Andalousie du côté de sa mère et l’Algérie du côté de son père. Sa mère était professeur de piano et chanteuse lyrique.

C’est avec elle que Françoise Atlan commence à étudier le piano dès l'âge de six ans. En fin de cycle aux conservatoires de Saint-Étienne puis d'Aix-en-Provence, elle obtient ses diplômes de fin d'études avec un premier prix pour le piano et un second prix pour la musique de chambre. Elle étudie ensuite la musicologie à l'université d'Aix-Marseille. En parallèle, elle étudie les techniques du chant lyrique avec Andréa Guiot dans la classe de Régine Crespin à l'Opéra de Paris.

Depuis l’enfance, Françoise Atlan navigue entre deux voix, elle dit elle-même qu’elle se considère comme une « voix mêlée », pour elle impossible de choisir, une seule solution : les faire cohabiter. D’un côté sa formation classique au conservatoire et à l’opéra. Et de l’autre, la musique judéo arabe à la maison et à la synagogue.

Lorsqu’elle n’interprète pas le répertoire de la musique classique occidentale, elle chante en arabe, en hébreu et en judéo-arabe…
Et fait ainsi revivre des dialectes plusieurs fois centenaires puisqu’elle redonne vie à la tradition des chants judéo arabes qui remontent au 15ème siècle.

Dès l’enfance, à la synagogue ou simplement dans sa famille, elle reçoit ce savoir oral ancestral et chante en ladino, dialecte de l’ex empire ottoman, en khatiyya, le judéo espagnol du nord du Maroc et en castillano ce dialecte andalou que les juifs chassés par Isabelle la Catholique continuèrent de parler en exil et qu’ils mêlèrent aux langues de leurs nouvelles terres d’accueil.

Voici un extrait de son album Romances séfaradies où elle chante en castillano

Françoise Atlan décrit ces dialectes comme des broderies de langues tissées entre elles, des « voix mêlées » qu’elle fait cohabiter dans le répertoire qu’elle choisit d’interpréter et qu’elle fait revivre dans ses concerts et ses enregistrements.

Comme elle a pu le faire sur son album « chants de traverse » dont j’aimerais vous faire découvrir le morceau Ya nass

Relance : originaire d’une famille juive d’Algérie et d’Andalousie c’est pourtant au Maroc qu’elle va se découvrir une mission, faire revivre le répertoire judéo arabe et comprendre qu’une cohabitation des religions et des langues est encore possible…

En 1996, Françoise Atlan est invitée à jouer au festival des musiques sacrées de Fès. Elle chante aux côtés de Sœur Marie Kayrouz et de Aïcha Redouanne. Les trois religions du livre réconciliées sur une même scène. Pour Françoise Atlan, c’est une révélation. Au même moment, elle rencontre Mohammed Briouel, l’un des maîtres de la musique arabo andalouse auprès duquel elle décide de rester pour se former aux techniques du chant arabo andalou. Le stage de chant de quelques mois se transforme vite en un séjour qui durera neuf ans.

Et en 2005, elle va encore plus loin dans l’entremêlement des voix, en enregistrant un album avec le chanteur et joueur de luth palestinien Moneim Oudwab originaire de Gaza.

Extrait « Yamma », album Nawah mettre l'intro en off et démarrer en IN à partir de 40 secondes jusqu'à 2'10

Depuis 2009, Françoise Atlan est la directrice artistique du festival des Andalousies Atlantiques à Essaouira dont la prochaine édition se tiendra du 30 octobre au 2 novembre prochain…

Vous y verrez cette année le grand orchestre de Tétouan avec pour invité d’honneur le Rabbin Haïm Louk ou encore le chœur féminin d’Essaouira et l’école flamenca de Séville.

Le festival rend cette année hommage au patrimoine musical de la ville d’Essaouira en invitant notamment les confréries d’Essaouira, (Darkaoua, Aissaoua, Tijania) et l’ensemble des formations souiries qui constituent le socle des écoles musicales de la ville.

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