Lundi 8 septembre 2014
8 min

Aux origines de la Bossa Nova

Ce matin, embarquement immédiat pour Rio de Janeiro, la ville où naît la bossa nova dans les années 50…

Héritiers de la samba brésilienne, influencés par la musique classique et le jazz, João Gilberto, Antônio Carlos Jobim et Vinícius de Moraes ont inventé dans le Rio cosmopolite des années cinquante la bossa nova, miroir de l’âme brésilienne, entre métissage, poésie et douceur de vivre dans la décennie qui précède le coup d’état militaire de 1964. La bossa nova n’est pas une musique issue des quartiers populaires et des bidonvilles. Elle est née dans les beaux quartiers de Rio, entre Copacabana et Ipanema en réaction à la musique populaire brésilienne et aux différents genres de samba de carnaval. La bossa nova est une musique épurée : guitare voix ou piano voix, exit les percussions et les grands orchestres, la mélodie se murmure tout en douceur et en retenue… Exit aux le rythme binaire répétitif de la samba et place aux rythmes syncopés variés…

Tout commence en 1956 avec la rencontre de Carlos Jobim et de Vinicius de Moraes. L’un est pianiste, l’autre est poète, écrivain et diplomate. Ensemble ils vont faire des étincelles et composer les plus grands morceaux de bossa nova… A cette époque, Jobim est pianiste dans des bars et travaille comme arrangeur pour le label Continental. Marqué par la samba et le choro, mais aussi sous l’influence de Debussy et Ravel, il a déjà enregistré quelques compositions et commence à être connu pour son sens de la mélodie et ses recherches harmoniques.

Vinicius de Moraes cherche un compositeur pour mettre en musique une œuvre à laquelle il travaille depuis près de quinze ans… Une adaptation du mythe grec d’Orphée revisité à la manière brésilienne… Dans cette version, Orphée est noir et le décor n’est autre que les favelas de Rio de Janeiro. Lorsqu’il rencontre Jobim, Vinicius de Moraes comprend qu’il a enfin rencontré la bonne personne pour faire vivre l’œuvre qu’il a imaginé. La pièce sort en 1956 au théâtre municipal de Rio, c’est un triomphe, elle sera aussi adaptée au cinéma par le réalisateur français Marcel Camus, Orfeu Negro, en 1959, film qui reçoit l'Oscar du meilleur film étranger et la Palme d'Or du Festival de Cannes...

Inconnu du grand public, Jao Gilberto mène la vie de bohême, il joue de la guitare et chante depuis l’enfance, il ne sait rien faire d’autre. Il refuse de prendre un boulot alimentaire, mange et dort au gré des invitations chez des amis. Perpétuel invité, il ne manque presque jamais d’un toit, subjuguant ses hôtes par sa personnalité et sa musique.

Alors que la guitare samba joue habituellement des mélodies en contrepoints, il se concentre sur les accords. Selon la légende, il s’enferme des journées entières dans la salle de bain pour profiter de sa bonne acoustique. Il répète inlassablement de manière obsessionnelle, les mêmes accords et chante avec cette voix presque murmurée.

Lorsqu’il le rencontre en 1956, Tom Jobim tombe littéralement sous le charme, il va le faire participer à différents projets jusqu’à convaincre une maison de disque de le laisser sortir un album solo. On est en 1959, « Chega de Saudade » est considéré comme le premier disque de bossa nova, une petite révolution qui marque un changement d’ère…

Le morceau qui va faire connaître la bossa nova au monde entier, c’est le fameux A Garota de Ipanema (the girl of Ipanema) musique de Carlos Jobim, paroles de Vinicius de Moraes, sorti en 1962.
Un morceau qui sera repris en anglais avec Stan Getz au saxophone et Jao Gilberto à la guitare sur l’album Getz/Gilberto qui sort en 1963 et rencontre un succès planétaire.

Progressivement, de jeunes musiciens s'agrègent autour du duo Tom Jobim / Vinicius de Moraes et tout ce beau monde se retrouve régulièrement dans l’appartement de la chanteuse Nara Leão surnommée la muse de la bossa nova. Chez elle, les musiciens se retrouvent pour créer des morceaux, improviser ou reprendre des standards de jazz ; et l’on ne résiste pas à vous faire écouter sa voix hors du commun en duo avec Chico Buarque l’un des plus grands chanteurs de bossa novo…

Mais le coup d’état militaire de 1964 marque la fin de la douceur de vivre et de la bohême. Sous la dictature militaire, les chansons sont moins insouciantes et se font plus politiques. Les lois sur la censure ayant été renforcées par le régime militaire, Vinicius Moraes quitte ses fonctions diplomatiques à partir de 1968. Comme ses amis Tom Jobim et Jao Gilberto, ils jouent de moins en moins au Brésil à cette période, entamant une carrière à l’international… D’autres comme Chico Buarque détournent la censure pour faire passer des messages subversifs au point d’être censuré et poussé à l’exil. Dès 1964, Nara Leao prend position contre le putsch militaire avec son morceau Opiniao où elle chante : "Ils peuvent m'arrêter, ils peuvent me battre, ils peuvent même me laisser sans manger, je n'ai pas changé mon opinion".

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