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Vendredi 13 août 2021
3 min

Des parents d'élèves musiciens scandalisés par la fermeture d'une classe en double cursus à Paris

Le lycée Georges-Brassens dans le 19e arrondissement, qui proposait trois classes en double cursus scolaire et artistique, n'en propose en cette rentrée plus que deux. Les candidatures reçues ne justifiaient pas le maintien d'une troisième classe, selon l'Académie de Paris.

Des parents d'élèves musiciens scandalisés par la fermeture d'une classe en double cursus à Paris
Le lycée Georges Brassens, dans le 19e arrondissement de Paris, © Google Street

Depuis le début de l'été, la décision scandalise des parents d'élèves, qui ont décidé de se mobiliser. Raison de la colère : la fermeture de l'une des trois classes en double cursus du lycée Georges-Brassens, dans le 19e arrondissement de Paris. La formation, grâce à des horaires aménagés, permet à des élèves musiciens ou danseurs de poursuivre leur pratique. À Georges-Brassens, la capacité de ce double cursus passe ainsi pour cette rentrée 2021 de 105 à 70 élèves. Certains collégiens pourtant prometteurs ont donc été refusés.

Le plus gros de la colère vient de Seine-Saint-Denis, précisément du collège Gustave Courbet de Romainville. Des élèves y sont scolarisés en classe dite CHAM (à horaires aménagés musique). En 2019, 12 avaient été acceptés à Brassens, la douche est donc d'autant plus froide pour la promotion 2021 : toutes les demandes ont été refusées... sauf une. Les parents ont lancé une pétition qui a recueilli près de 4000 signatures. 

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"Ce sont des enfants dont les parents et eux-mêmes ont fait beaucoup de sacrifices"

Pour Rodrigo Arenas, porte-parole de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE), cette fermeture est une triple peine pour les élèves du département : "Premièrement, ils habitent dans un territoire qui n’est pas concerné par l’affectation dans ce lycée, alors qu’ils auraient dû y aller. Deuxièmement, le métro leur permet d’y aller très facilement, il n’y a pas de problème de transport. Et enfin, ce sont des enfants dont les parents et eux-mêmes ont fait beaucoup de sacrifices pour arriver à ce parcours d’excellence, et à qui on ferme la porte au nez parce qu’ils n’ont pas de solution, y compris dans leur département d’origine." Le lycée Brassens est effectivement une solution pratique pour les élèves musiciens de Romainville car il se situe dans l'est de Paris, contrairement aux deux autres lycées qui proposent des doubles cursus (La Fontaine et Racine.)

"Cette fin de non recevoir leur a été signifiée pendant leurs vacances. L’éducation nationale leur ferme les portes parce qu’ils habitent en Seine-Saint-Denis, c’est profondément injuste", tempête Rodrigo Arenas : "Huit élèves n’ont pas de solution, ils attendent la rentrée pour voir ce qu’il va se passer. Ce n’est pas juste pour les élèves qui ont choisi cette voie-là, pour les enseignants qui ont investi de leur temps et de leur énergie pour amener ces enfants vers l’excellence. Et peut-être parmi ces élèves y a-t-il un futur grand compositeur ou compositrice, un futur grand danseur ou danseuse."

Ce sont des élèves qui ont suivi cette scolarité tout au long du collège. Peut-être qu’ils continueront, mais certainement dans le privé, ce n’est pas ça, une réponse publique digne de ce nom" Rodrigo Arenas, porte-parole de la FCPE

Des élèves parisiens également recalés

Mais des élèves parisiens sont aussi concernés. Louise Lapierre, professeure au conservatoire du 18ème arrondissement, peut en témoigner : "J’ai une élève qui aurait souhaité entrer à Brassens au lycée et elle ne va pas pouvoir. Je sais très bien qu’avec un lycée à plein temps, elle aura beaucoup moins l’occasion de pratiquer son instrument et les disciplines collectives proposées par le conservatoire, ce qui est vraiment dommage", déplore celle qui a elle-même suivi un double cursus de la classe de cinquième à la classe de terminale. 

Maya Nammour, scolarisée dans le 8ème arrondissement, a elle la chance de rentrer cette année en double cursus danse au lycée Racine, contrairement à certains de ses amis qui ont postulé à Georges-Brassens. Des amis qui suivaient comme elle un double cursus exigeant avec le Conservatoire à Rayonnement régional de Paris, structure partenaire du lycée du 19e. "Il y a au minimum cinq personnes de ma classe qui ont été refusées. C'était la catastrophe absolue, se dire que l'année scolaire est finie, que c'est quasiment les vacances, que tout le monde a son lycée sauf eux", déplore-t-elle. "Ils ont ce rêve depuis l'âge de 3-4 ans, de devenir artiste danseur ou musicien. Se voir refuser le lycée dans lequel ils rêvaient d'aller, alors que leur dossier est entre guillemets en or, c'était un gros coup dur."

Des profils qui ne correspondaient pas aux attentes

Que répond l'Académie de Paris ? Claire Mazeron, directrice académique en charge des lycées, assure que tous les élèves des structures partenaires (CRR de Paris et de Boulogne, Conservatoire national supérieur de musique et de danse (CNSMD), maîtrises de Radio-France, de l'Opéra Comique et de Notre-Dame de Paris), ont été pris dans l'un des trois lycées qui proposent un double cursus. Il restait même des places. "Cette année nous n’avions pas du tout prévu de fermer une classe. Simplement, quand nous avons regardé les candidatures des élèves issus des structures partenaires, et que nous les avons affecté dans nos lycées, il nous restait énormément de places disponibles"

Il s'agit selon elle d'une question de niveau et d'inadéquation entre les demandes et l'objectif du cursus : "Nous n’avons pas pris d’élèves dont le niveau et le volume de pratique ne justifiaient pas le double cursus. Certains élèves candidatent avec des niveaux tout à fait honorables de conservatoire. Mais le double cursus, c’est autre chose, c’est vraiment ce besoin d ‘aménagement horaire fort, ce cursus préprofessionnel, ce n’est pas simplement la continuité d’une pratique commencée au collège."

Le Covid a restreint les candidatures des élèves de structures partenaires, il restait donc de la place. Mais on ne souhaitait pas faire entrer sur les places vacantes des élèves qui ne justifiaient pas de ce besoin de double cursus" - Claire Mazeron, directrice académique en charge des lycées dans l’académie de Paris

La directrice académique qui signale qu'une troisième classe pourrait rouvrir en 2022, mais que ce ne sera pas un double cursus : "La raréfaction des candidatures de bon niveau nous a amené à réfléchir à la possibilité de rouvrir la troisième classe à Brassens l’année prochaine, mais avec un autre projet. En la destinant plutôt à des élèves qui n’ont pas besoin du double cursus, mais d'une pratique artistique renforcée."

Comprend-elle le désarroi des parents d'élèves de Romainville, en Seine-Saint-Denis ? "Ces élèves de Seine Saint Denis dépendent de l’académie de Créteil, on pourrait tout à fait imaginer qu’ils se tournent vers l’académie de Créteil pour avoir une poursuite de CHAM au lycée auprès de leur académie. Il faut bien que chaque Académie s’occupe de ses élèves." Claire Mazeron souligne aussi que dans ces cursus, la moitié des élèves ne vient pas de Paris : "Certains viennent même de très loin, notamment d’Outre Mer, parce qu’ils sont recrutés à la maitrise Radio France ou de l’Opéra Comique."

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