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Mercredi 21 juillet 2021
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Le Festival de Saintes, théâtre de la révolution baroque en France

Le festival de Saintes fête cette année sa 50e édition. Né dans les ruines de l’Abbaye aux Dames, il a été le théâtre de la révolution baroque en France. 50 ans plus tard, il reste un rendez-vous incontournable de la musique ancienne. Retour sur son histoire.

Le Festival de Saintes, théâtre de la révolution baroque en France
Le Festival de Saintes fête ses 50 ans, © Radio France / Flore Caron

Créé en 1972 par Alain Paquier, le festival de Saintes, accueille dès ses débuts les grands pionniers du renouveau baroque comme Jean-Claude Malgoire, William Christie ou encore Jordi Savall. Sorte de laboratoire, il réunit, dans le cadre de stages et d’ateliers, de jeunes musiciens et de grands interprètes qui prônent une pratique de la musique historiquement informée. 

"Avant la naissance du festival, il y avait des ensembles, des musiciens qui s'étaient déjà lancés dans l'interprétation des grands, commeHarnoncourt,Léonhardt... Et le festival a permis de catalyser ce souffle qui existait déjà », explique Annie Millot, qui a assisté à la naissance de l’événement et qui est aujourd’hui vice-présidente de l’association l’Abbaye aux Dames, la cité musicale. 

Né dans les années soixante-dix, le festival est à l’image de son époque. « On était en pleine période baba cool. Il y avait une certaine façon d'être, une convivialité entre le public et les musiciens, une certaine façon de s’habiller. C’était les cheveux longs, les barbes, les tuniques avec des fleurs, les robes longues… Et puis nous n’utilisions pas les sites de la même façon : à l'époque, on ne s'embarrassait pas des conditions techniques et de sécurité. On faisait des choses qu’on ne se permettrait plus de faire aujourd’hui. Il y avait un dynamisme et un enthousiasme qui rendaient tout possible », se souvient Annie Millot. 

Château de La Roche Courbon Studio musique ancienne de Montréal
Château de La Roche Courbon Studio musique ancienne de Montréal , © P.Sebert Paris

Évolution du festival

Au fil des années, le festival évolue, notamment avec l’arrivée de Philippe Herreweghe, qui en prend la direction artistique en 1982. L’événement se professionnalise et s’ouvre aux répertoires classique et romantique. Mais la transmission demeure un axe majeur : en 1996, le Jeune orchestre de l’abbaye (JOA)  - impulsé par Philippe Herreweghe et l’orchestre des Champs Élysées – voit le jour avec pour objectif de former une nouvelle génération d’interprètes. 

Collegium Vocale Gent, Philippe Herreweghe, 1998
Collegium Vocale Gent, Philippe Herreweghe, 1998 , © Michel Garnier

En effet, le JOA, qui fête cette année ses 25 ans, offre la possibilité à de jeunes musiciens, étudiants dans les formations supérieures de France et d’Europe ou en début de carrière, de se former à l’interprétation des répertoires classique et romantique sur instrument d’époque. "C'est devenu indispensable de passer par cette expérience, même physique, de l'instrument, de la corde, de l'archet historique, considère Stéphanie Marie-Degand, professeure au CNSM de Paris et cheffe d’orchestre du JOA. La maîtrise du trac passe par la connaissance. Le savoir rend fort. Quand on se sent bien, on est joyeux et détendu. »

« Les jeunes s’intéressent de plus en plus au jeu sur instrument d’époque comme les instrumentistes à cordes avec les cordes en boyaux par exemple. Dans les conservatoires en France, de plus en plus d’options sont proposées en rapport avec tout cela, relève Sophie Bouteille, violoniste au sein du JOA et étudiante dans le master musique "Recherche et pratiques d’ensemble orchestre classique et romantique" de l’université de Poitiers. L’intérêt grandit et ce n’est pas le cas dans tous les pays. Quand je suis allée étudier en Irlande, je me suis rendu compte que c’était quasi-inexistant. »

La jeune génération

À présent, le festival accueille une nouvelle génération d’interprètes, héritiers des grands pionniers de la seconde moitié du XXe siècle. À l’occasion de la 50e édition, l’Abbaye aux Dames a entrepris un travail de recherche afin d’analyser les évolutions en matière d’interprétation, de facture instrumentale, etc. entre les premiers ensembles et les jeunes générations. 

« Maintenant, on en est à la deuxième ou la troisième génération de musiciens. Et aujourd’hui, on n’interprète pas un madrigal de Monteverdi de la même manière qu’en 1975, note Annie Millot.  À Saintes, dans la programmation deStephan Maciejewski[directeur artistique du festival depuis 2002, NDLR], il y a une mise en valeur des jeunes ensembles. Le travail qu’ils font est forcément différent de ce qui se faisait il y a 45 ans et ce qui est intéressant, c’est de pouvoir comparer. » 

L’ensemble Le Caravansérail en répétition dans l’Abbaye aux Dames
L’ensemble Le Caravansérail en répétition dans l’Abbaye aux Dames, © Radio France / Flore Caron

Parmi les représentants de cette jeune génération, figure le claveciniste Pierre Gallon, membre de l’ensemble Le Caravansérail. "Le festival – ou du moins le mouvement qu’a épousé le festival - a eu un impact sur nos générations, au même titre que les pionniers d’Europe du Nord comme Leonhardt, Kuijken…, explique-t-il. Le festival a offert, à l’époque, une scène à ces chercheurs un peu baba cool, un peu fous, un peu dingos qui ont accepté de se mettre à nu. Il leur a offert une tribune nécessaire, sans laquelle aujourd'hui, 50 ans après, on ne serait pas là." 

Reportage par Flore Caron