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Jeudi 8 juillet 2021
3 min

La Fontaine en scène

Comment mettre en scène et en musique les Fables de Jean de la Fontaine aujourd'hui ? L'année anniversaire du célèbre auteur a inspiré nombreuses réinterprétations ou reprises. Deux versions scéniques ont attiré notre attention, l'une tout en sobriété, l'autre exubérante et onirique.

La Fontaine en scène
Le Fabulatographe, un ciné-opéra jeune public , © Capture d'écran/ Les Monts de Reuil

Avec le premier hommage on remonte le temps. Le concert conté autour des Fables de la Fontaine de l'ensemble Chapelle Harmonique nous fait entendre l'univers musical du célébré écrivain. Le décor est sobre : quatre musiciens sur scène - traverso, théorbe, harpe baroque et viole de gambe, la récitante Jennifer Decker et le ténor Mathias Vidal. L'accent est mis sur la musique et les vers du poète. Le seul effet visuel : la dessinatrice Giorgia Marras dessine au fur et à mesure les animaux projetés sur un écran géant. Pour Valentin Tournet, il était important de rester dans les codes d’une interprétation historiquement informée.

"La démarche des fables de La Fontaine en musique, c'était de retrouver les premières versions musicales qui ont été écrites par Clérambault juste après la mort de La Fontaine, au début du XVIIIe siècle. A partir de là, on a connecté des fables récitées de La Fontaine aux fables chantées et ensuite des pièces musicales instrumentales du Grand Siècle qui évoquent différents animaux du bestiaire de la Fontaine, des airs de cour et chansons à boire pour reconstituer en quelque sorte une soirée chez Monsieur de La Fontaine."

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Les Fables récitées dans leur version originale peuvent être difficiles d'accès pour les plus jeunes, concède Valentin Tournet. Mais moins dans leur version chantée.

"Ce sont des simplifications parce qu'il a fallu faire un livret assez condensé, beaucoup plus ramassé pour pouvoir compresser l'action et utiliser des mots peut être plus simples qui, avec l'aide de la musique et de la basse écrite par Clérambault, permettent aux enfants d'avoir plusieurs moyens de comprendre la fable ." 

Changement d’ambiance avec le Fabulatographe, un ciné-opéra jeune public onirique et poétique proposé par la compagnie Les Monts de Reuil. Au départ, la claveciniste et metteuse en scène Hélène Clerc-Murgier a choisi pour trame musicale différents mélodies et vaudevilles à la mode à l'époque baroque inspirés de La Fontaine qu’elle a souhaité mettre au goût du jour :

"Ce qui est intéressant, c'est qu'on a trouvé cette musique du XVIIIe siècle des fables qui sont arrangées dans le goût de La Fontaine. Ce sont vraiment les fables de La Fontaine, mais un peu simplifiées, et donc qui peuvent être chantées et même accompagnés par des enfants qui ne sont pas forcément de grands musiciens. Donc il y avait déjà, au XVIIIe siècle, cette volonté d'aller vers des publics qui étaient moins savants. Le questionnement qu'on avait, c'était comment est ce qu'on fait pour faire entendre les fables? Que ce ne soit pas juste une succession, qu'il y ait quand même un fil conducteur narratif."

Avec la vidéaste Louison Costes, elle a imaginé ensuite une narration poétique qui est projeté tout au long du spectacle sur une tulle placée entre les musiciens et le public. La vidéo a une place centrale, et tout un travail a été fait pour synchroniser les images et les musiciens. Pour comprendre les Fables aujourd’hui, il fait les réactualiser, estime l’artiste, et la vidéo est un excellent moyen d’accrocher le regard des enfants.

"Il y a quelque chose qui très vite fait plonger dans un univers onirique par le biais de la vidéo et des jeux de lumière, souligne la vidéaste. Ca les aide aussi à se plonger dans la musique. Ce qui est intéressant dans cette démocratisation du lyrique, c'est de se dire que l'on peut un peu casser les codes et ajouter des choses qui ne sont pas toujours tout à fait conventionnelles. "

Le Fabulatographe casse les codes, comme avec cette reprise des Sauvages dans l’esprit hip-hop qui clôt le spectacle au grand bonheur des enfants.