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Lundi 2 août 2021
3 min

À Prades, culture et économie se cherchent et se rencontrent

Il y était question de pandémie et de crise, mais pas seulement. Les premières rencontres culturelles organisées vendredi 30 juillet à Prades, dans le cadre du festival Pablo Casals, proposaient de construire des ponts entre culture et économie.

À Prades, culture et économie se cherchent et se rencontrent
A Prades, culture et économie se cherchent et se rencontrent , © Twitter - La Tribune

Sans argent, pas de culture. Mais sans culture, il y a également moins d’argent. En témoigne le poids de l’industrie culturelle en France : plus de 91 milliards d’euros de revenus, une valeur ajoutée qui représente 2,3% du PIB, deux fois l’industrie automobile, qui irrigue l’industrie touristique et même celle du luxe. Pourtant, la culture rechigne encore souvent à parler d’argent. Et les entreprises sont parfois peu à l’aise face à la culture. Raison pour laquelle Pierre Bleuse, directeur artistique du Festival de Prades, dans les Pyrénées-Orientales, a initié ces premières “rencontres culturelles”, en marge de son festival. Trois débats organisés par le journal La Tribune et réunissant mécènes, économistes, et acteurs du monde culturel.     

C'était l'opportunité de parler aux entreprises, de parler de l'importance de nous soutenir, souligne Pierre Bleuse, c'est un système qui devrait être naturel, comprendre qu'autour de ce thème qui est large de la culture, on a besoin d'être tous réunis”. Un besoin d’autant plus pressant au regard de la crise sanitaire. Si l’Etat a su débloquer les aides nécessaires à la survie de bon nombre d’artistes, ces derniers craignent les effets sur la billetterie de la récente mise en place du “Pass sanitaire” et la perspective d’une nouvelle vague.  

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Une nouvelle économie de la culture 

La question est devenue inévitable : à quoi ressemblera le monde de la culture après la pandémie ? Personne ne se risque à proposer une réponse tranchée, mais tous s’accordent à dire qu’il y aura du changement. A commencer par les lieux de culture. Pour l’économiste de la culture Françoise Benhamou, la mutation du monde du travail vers plus de télétravail facilite les déménagements vers des logements plus grands, dans des espaces plus verts. Dès lors, “l’offre culturelle pourrait se répartir, hors des centres urbains”.   

Territoires, pédagogie, écologie, les thèmes dégagés dans ces rencontres sont un reflet de la société. Mais ils sont cette fois associés à la culture. Du côté du mécénat de la Société Générale, représenté par sa directrice des ressources humaines et de la communication, Caroline Guillaumin, on vante le tour de France initié par Gautier Capuçon, qui offre la musique dans des endroits qui en sont habituellement dépourvus, en y associant de jeunes artistes locaux. On rappelle aussi le soutien apporté au projet Démos, qui aide les enfants des “milieux défavorisés à pratiquer un instrument. Territoire, pédagogie, publics empêchés : combo gagnant.  

Un projet musical peut-il aujourd’hui attirer des mécènes sans aborder ces grands thèmes de la société ? Sur la question de l’écologie, par exemple, Zélia Housset, responsable du programme de mécénat Musique à la Caisse des Dépôts et Consignations, va plus loin : “je pense qu’en tant que mécène de la musique, cette voie-là, on va la prendre presque “malgré nous”, car les ensembles eux-mêmes se saisissent de la question, se structurent entre eux, et intègrent la question environnementale. (…) Le projet artistique, c’est ce que l’on étudie en premier lieu, mais effectivement, il y a d’autres critères qui rentrent en jeu, la durabilité environnementale, ou des questions plus sociales”. 

La culture, un bonus pour les entreprises 

La musique seule ne suffit plus, ou presque, à attirer les mécènes. Ces derniers ont un intérêt à soutenir certains projets, porteurs de discours. A Prades, Pierre Bleuse met en avant une initiative : plutôt que de faire payer les jeunes musiciens qui souhaitent participer à l’académie du festival, ceux-ci sont rémunérés et participent à un projet d’insertion professionnelle. L’idée est salvatrice, tant les jeunes musiciens sont fragilisés par la crise, mais gourmande en moyens, et le chef d’orchestre est toujours à la recherche de mécènes.  

Faut-il aller chercher auprès des entreprises ce que l’Etat ne donne plus ? Si Pierre Bleuse souligne à juste titre les aides exceptionnelles qui ont été apportées ces 18 derniers mois, il constate aussi que “les ressources publiques ne sont pas infinies, il faut de la responsabilité dans notre action (…) l’idée n’est pas de rentrer dans un monde uniquement privé, c’est juste une harmonie, une balance intelligente”. 

Une harmonie qui pourrait néanmoins être difficile à trouver pour la musique classique, quand on écoute Lionel Esparza. Producteur sur France Musique et auteur du livre Le Génie des modernes, il constate que “l'Etat se questionne lui-même sur ce qu'il en est de sa capacité à subventionner l'art et sur le fait même que cela soit légitime“. Pour lui, “l'Etat ne cesse, depuis pas mal de temps maintenant, d'encourager les entreprises à prendre la suite, ce que d'une certaine manière elles font, en tout cas pour certains domaines artistiques, on pense aux arts plastiques, l'art contemporain. La musique, ça marche très différemment, l'image, encore une fois un petit peu... pas négative, ça reste un modèle de prestige, la musique, mais un modèle de prestige un peu suranné, un peu daté, qui n'a pas tellement évolué dans l'esprit des gens et dans l'inconscient collectif qui est le nôtre... donc investir là-dedans, si on n'en a pas vraiment la passion, ce n'est pas quelque chose que vont faire naturellement les mécènes.”     

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