Vendredi 8 août 2014
59 min

Silence pour Charlie Haden (2/2)

Disparu le 11 juillet dernier, Charlie Haden était un géant de la contrebasse, qu’il abordait par le silence, un infatigable militant des luttes de libération. Un jazzman à la fois résolument enraciné et acteur des révolutions de son temps.

Présenté par Alex Dutilh
Réalisation : Fabien Fleurat
Attachée de Production : Emmanuelle Lacaze

« Né à Shenandoah (Iowa), le 6 août 1937, Charlie Haden s'est éteint le 11 juillet 2014 à Los Angeles, « des suites d'une longue maladie » a indiqué sa maison de disque, entouré de sa femme, la chanteuse Ruth Cameron et de ses enfants. Contrebassiste, compositeur, leader naturel, instrumentiste fondamental du siècle, son action en musique est indémêlable de l'idée de libération : libération de l'instrument, libération du « jazz », libération politique des formes et des préjugés. Le tout sous l'air naïf d'un natif du fin fond de l'Amérique. » Ainsi débute le superbe portrait que lui a consacré Francis Marmande dans Le Monde du 12 juillet dernier.

Acteur de l’accouchement du free jazz par Ornette Coleman à la charnière des fifties et des sixties, leader d’un phénoménal Liberation Music Orchestra qui fut la bande son de l’après 68, compagnon de route de l’éclosion du génie de Keith Jarrett, au sein de son premier trio comme de son quartet américain, Charlie Haden fut aussi le co-fondateur du quartet Old And New Dreams, un nom à prendre au pied de la lettre.

L’Amérique fut sa grande affaire, sentimentale. Toute une vie avec le souvenir de ses premiers pas autour du folk de l’Amérique profonde (un sublime duo avec Pat Metheny en témoigne) et l’émotion des voix hollywoodiennes entendues à la radio (son Quartet West ). Plus tard le déchirement entre la culpabilité face aux effets dévastateurs de l’impérialisme américain et sa foi en une foi en la démocratie née du rêve américain. D’où toute une série de duos, art parfait de l’échange équitable, dans sa discographie en leader. Un poing levé dans un gant de velours…

Contrebassiste, Charlie Haden aura aussi marqué l’histoire du jazz. Aux antipodes des volutes prolixes du funambule Scott La Faro, qui fut son condisciple auprès de l’enseignement de Red Mitchell, les notes de Charlie Haden s’énoncent une à une. Le poids et la nécessité de chacune vient sculpter le silence. Un maitre du less is more gardant toujours la mélodie en ligne de mire. Pas étonnant qu’il ait participé à quelques innovations autour des musiques du monde, notamment avec le trio Magico au sein duquel il trouvait cette même primauté du chant profond.

En deux épisodes (lundi 4 et vendredi 8 juillet), Jazz Été rend hommage à son éclectisme et à son humanisme.

Son prochain album, un concert en duo avec le guitariste Jim Hall, enregistré à Montréal, sortira le 29 septembre prochain (et fera la Une d’Open Jazz, le jeudi 25 septembre, sur France Musique).

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