Histoires de Musique
Programmation musicale
Dimanche 3 novembre 2019
10 min

Les folles journées de Beaumarchais

Un horloger fils d’horloger, Pierre Augustin Caron de Beaumarchais est un énergumène des Lumières ! Sa vie est une suite de folles journées... En deux mots, un homme libre !

Les folles journées de Beaumarchais
Portrait de Beaumarchais et première page du Mariage de Figaro, © Jean Marc Nattie

Un horloger fils d’horloger, Pierre Augustin Caron de Beaumarchais est un énergumène des Lumières ! En deux mots, un homme libre.
Voltaire l’adorait : « Quel homme ! écrit l’auteur de Candide au jeune d’Alembert, il réunit tout, la bouffonnerie, le sérieux, la raison, la gaieté, la force, le touchant, tous les genres d’éloquence ; et il n’en recherche aucun ; et il confond tous ses adversaires ; et il donne des leçons à ses juges. Sa naïveté m’enchante. Je lui pardonne ses imprudences, et ses pétulances ».

Une ambition sans faille

Sans cesse actif, Pierre Augustin Caron ne songe qu’à prendre du galon et se moque de la chronologie. Tout à la fois, musicien, courtisan, financier, promoteur immobilier, industriel, espion, armateur, auteur d’œuvres tantôt géniales, tantôt très oubliables éditeur de Voltaire, il devient révolutionnaire malgré lui.

A vingt ans, il met au point un système d’échappement à hampe pour les montres à gousset : système empêchant la montre d’avancer à mesure que le ressort se déroule. Lepaute horloger du roi, s’approprie cette invention. Il a compris que sa seule chance est d’alerter la presse et de prendre le public à témoin. La polémique enfle. L’Académie des sciences comprend qu’il faut trancher au plus vite. Le 16 février 1754, on vote à l’unanimité pour condamner Lepaute.

Il n’a pas encore 22 ans et il obtient sa première commande du roi : une montre pour lui, une pour Madame de Pompadour, une pendule pour Madame Victoire.

Horloger du roi, le titre est prestigieux et les rémunérations  des plus satisfaisantes.  Livrer Versailles, c’est bien. Mais Beaumarchais veut davantage. Et pour vivre à la cour, il faut être noble. Pour cela il faut séduire la cour. C’est donc auprès des quatre filles du Roi que Beaumarchais entame son jeu de séduction. Par les montres, il ouvre les portes de Versailles, avec la musique, il s’y installe. Pierre-Augustin devient le maître de musique des filles de Louis XV, et se rend indispensable à la cour. Mais un courtisan sans particule est un homme qui rougit de honte. Il lui faut alors se trouver un nom. Une erreur de mariage à 26 ans l’emmène sur des terres en Arpajon appelées Beaumarchet. Cela sonne se répète Caron. Beau, je suis. Et Marchais, marcher préfigure le commerce qui est ma compétence. Va pour Caron de Beaumarchais. Caron se fera oublier avec le temps…  Mais cela ne suffit pas, il faut acheter un titre de noblesse.

Pierre - Augustin de Beaumarchais est un ambitieux. Il s’offre la noblesse. Seule cette nouvelle noblesse est digne de respect car elle est due au mérite. Synonyme chez lui de capacité financière. L’ancienne, dite la « vraie » noblesse est méprisable. « Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus ». Fait-il dire plus tard à Figaro dans son adresse au Comte.

Double mariages, double veuvages.  Lieutenant général des chasses, administrateur de la Compagnie des eaux, armateur, notre homme  est aussi et enfin à 43 ans, un auteur. Le 26 février 1775, après 3 jours de corrections apportées à son texte, le rideau de la Comédie se lève sur une pièce nouvelle. Le public l’acclame et le succès ne va plus se démentir. Le 14 mars le Barbier de Séville est invité à la Cour.

Une vie de folles journées

La vie de Beaumarchais est une suite de folles journées. Ainsi celle du 12 octobre 1781 dans un petit salon de Versailles, Madame Campan lit. Sa lecture de ce jour est pour Louis XVI et pour Marie-Antoinette. Elle ne lit pas un livre mais des feuillets épars qui ensemble, constituent une pièce de théâtre. Les comédiens français ont eu beau l’accepter d’enthousiasme, et le censeur avoir donné son accord, Louis XVI veut se faire une idée par lui-même. Marie-Antoinette se délecte. Le roi est gagné par une colère de plus en plus manifeste.

Lui si placide d’ordinaire, explose de colère dès le dernier feuillet posé. « C’est détestable, ce ne sera jamais joué, cet homme déjoue tout ce qu’il faut respecter dans un gouvernement ». Et d’ajouter, soudain visionnaire, « sa représentation ne pourrait être qu’une inconséquence fâcheuse, sauf si la Bastille était détruite ».  Nous sommes en 1781. Malgré lui, Beaumarchais se déclare révolutionnaire. Louis XVI est ouvertement défié. Le rideau se lève sans nouvelle de Versailles. Louis XVI a fini par céder. Le 27 avril 1784, Paris ne parle plus que de La Folle Journée. On se bat pour des places. A l’entour du Théâtre du Luxembourg, la foule piaffe et frétille. Le rideau se lève sur le matin d’un mariage… Pierre-Augustin a 52 ans.

A Vienne, le jeune Mozart découvre lui aussi la pièce de Beaumarchais. Le début du célèbre monologue de Figaro ne laisse aucun doute sur la révolte qui l’anime et ce parfum de scandale n’est pas sans séduire le compositeur. Deux ans plus tard, il en écrit son opéra La Folle journée ou Le mariage de Figaro.

Dès 1777, il lance sa dernière et ultime grande bataille. Vingt ans pour inventer le droit d’auteur. Car oui, rémunérer un auteur est le seul moyen de lui permettre la liberté.

« Ma vie n’a été qu’une suite de combats ». Telle est la devise de Beaumarchais tirée du Mahomet de Voltaire.. Alors au matin de sa mort le 18 mai 1799, on écrit sur sa tombe  la phrase qu’il choisit : « Tandem Quiesco – Enfin je me repose. »

Programmation musicale

Wolfgang Amadeus Mozart
Les noces de Figaro : Ouverture
Orchestre de chambre d'Europe
Yannick Nézet-Séguin (direction)
DGG 4795945

Gioachino Rossini
Le barbier de Séville : La ran la le ra la ran la la / Largo al factotum (Acte I) Air de Figaro
Orchestre symphonique de Londres
Sherrill Milnes (Figaro)
James Levine (direction)
Warner Classics 0190295611156/11

Jean-Baptiste Krumpholtz
Sonate pour flûte traversière et harpe en Fa Maj op 8 : 1. Allegro
Jean-Pierre Rampal (Flûte traversière)
Lily Laskine (Harpe)
Erato 0825646190430/1

Wolfgang Amadeus Mozart
Les noces de Figaro : Non più andrai farfallone amoroso (Acte I) Air de Figaro
Orchestre de chambre d'Europe
Luca Pisaroni (Figaro)
Yannick Nézet-Séguin (direction)
DGG 4795945

Gioachino Rossini
Le barbier de Séville : Una voce poco fa (Acte I) Air de Rosina
Orchestre symphonique de Londres
Beverly Sills (Rosina)
James Levine (direction)
Warner Classics 0190295611156/11

Wolfgang Amadeus Mozart
Les noces de Figaro : Canzonetta sull'aria (Acte III) Duo la Comtesse Susanna
Orchestre de chambre d'Europe
Sonya Yoncheva (La Comtesse)
Christiane Karg (Susanna)
Yannick Nézet-Séguin (direction)
DGG 4795945

Wolfgang Amadeus Mozart
Les noces de Figaro : Ecco la marcia (Acte III) Quatuor Figaro Susanna le Comte la Comtesse
Orchestre de chambre d'Europe
Thomas Hampson (Le Comte Almaviva)
Sonya Yoncheva (La Comtesse)
Luca Pisaroni (Figaro)
Christiane Karg (Susanna)
Yannick Nézet-Séguin (direction)
DGG 4795945

Wolfgang Amadeus Mozart
Les noces de Figaro : Cinque dieci venti (Acte I) Duo Figaro Susanna
Orchestre de chambre d'Europe
Luca Pisaroni (Figaro)
Christiane Karg (Susanna)
Yannick Nézet-Séguin (direction)
DGG 4795945

Wolfgang Amadeus Mozart
Les noces de Figaro : Se vuol ballare (Acte I) Air de Figaro
Orchestre de chambre d'Europe
Luca Pisaroni (Figaro)
Yannick Nézet-Séguin (direction)  
DGG 4795945

Wolfgang Amadeus Mozart
Les noces de Figaro : Questo giorno di tormenti (Acte IV) Tutti
Orchestre de chambre d'Europe
Thomas Hampson (Le Comte Almaviva)
Sonya Yoncheva (La Comtesse)
Luca Pisaroni (Figaro)
Christiane Karg (Susanna)
Rolando Villazón (Basilio)
Philippe Sly (Antonio)
Yannick Nézet-Séguin (direction)   
DGG 4795945

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