Histoires de Musique
Programmation musicale
Dimanche 28 avril 2019
9 min

La rose bleue des symbolistes russes

La tranquille majesté de la rivière russe, cette belle Volga bleue, l’azur clair du ciel infini, et l’or du soleil, deviennent pour les artistes de la Rose bleue, l’incarnation de la beauté de l’univers. Cette harmonie de couleurs détermine le coloris spécifique de l’art symboliste russe.

La rose bleue des symbolistes russes
Riders et La Rose Bleue, © Mikhail Nesterov /Pavel Varfolomeevich Kuznetsov

Une émission en partenariat avec J'aime la Musique

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En Russie, les révolutions de février et d’octobre 1917 marquent l’aboutissement de la longue suite de désastres qui ont jalonné le destin de la Russie depuis le milieu du XIXè siècle. La Guerre de Crimée et le traité de Paris en 1856. Les humiliations du traité de San Stéfano, et du Congrès de Berlin, en 1878. L’assassinat du tsar réformateur Alexandre II en 1881. La politique réactionnaire et obtuse de ses successeurs, Alexandre III et Nicolas II. Enfin la terrible famine de 1891. Après quelques années plus calmes, le début du XXè siècle voit se succéder la guerre russo-japonaise, le dimanche sanglant du 22 janvier 1905, des grèves incessantes. Plusieurs milliers de morts suite aux attentas et à leur répression. En août 1915, alors que toute l’Europe s’enflamme, le Tsar prend la direction des armées. Il n’a aucune formation militaire. La Tsarine conduit les affaires intérieures sous la domination de Raspoutine. Bilan : Plus de 6 millions de morts et blessés. La chute inéluctable de l’Empire.

Le symbolisme 

Malgré ces drames et ces incessantes perturbations de la vie sociale en Russie, les activités intellectuelles et artistiques connaissent un « âge d’or ». Ce terme a déjà été utilisé pour illustrer l’essor littéraire sous Catherine II. Mais aussi celui de la poésie au début du XVIIIè siècle, dominé par Pouchkine. Alors on le remplace par « l’âge d’argent ». Celui des changements esthétiques de la littérature russe du début du XXè siècle. Car jusqu’alors, la prose est réaliste et utilitaire. Parfois engagée socialement. Mais une nouvelle dimension psychologique vient perturber la fin du siècle. On découvre que l’art peut émerger de morales moins soumises. De gestes moins prévisibles dans  la nature humaine. L’Art revendique alors son autonomie, et proclame : « l’Art pour l’Art ». Antithèse du réel, le symbolisme devient alors l’expression la plus marquante du changement. Au tournant du siècle, la Russie se colore du mouvement symboliste européen.

Le symbolisme survient alors comme une réaction idéaliste au XIXè siècle matérialiste. Les artistes de la seconde moitié du XIXè siècle observent la réalité qui les entoure. Ils cherchent à en comprendre le sens. Non pas le sens du reflet de cette réalité. Mais le sens de la vraie réalité, de la réalité supérieure. Celle de la sensibilité. La revue Le Monde de l’art créée en 1898 par Serge Diaghilev et ses amis, les peintres Alexandre Benois, Léon Bakst et Valentin Serov offre une formidable tribune pour la synthèse des arts. Le courant apparaît en Russie plus tardivement que dans les autres pays d’Europe. Ce sont Verlaine et Mallarmé en France, Maeterlinck et Verhaeren en Belgique qui donnent à la Russie ses nouvelles couleurs. Mais elle les teinte de ses traits nationaux, d’un profond lyrisme et d’une grande densité poétique. Les idéalistes russes mettent en lumière leurs préoccupations mystiques ou philosophiques. Sans doute leurs rêves…? Mais aussi, leurs interrogations, leurs doutes et leurs aspirations en cette fin de siècle, ressentie comme trop matérialiste. Alors ils puisent  dans le folklore, les mythes et légendes, la religion et la musique. Ils sont empreints d’une profonde spiritualité, propre à la conscience nationale. Ils tentent alors de faire dialoguer  peinture, musique et poésie. Dans les années 1880, Savva Mamontov, mécène, amateur et connaisseur d’art, réunit autour de lui  un cercle d’artistes qui transforme bientôt son domaine en un des cercles novateur de la Russie. L’activité du cercle de Mamontov est imprégnée de la soif d’innover l’art, de lui insuffler une nouvelle vie. De lui redonner spontanéité, fraîcheur et pureté morale. Elle s’appuie sur le désir de faire renaître les artisanats populaires et l’esprit de l’ancienne Russie. On organise alors des conférences d’histoire et des concerts où se produisent  des conteurs populaires. Sur la scène d’un théâtre privé, on monte des pièces consacrées à la vie des paysans, aux légendes traditionnelles. Le théâtre occupe une place toute particulière dans le symbolisme russe. Il est le symbole incarné, le reflet de la vie. Nicolas Roerich, peintre pétersbourgeois donne quant à lui, sa propre variante du nouveau style. Il se passionne pour l’archéologie. S’intéresse à la vie de la Russie d’avant le christianisme. A son histoire, ses légendes, ses croyances. Les héros de ses premières œuvres symboliques sont les anciens slaves : de preux guerriers puissants adorant leurs sombres idoles maléfiques, vivant les lois implacables de la tribu. Le public parisien découvre ses décors lors de la fameuse représentation du Sacre du printemps au Théâtre des Champs Elysées le 29 mai 1913. La musique d’Igor Stravinski

La seconde vague du symbolisme

La seconde vague du mouvement symboliste s’ouvre avec Victor Borissov-Moussatov. Il devient le créateur d’un nouveau genre, fondé sur une conscience artistique symboliste. La représentation cède la place à l’expression. Sa pensée se forme sous l’influence du symbolisme français. Dans la seconde moitié des années 1890, l’artiste passe plusieurs années à Paris où il étudie la peinture. Il est en admiration devant Puvis de Chavanne, son idole. Mais il suit davantage ses successeurs, les membres du groupe des nabis mené par Maurice Denis. Le russe partage avec eux la même conscience des possibilités d’expression musicale contenues dans la peinture. 

Les symbolistes mettent la musique au sommet... Verlaine et Mallarmé de lui reprendre son bien

Programmation musicale

Alexandre Borodine
Prince Igor : Danses polovtsiennes (Acte II)
OPMC 003

Igor Stravinsky
L’Oiseau de feu : Ronde des princesses
Sony Classical 8287670326001

Alexandre Scriabine
Poème de l’Extase n°4 op.54
LSO 0822231177128

Nicolas Rimski Korsakov
Shéhérazade op.35 : Le jeune prince et la jeune princesse
Philarmonia PHR0106

Alexandre Borodine
Dans les Steppes de l’Asie centrale
Mirare MIR305/1

Igor Stravinsky
Le sacre du printemps : Cercle mystérieux des adolescents
Warner Classic 2564 69442-7

Mikalojus Konstantinas Čiurlionis
Dans la forêt – Poème symphonique
Northern Flowers NFP9999

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