Histoires de Musique
Programmation musicale
Dimanche 20 octobre 2019
9 min

La Pologne, une histoire en partages…

En 1795 la Pologne disparaît. Le peuple polonais ne cesse dès lors de mener un combat sans répit contre le colonisateur tout au long du XIXè siècle. C’est avant tout l’effort et l’exemple des artistes français et polonais qui maintient l’espérance dans les cœurs. Jusqu’à ce que renaisse la Pologne.

La Pologne, une histoire en partages…
La bataille d'Ostroleka en 1831 et Frédéric Chopin, © Juliusz Kossak / Eugène Delacroix

En 1795, la Pologne disparaît. Conséquence de la voracité de ses voisins Mais aussi d’un siècle d’affaiblissement politique et économique, la Pologne disparait.  Dès 1772, la Russie de Catherine II envahit la Pologne  et procède au premier partage du pays avec ses alliés autrichien et prussien. La Pologne passe alors de 733 000 km2 à 522 000. Elle  perd 4 500 000 habitants sur un total initial de 11 400 000. Cette humiliation a pourtant une conséquence positive : la formation d’un mouvement intellectuel important qui, inspiré des événements français proposent en 1792 une Constitution révolutionnaire imitée de la Constitution française de 1791.  

L'exemple des artistes qui maintient l'espérance

Si la politique fait disparaître la Pologne des cartes, elle reste présente dans le cœur des polonais. C’est sur le futur empereur des français Napoléon 1er et sur le tsar de Russie Alexandre 1er que reposent leurs espoirs. Mais Alexandre 1er ne tient pas ses promesses et les armées de Napoléon sont décimées en Russie. L’Empereur gardera toutefois son aura sur le peuple polonais qui aujourd’hui encore l’honore dans son hymne national et conserve le modèle des lycées et des écoles polytechniques. En 1815 malgré l’intervention de Kosciuszko, le Congrès de Vienne ratifie le partage entre les trois conquérants : La Russie, La Prusse et l’Autriche ; la Pologne est dès lors réattribuée à la Russie. La Pologne ne cesse de lancer son cri. Dans les strophes de Mieckiewicz, les mélodies du pianiste Frédéric Chopin. C’est avant tout l’effort et l’exemple de ses artistes qui maintient l’espérance dans les cœurs, jusqu’à ce que renaisse la Pologne. Tous tentent de maintenir les relations artistiques entre les deux pays. L’école de sculpture française a conservé en Pologne tout son prestige. Ainsi David d’Angers a buriné dans la glaise et le bronze d’expressifs médaillons de l’historien Joachim Lelewel mort à Paris en 1861. Ou encore le poète Adam Mickiewicz chargé en 1840 d’un cours d’histoire des littératures slaves au Collège de France. Quant aux peintres de l’Ecole romantique, ils ont continué la tradition des portraits polonais. Ainsi les portraits des généraux Dwernicki et Ostrowski exposés par Jean Gigoux au Salon de 1833. Ceux du poète Krasinski par Ary Scheffer et de Chopin par Eugène Delacroix. La séduction exercée par les ateliers de Paris sur les artistes polonais a toujours été très forte. Depuis le triomphe de la peinture française impressionniste qui relègue définitivement à l’arrière-plan les prétentions de l’école allemande, c’est vers Paris que regardent tous les artistes polonais.

De leur côté,  les  étudiants, les militaires et la bourgeoisie de Varsovie ne se satisfont pas du sort de la Pologne et rêvent d’un retour à l’indépendance d’antan. Le jeune compositeur Frédéric Chopin et ses camarades d’université suivent avidement les cours d’histoire universelle de Feliks Bentkowski et ceux de littérature polonaise de Kazimierz Brozinski. L’auteur préconise en outre que la littérature et l’art polonais, y compris la musique,  élaborent des traits nationaux distincts au lieu d’adopter des modèles étrangers. La jeunesse polonaise est nourrie de cette volonté d’affirmation et de revendication de leur patriotisme. Chopin rêve depuis 1826 de créer un style à part pour la musique polonaise, qui saurait aussi bien s’enraciner dans les traditions nationales que s’ouvrir à la nouveauté. En mai 1829, l’accession au trône de Nicolas 1er, plus autoritaire que son prédécesseur Alexandre 1er ravive l’opposition. En juillet, la fin de l’année universitaire signifie pour Chopin la fin des études. La fin de sa jeunesse artistique et le début de sa vie d’adulte. Le temps est venu où il faut aller découvrir le monde. Et le monde de découvrir Frédéric Chopin. L’insurrection éclate à Varsovie dans la nuit du 29 novembre 1830. Chopin publie sa première série de Mazurkas, son vœu devient enfin réalité. 

En passe d’être victorieux, les généraux perdent peu à peu du terrain devant la menace des russes. Ils appellent les gouvernements occidentaux à se mobiliser. Peine perdue. L’insurrection est matée, au prix d’une répression sanglante. C’est le moment de la grande Emigration. 10000 Polonais impliqués de loin ou de près dans l’insurrection décident de rejoindre la France. 

La France terre d’accueil 

Frédéric Chopin est absent de Varsovie lors de l’insurrection. Après maintes hésitations, il quitte enfin Varsovie le 2 novembre pour entreprendre son  grand voyage à l’étranger. Il est à Stuttgart lorsqu’il apprend la capitulation de Varsovie. Le journal de Chopin se transforme alors en un cri de désespoir et de fureur, rempli de mots violents, rapides, cinglants, tels des coups de feu ! Malgré des paroles aussi vives, Chopin alors âgé de 22 ans désire se rendre à Paris au plus vite. En France on accueille au moins les Polonais avec sympathie, on approuve sans réserve leur mouvement pour la liberté. Frédéric Chopin arrive à Paris à l’automne 1831. Le pays est instable et agité car il n’est pas encore remis de la révolution de Juillet 1830. Mais des mesures sont en place pour accueillir la grande émigration polonaise qui fuit la censure et l’oppression de la culture nationale sous le joug de la Russie. Ce sont d’abord tous ceux qui ont participé aux campagnes napoléoniennes qui reviennent en France. La deuxième vague d’immigration est plus politique et cultivée. De nombreux  artistes et intellectuels émigrent à Paris. Surtout des écrivains dont les plus grands poètes romantiques Adam Mickiewicz et Julius Slowacki ainsi que les compagnons varsoviens de Chopin Stefan Witwicki et Bodhan Zaleski. Ils sont tribuns, écrivains, penseurs et tous, hommes politiques, universitaires ou musiciens s’engagent et militent  pour que la Pologne soit reconnue comme une entité indépendante.

Le 26 février 1832 Frédéric Chopin est présenté au public parisien. Il joue son Concerto en mi mineur. Désormais, il est un exilé à Paris. Sans retour possible en Pologne, Chopin soutient ses compatriotes réfugiés en France. Pour manifester sa résistance à l’oppression polonaise il donne le 5 avril 1835 un récital dans la salle du théâtre des Italiens. Le peuple français soutient la cause polonaise. La nation romantique de Victor Hugo, devient polonaise. Les valeurs de cette nation deviennent les valeurs du mouvement romantique qui lui reconnaît le droit de se venger de son malheur. Alfred de Musset résiste quant à lui à l’appel des sirènes polonaises. Peu à peu les grands mouvements de solidarité s’éteignent  Alors seul le vieux proverbe polonais demeure : « Dieu est trop haut et la France est trop loin ».

Programmation musicale

Frédéric Chopin
Polonaise n°6 en Lab Maj. op.53
Evgueni Kissin (piano)
RCA 09026 63535 2

Frédéric Chopin
Scherzo n°1 en si min op 20
Simon Trpčeski (piano)
EMI 3755862

Frédéric Chopin
Andante spianato en Sol Maj op 22 n°1 - pour piano
Jan Lisiecki (piano)
DGG 4796824

Frédéric Chopin
Polonaise en si bémol min op posth KK IVa n°5
Anatol Ugorski (piano)
DGG 00289 477 5430

Frédéric Chopin
Mazurka n°7 en fa min op 7 n°3
Rem Urasin (piano)
Brilliant Classics 95215

Frédéric Chopin
Polonaise n°2 en mi bémol min op 26 n°2
Katarzyna Popowa-Zydroń (piano)
Narodowy Instytut Fyderyka Chopina NIFCCD217

Frédéric Chopin
Etude pour piano n°12 en ut min op 10 n°12 (Révolutionnaire)
Lukas Geniusas (piano)
Dux DUX0834

Frédéric Chopin
Fantaisie-Impromptu pour piano en ut dièse min op 66
Daniil Trifonov (piano)
DGG 4797519

Frédéric Chopin
Concerto pour piano n°1 en mi min op 11 : 3. Rondo
Daniil Trifonov (piano)
Orchestre de Chambre Malher
Mikhaïl Pletnev (direction)
DGG 4797519

Frédéric Chopin
Nocturne pour piano n°13 en ut min op 48 n°1
François Dumont (piano)
Aevea AV17044

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