Histoires de Musique
Programmation musicale
Dimanche 5 mai 2019
9 min

Emilie du Châtelet ou l’ambition féminine au XVIIIè siècle

« Je ferais participer les femmes à tous les droits de l’humanité, et surtout à ceux de l’esprit. Il semble qu’elles soient nées pour tromper, et on ne laisse guère que cet exercice à leur âme. » Emilie du Châtelet

Emilie du Châtelet ou l’ambition féminine au XVIIIè siècle
Émilie du Châtelet, © Latour

Une émission en partenariat avec J'aime la Musique

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Plus connue sous le nom d’Emilie, Gabrielle de Breteuil devenue marquise du Châtelet par son mariage, appartient à la grande noblesse de robe. Gabrielle Emilie naît le 17 décembre 1706. Son père, Louis Nicolas, est Introducteur des Ambassadeurs à la cour de Louis XIV. C’est lui qui choisit de lui donner la même éducation qu’à ses deux frères aînés. Il fait alors venir au domicile familial des précepteurs qui lui enseignent le latin, les mathématiques, les langues étrangères, le cheval, la gymnastique, le théâtre, la danse. Emilie est douée pour la musique et joue du clavecin avec brio. Mais surtout elle aime chanter !  A 12 ans, Emilie lit couramment l’allemand, l’anglais, le grec et le latin. Trois ans plus tard, Locke, Descartes et Leibniz n’ont plus de secrets pour elle.

Emilie du Châtelet une femme pas comme les autres

A 19 ans, Emilie épouse le Marquis Florent Claude  du Châtelet.  Comme souvent à cette époque et dans cette société, le mariage est arrangé.  Mais Emilie n’est guère encombrée par ce mari qui est militaire  et passionné de chasse. Elle lui donne trois enfants, puis considère son devoir conjugal accompli. Tous deux tombent alors d’accord pour vivre des vies séparées. Alors Emilie loue les services de professeurs qui viennent lui enseigner la géométrie, l’algèbre, le calcul et la physique. Elle passe entre 8 et 12 heures chaque jour dans son bureau à lire et à écrire. Émilie lit tous les livres importants. Elle va aussi régulièrement au théâtre et se rend fréquemment à l’opéra. C’est auprès du grand savant Moreau de Maupertuis, membre de l’académie des sciences et fervent défenseur des théories de Newton,  qu’elle approfondit ses connaissances en géométrie, astronomie et  physique. Mais aussi celles de l’amour en devenant sa maîtresse. Emilie souhaite assister aux réunions régulières du mercredi où sont débattues les dernières avancées scientifiques. Mais en tant que femme, elle n’y est pas autorisée. Les philosophes, scientifiques et mathématiciens ont aussi pour habitude de se retrouver au Café Gradot situé quai des Ecoles à Paris. Là encore, Emilie ne peut se joindre à eux. Alors elle se fait confectionner  un ensemble de vêtements d’homme, réussit à entrer dans le café et se joint à la table de Maupertuis et ses amis. Tous l’acclament et commandent une tasse de café pour elle. C’est ainsi qu’elle devient une habituée de chez Gradot.

Son amour pour Voltaire

Emilie a lu Voltaire. Elle a vu ses pièces de théâtre. Paris découvre Zaïre qui remporte un énorme succès. Puis au printemps 1733, Emilie se rend chez son amie la duchesse de Saint-Pierre, Voltaire est là.  La marquise a vingt-sept ans, Voltaire trente-neuf. Immédiatement, ils se sentent attirés l’un par l’autre et deviennent inséparables. Emilie, a  le bonheur de découvrir en son nouvel amant un homme tout autant passionné qu’elle par Newton. Voltaire a lu l’œuvre du philosophe mathématicien lors de son séjour forcé en Angleterre. Et commence alors à s’intéresser à la nouvelle physique de l’attraction développée par l’anglais.

Acclamé par la science

En 1737, l’Académie des sciences lance un concours sur la nature du feu et sa propagation. Voltaire s’inscrit. Il reprend alors la théorie des quatre éléments d’Aristote. Comme le feu est une substance matérielle, il a du poids. Pour le démontrer, Voltaire se rend aux forges voisines de Cirey et réalise ses expériences. Emilie n’en manque pas une seule et elle n’est pas convaincue par les conclusions de Voltaire. Elle décide alors de concourir en cachette et rédige la nuit une dissertation de 139 pages. Elle tente de faire une synthèse de toutes les connaissances sur le sujet. Aucune femme n’a encore émis à ce jour d’opinions personnelles. Ses idées sont parfois curieuses et elle a conscience de leur étrangeté. Elle n’obtient pas le prix. Voltaire non plus. Mais pour la première fois les écrits d’une femme sont publiés. C’est la première fois que l’Académie des sciences publie le texte d’une femme. Après son succès  à l’Académie des sciences, Emilie se jette à corps perdu dans la science. Mais le trouble s’installe dans sa vie. Une crise grave secoue le couple. Après quinze années d’amour fondé sur le partage des savoirs, Voltaire  la trompe. Amoureuse à la fois passionnée et protectrice, elle convertit peu à peu ses sentiments en une pure amitié. Cet équilibre, cette sagesse intérieure vont lui permettre d’écrire, de faire le point, à un moment décisif. Emilie entreprend en 1745 la grande œuvre de sa vie. La traduction en français du texte latin Des Philosophiae Naturalis Principia Mathematica de Newton. Il lui faut cinq années pour accomplir cette lourde tâche. Elle corrige sans arrêt ses textes, refait inlassablement ses calculs.  Ce travail de traduction et d’enrichissement du texte de Newton par Madame du Châtelet reste une référence aujourd’hui encore.

En 1748, Emilie rencontre Saint Lambert, un poète médiocre, vaniteux et froid. Elle en tombe amoureuse et s’apprête à vivre la dernière grande passion de sa vie. Elle perd toute lucidité, toute autonomie. Son amour la dévore. Elle  tombe enceinte et pressent sa mort prochaine. Elle écrit alors au bibliothécaire du cabinet des manuscrits de la Bibliothèque royale. Elle demande à enregistrer son manuscrit. Emilie a peur de n’être plus là pour contrôler le document imprimé. Elle veut pérenniser son œuvre et passer ainsi à la postérité.

Programmation musicale

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