Histoires de Musique
Programmation musicale
Dimanche 29 septembre 2019
10 min

Corneille-Molière: Y a t il un doute ?

Le 16 octobre 1919, l’écrivain, poète et érudit Pierre Louÿs lance l’affaire Corneille-Molière. De nombreux faits troublants indiquent selon lui une collaboration régulière entre les deux hommes. Mêmes rythmes caressants, mêmes tours délicieux dans Amphitryon et Psyché pour ne citer qu’eux…

Corneille-Molière: Y a t il un doute ?
Tableau : "Une collaboration", © Jean-Léon Gérôme

Le débat est lancé. L’affaire fait grand bruit.  Mais Louÿs ne disait-il pas que la critique est une opinion sujette à l’opinion d’autrui ? Et de rajouter alors que seule la philologie est une science exacte. Elle compte le vocabulaire. Elle mesure la syntaxe, elle écoute le souffle d’une phrase et le silence des muettes et la respiration des virgules. L’oreille du poète/ Louÿs est particulièrement sensible au rythme, à la musique du vers cornélien. Tout comme certains musicophiles ne sauraient confondre le temps et la texture d’une phrase musicale de Maurice Ravel avec ceux d’un motif de Claude Debussy. 

Un mystère profond semble planer sur Molière, l’enveloppe de toutes sortes d’obscurités. Si son œuvre demeure transparente, on ne sait au juste d’où elle vient, ce qui l’a formé et comment… Certes Molière travaillait au milieu des occupations harassantes d’acteur, de metteur en scène et de chef de groupe, toujours sur la brèche aux ordres du roi, et sans cesse aux prises avec ses comédiens et ses comédiennes. Mais que l’on se souvienne : Molière commence sa carrière parisienne le 24 octobre1658 avec la comédie en un acte Le Docteur amoureux. Sa troupe séduit alors Louis XIV qui lui donne la salle du petit Bourbon en alternance avec les Comédiens italiens. On sait aujourd’hui que cette farce est presque intégralement plagiée de la pièce en 5 actes du Déniaisé écrite en 1648 par Gillet de La Tessonnerie. Rien de surprenant pour l’époque : Molière est avant tout un amuseur : il fait rire la Cour et la Ville. Surtout grâce à ses fameuses pièces – farces. Il est un farceur, un comédien du Roi. L’Eglise, la Cour et l’intelligentsia le nomment Le Premier farceur de France.

Un prête-nom pour se réécrire

C’est Corneille qui a imposé la comédie de mœurs. Il lui a consacré sa jeunesse. Ses neuf premières pièces sont toutes des comédies ! La dernière en date est « La suite du menteur » écrite en 1644. Puis il est élu à l’Académie française le 22 janvier 1647 et ne suivent alors que des tragédies. On le nomme le père de la Tragédie. Ce genre le plus noble que la société a porté au plus haut de la hiérarchie des genres. Pourtant Corneille au fond de lui, aime la comédie. C’est même sans doute ce qu’il préfère. Et puis n’est-ce pas le moyen de régler subtilement, par le biais de l’humour, quelques comptes de circonstances ? Encore faut-il bien garder le secret…

Lorsque Poquelin rejoint le grand Corneille à Rouen, ce dernier connaît déjà le comédien. A l’automne 1643, alors âgé de 22 ans,  il effectue un premier séjour à Rouen avec sa troupe pour y jouer certaines des œuvres de Pierre Corneille. La troupe prend alors pour nom L’Illustre Théâtre. Curieusement en 1644, une édition des œuvres de Corneille paraît sous le titre: L’Illustre Théâtre. L’auteur a nécessairement assisté aux répétitions et côtoyé les comédiens. Sans doute la troupe a t-elle interprété la pièce Le Menteur, son tout nouveau succès avec Molière dans le rôle de Dorante. Aussi, lorsque Jean-Baptiste Poquelin rejoint le vieux Corneille pour la deuxième fois, le miracle peut opérer… Il joue les pièces de Corneille pendant 6 mois et Corneille lui offre le pseudonyme de Moliere, toujours orthographié sans accent. En donnant à Jean-Baptiste Poquelin son pseudonyme, Corneille, dont l’obsession est d’être joué par le plus de troupes possibles accepte que Jean baptiste Poquelin soit son moliere / légitime.

Molière : une omniprésence qui questionne

« Moliere » est définitivement lancé. Les frères Corneille, Thomas et Pierre s’installent à Paris pour n’en repartir qu’à la mort de Molière en 1673. Les grandes pièces moliéresques vont désormais se succéder. Pendant ses quinze années de carrière parisienne Molière est tout à la fois : Bouffon du Roi, et organisateur permanent des Divertissements de la Cour, Valet de chambre et courtisan très assidu, comme en témoigne La Grange son homme de confiance.  Il est aussi Régisseur du Palais –Royal, théâtre le plus rentable de Paris, Chef de troupe et metteur en scène de 130 pièces. Enfin une Vedette qui joue les plus longs rôles, dans 2500 représentations…

Molière dont nous n’avons aucune œuvre manuscrite, aucune épreuve d’édition, aucune correspondance, aucun livre annoté de sa main, aucun brouillon de pièce en chantier. Aucune lettre citée ou éditée. Molière qui n’avait même pas un atelier, un bureau pour écrire…

Alors, Corneille – Molière : est-il permis de douter pour mieux savourer… ?

Programmation musicale

François André Danican Philidor
Marche à 4 timbales
La Simphonie du Marais
Hugo Reyne (direction)
Fnac Alpha 592332

Jean-Baptiste Lully
Psychée : Plainte italienne

Bertrand de Bacilly
Fantaisie pour 2 violes
Ensemble A Deux Violes Esgales
Saphir Production LVC 1126

Marc-Antoine Charpentier
Le sicilien ou l’amour peintre
Les Paladins
Jérôme Correas (direction)
Glossa GCD923509

Jean-Marie Leclair
Concerto n°1 : Allegro
Orchestre de chambre de Toulouse
Gilles Colliard (violon et direction)
Intégral Distribution 201012/1

Charles Dassoucy
Vivez heureux amants
Ensemble Faenza
Marco Horvat (direction)
Editions Hortus 259962

Jean-Baptiste Lully
Les Amants magnifiques
Les Paladins
Jérôme Correas (direction)
Glossa GCD923509

Jean-Baptiste Lully
Le Bourgeois Gentilhomme : Marche
La Simphonie du Marais
Hugo Reyne (direction)
Accord 472512-2

Marc-Antoine Charpentier
Le Malade imaginaire : Air des tapissiers
Les Arts florissants
William Christie (direction)
Harmonia Mundi HMX 2901887.88

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