Histoires de Musique
Programmation musicale
Dimanche 8 septembre 2019
9 min

Cocteau ou le Parmentier du Jazz-Band

L’écrivain Jean Cocteau est le premier en Europe, à marier un texte poétique à la musique de jazz. Très tôt, il repère l’arrivée américaine du rythme et évoque son amour pour le Jazz. Il est bien le Parmentier du Jazz Band !

Cocteau ou le Parmentier du Jazz-Band
Lorchestre de Louis A Mitchell le Mitchells Jazz Kings et Jean Cocteau

L’écrivain Jean Cocteau est le premier en Europe, et sans doute même au monde, à marier un texte poétique à la musique de jazz. Dès 1918, il applaudit les danses « américaines » au casino de Paris. Il les perçoit alors comme la voie à emprunter pour balayer les poussières héritées du romantisme, du wagnérisme et de l’impressionnisme. Le jazz-band est à ses yeux comme l’essence d’une simplicité, d’une pureté et d’une authenticité dont manque la musique française. Il faut se défaire de l’héritage de Claude Debussy «  Assez de nuages, de vagues, d’aquariums, d’ondines et de parfums de la nuit » dit-il : il nous faut une musique sur la terre, une musique de tous les jours ».

Cocteau l’éclaireur du Jazz !

Très tôt, Cocteau repère l’arrivée américaine du rythme et évoque son amour pour le Jazz,  Il fait alors partie des éclaireurs. Il est le guetteur idéal. Son noctambulisme mondain, sa curiosité éclectique expliquent pour une part la précocité de sa découverte. Mais surtout, de 1910 à 1921, la musique semble l’avoir occupé aussi tenacement que la littérature. Ami des compositeurs Erik Satie, Igor Stravinsky ou du célèbre directeur des Ballets russes Serge Diaghilev, il écrit pour ces artistes des arguments et des livrets. Dès 1918, il réunit autour de lui les jeunes musiciens du groupe des Six auxquels il fait découvrir le jazz. 

Avec ses amis pianistes Jean Wiener et Darius Milhaud, il organise des concerts auquel il prend lui-même part en s’installant à la batterie. Dans le même temps, il fréquente les musiciens américains qui séjournent dans la capitale. Il va même jusqu’à prendre la tête de l’orchestre Jazz de Louis Mitchell lors du vernissage de l’exposition Picabia le 9 décembre 1920 à la galerie La Cible. Il se livre lors de cet événement mondain à quelques provocations dans le goût surréaliste. C’est toujours Jean Cocteau qui selon ses propres mots, a amené en France le premier jazz concertant. Découvert à Londres, dans un dancing populaire à Hammersmith, il s’appelle alors Billy Arnold. Le 6 décembre 1921, à la salle des Agriculteurs, pour le premier de ce que Jean Wiener appelle ses « Concerts salades » l’orchestre de Jazz est installé sur l’estrade comme on aurait installé le Quatuor à cordes Capet de l’époque. On entend pour la première fois un ensemble de Jazz dans une salle de concert et non dans un cabaret ou un music-hall. Jean Cocteau s’adresse alors au jeune public : « Sifflez, Huez : un jour viendra où vous acclamerez le jazz. Car il deviendra la musique de chambre de notre époque. »

Quand le Jazz se mêle à la poésie 

Au fil des années, alors que la stupeur de la rencontre s’apaise peu à peu, l’intérêt de Cocteau pour le Jazz ne se dément pas. Il ne cesse de préfacer des ouvrages consacrés au jazz. Il loue  le talent d’un musicien ou les sortilèges de cette musique au détour d’un article ou d’une conférence. Il fait le portrait de son ami le guitariste Django Reinhardt

Durant l’année 1929, Cocteau se rend plusieurs fois dans les studios de la rue Albert dans le 10è arrondissement de Paris. Il y enregistre pour la firme Columbia des poèmes extraits de son recueil Opéra. Les textes choisis sont en prose. Brèves saynètes ou courts textes discursifs. Quelques-uns sont versifiés et rimés. Dans la cabine du studio d’enregistrement, la lumière est rouge, on enregistre. D’une voix nasale calculée, il dit tranquillement les deux premières strophes du poème. Alors que l’auditeur s’attend à entendre la voix du poète enchaîner sur la troisième strophe, un orchestre  joue soudain quelques mesures, avant de redonner la parole au poète. A sa manière il dirige dans le studio d’enregistrement l’orchestre de Dan Parrish.

Même phénomène pour le texte suivant, « La Toison d’or ». C’est sa matière qui distingue ce texte. La recherche sonore y est évidente : pas de rimes, mais un jeu constant sur les assonances. Sur la répétition dans la différence. Le phonème se retrouve alors avec insolence dans des contextes lexicaux très variés. A la première écoute, le poème est perçu comme un ballet de sons, toujours les mêmes et jamais semblables. C’est en rythmicien, en batteur amateur, que Cocteau compose et lit son texte. 

La Toison d’or illustre alors l’importance de la référence à la Grèce antique dans la mythologie personnelle du poète. Traitée sur un mode burlesque dans les deux poèmes qui précèdent, Eurydice et Oedipe Roi, elle est ici une proclamation joyeuse de l’antiquité grecque. Comme une jeunesse de l’éternité, dans un style rythmé et dense, elle proclame la jeunesse de l’humanité. 

Jean Cocteau ou le Parmentier du Jazz Band attend de la jeunesse de l’enthousiasme. Des artistes, de se servir du Jazz comme d’un tremplin vers la création, comme une invitation au renouveau.  Et de ne jamais copier…

Programmation musicale

Bix Beiderbecke
At the Jazz Band ball
Dreyfus Jazz DFRS FDM 36713-2

Quintette du Hot Club de France
Chinatown, my chinatown
Label Ouest 3040312/2

Erik Satie
Parade : Prestidigitateur chinois
Warner Classics 825646047963/2

Jean Wiener
I want to be happy
Pathé STX 127

Francis Poulenc
Capriccio FP 155
Disques Pierre Verany PV 786091

Jean Wiener
Ukulele Lady
Pathé STX 127

Big One
L’oreille est hardie
Frémeaux et Associés FA8545

Django Rainhardt
Les yeux noirs
Impulse 602557450392

Jean Cocteau
Les  Voleurs d’Enfants
Frémeaux et Associés FA 064

Jean Cocteau
La Toison d'or
Frémeaux et Associés FA 064

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