Histoires de Musique
Programmation musicale
Dimanche 22 décembre 2019
10 min

Charles Dickens et l’esprit de Noël

Chez Dickens, l’enfance est toujours perturbée par un élément qui vient mettre un terme à une période de bonheur… La musique est alors le miroir du souvenir, de la mémoire.

Charles Dickens et l’esprit de Noël
Charles Dickens et Demandeurs d'asile à l'hospice , © Robert William Buss / Luke Fildes

Le secret de l’enfance de Charles Dickens ne sera connu qu’après sa mort. Quelques années de bonheur en famille dans la région du Kent où l’on chante à la maison des Chants patriotiques, marins, mais aussi humoristiques. Sa nurse le décrit comme un garçon vif au caractère aimable, sociable et ouvert. Tout se brise dans la capitale londonienne où la famille s’installe en 1822. 

Une enfance oubliée 

Dès sa jeune adolescence, ce contact brutal avec la réalité de la vie, la misère de la ville et les absurdités du système pénal de son pays, marque Charles pour la vie. Mais aussi l’injustice au sein de sa propre famille. Fanny, sa sœur aînée est dotée d’une jolie voix de soprano. En avril 1823, malgré la situation financière catastrophique de la famille, elle passe avec succès son examen d’entrée à la Royal Academy of Music et y devient pensionnaire. Charles lui, doit abandonner ses études. C’est un véritable coup de poignard. En mai 1827, à l’âge de 15 ans, Dickens fait ses débuts professionnels dans les milieux juridiques. Ce qui renforce son mépris de la loi et son goût pour le théâtre. Le monde des années 1830 qui précède l’accession au trône de Victoria en 1837, se présente comme grossier et vulgaire. Les pendaisons sont publiques et l’on se moque ouvertement, dans la rue, des infirmes et des êtres difformes. La sexualité la plus bestiale s’affiche sans vergogne. Dès 1833, petit journaliste besogneux du Morning Chronicle, Dickens commence la rédaction de contes, sketches et tableautins de la vie dans les quartiers populaires et misérables de Londres. Dès ses 24 ans, Charles Dickens connaît son premier succès d’écrivain avec les aventures de Mr. Pickwick. Puis en 1838, c’est avec Oliver Twist son premier roman qu’il accède au summum de la renommée et se pose en témoin des moeurs cruelles de son temps. Dans tous ses récits, Dickens dénonce la cupidité des financiers et les abus des établissements pénitentiaires où sont relégués les vagabonds et les miséreux. Chez Dickens, l’enfance est toujours perturbée par un élément qui vient mettre un terme à une période de bonheur… 

A Christmas Carol une institution 

Le 19 décembre 1843 paraît A Christmas Carol, devenu une institution nationale, fait universellement connaître Charles Dickens. Parmi ses « Livres de Noël », A Christmas Carol, est le plus populaire. L’écrivain y prône le véritable « Esprit de Noël ». Il y exprime les obsessions sociales qui le hantent si intensément. Les visions de l’usurier Scrooge font dès lors se croiser deux thèmes : le monde extérieur, menaçant et l’enfance qu’il revit par ce texte émouvant. Le mot « Carol » introduit toute l’atmosphère du récit. Mais qu’est –ce réellement qu’un Carol ? A song of Joice, a Christmas song, en anglais. Un chant de joie, un chant de Noël. Au Moyen Age, la carole était une danse. Du mot grec Choros qui évoque précisément une danse circulaire. Ainsi Charles Dickens met dans la bouche d’un enfant qui nargue Scrooge le célèbre Carol en le transformant légèrement : « God bless you, merry Gentlemen », « Dieu vous bénisse, joyeux Gentlemen ». L’été 1844, Charles Dickens est en Italie. A la fin novembre, il fait un bref retour à Londres afin de lire The Chimes à ses amis, avant sa publication au mois de décembre. Il s’agit du second livre des Christmas Books et là encore, Dickens fonde son propos sur la notion de Charity. Quand le chant invite à émouvoir. La musique anglaise a souvent mis en perspective cette notion de charity avec la musique. Grâce à la tempérance, celle de l’idéal britannique mais aussi à la pratique du chant choral encouragée par le Tonic-sol-fa. Un autre récit de Noël paraît le 20 décembre 1845. Le grillon du foyer. Petite divinité domestique, tour à tour silencieuse et volubile, le grillon est l’âme de la maison. Symbole du bonheur et de la sérénité, il apaise les cœurs rongés par le doute, la colère et l’aigreur. Dans son récit, Charles Dickens met en scène des personnages simples, comme John le voiturier et Dot, sa jeune et aimante épouse. Leur foyer est modeste, leur amour est palpable, par leurs petites attentions l’un envers l’autre, par leur sérénité aussi. Mais le foyer de Charles Dickens n’est pas aussi serein. Certaines déceptions professionnelles, la fatigue, l’insatisfaction, le trouble intérieur, le poids de ses charges familiales ; Dickens est le père de 10 enfants… mais aussi la marche du temps… Tout contribue à incarner une conception encore plus profonde des responsabilités de l’artiste et du métier de romancier. Le 28 juin 1846, il commence l’écriture de Dombey. Il s’attaque dès lors à la vanité tout en s’intéressant à la société contemporaine et au monde du commerce. Le printemps 1848 accueille à Londres le compositeur et pianiste Frédéric Chopin pour une série de concerts à Londres. Ce dernier ne manque pas de rendre visite à Charles Dickens, rencontre Berlioz et joue du piano pour la reine Victoria. Cette même année, on publie Trois motets du compositeur allemand Felix Mendelssohn. Charles Dickens ne manque pas d’honorer le compositeur dans son oeuvre! A la différence de Haendel et de Jean-Chrétien Bach, Mendelssohn ne s’est point enraciné sur leur île mais il l’honore de 10 séjours et de très nombreuses compositions. On publie également le manuel Music and Education du Docteur Mainzer où l’on traite de la valeur morale de la musique qui doit faire naturellement partie de l’éducation de tout être. Dickens ne manque à aucun instant d’introduire la musique et le chant dans tous ses récits. Comme le miroir de ses personnages. Mais Fanny, sa soeur tant jalousée lors de ses études à la Royal Academy of Music tombe malade. Et meurt le 2 septembre à l’âge de 38 ans. Le 19 décembre, il publie le cinquième et dernier de ses Christmas Books : The Haunted man (L’Homme hanté et le pacte du fantôme). Une touchante évocation des Christmas Waits ou ces groupes d’enfants chanteurs et musiciens qui, la veille de Noël parcourent les rues des villes et des villages en entonnant des carols.

Programmation musicale

John Høybye
God rest you, merry gentleman - pour choeur mixte a cappella  
Ensemble vocale Orpheus  
Michael Alber (direction)  
Carus 83.385

Anonyme (chant traditionel)
Auld lang syne
Orchestre Symphonique de la BBC d'Ecosse  
Choeur de l'Orchestre National Royal d'Ecosse  
Moira Anderson (soprano)  
John Currie (direction)  
ASV CD WHL 2087

William Henry MonkAbide with Me - pour choeur mixte a cappella  
Choeur du Clare College de Cambridge  
Graham Ross (direction)  
Harmonia Mundi 957654

Henry Rowley Bishop  
Home sweet home - pour soprano et orchestre
Josef Pasternack (direction)
Naxos 8.111139

Thomas Jarman
Jarman: There were shepherds abiding in the Field
Parley of Instruments (orchestre)  
Psalmody (choeur)  
Jennie Cassidy (contralto)  
Patrick Mac Carthy (ténor)  
Adrian Peacock (basse)  
Peter Holman (direction)  
Helios CDH55325

Félix Mendelssohn
Hark the herald angels sing - pour choeur mixte a cappella  
Bach Collegium du Japon  
Masaaki Suzuki (direction)  
BIS BIS2291

Samuel Sebastian Wesley
The wilderness and the solitary place : And sorrow and sighing shall flee away
Choeur du College Saint-John de Cambridge  
Andrew Nethsingha (direction)  
Chandos CHAN 10751

Extrait
Sir Roger de coverley
Valmark

Joseph Stevenson
If angels sung a Savior's birth
Choeur de chambre d'Irlande  
Paul Hillier (direction)  
Harmonia Mundi HMU 807610

John Høybye
God rest you, merry gentleman - pour choeur mixte a cappella   
Ensemble vocale Orpheus    
Michael Alber (direction)    
Carus 83.385

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