Histoires de Musique
Programmation musicale
Dimanche 2 juin 2019
9 min

Berlin et la République de Weimar

Née de la défaite, elle vit dans la révolution et disparaît dans l’apocalypse. Créative, vitale, fiévreuse mais surtout menacée de toutes parts. Berlin ou la capitale de la première République allemande.

Berlin et la République de Weimar
L'ange bleu et l'Eclipse soleil, © Josef von Sternberg / Georges Grosz

Une émission en partenariat avec J'aime la Musique

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Le 6 février 1919, trois mois après l’armistice qui a mis fin à la Grande Guerre, une Assemblée constituante allemande se réunit dans le théâtre de Weimar, la ville des poètes Goethe et Schiller, illustres représentants de l’âme allemande. La ville de Berlin est alors trop agitée. C’est pourtant elle qui va devenir la capitale de la première République allemande. La ville qui va entrer dans la littérature grâce à Alfred Döblin, Thomas Mann ou Bertolt Brecht. Dans la peinture, avec George Grosz et Otto Dix, tous deux, nés du mouvement Dada. C’est dans un Berlin, en proie à une agitation quasi permanente, placée sous le signe de l’incertitude que se manifeste une énergie inégalable dans les mondes artistique et intellectuel. Berlin est alors aux yeux de l’écrivain Joseph Roth le symbole de l’histoire allemande marquée par la déchirure. Fascinante, et repoussante. La capitale concentre toutes les tares et toutes les qualités d’un intermède démocratique fulgurant mais fragile.

Berlin, une terre de culture et de modernisme

Berlin ne compte pas moins de 40 théâtres dans les années 1920. La culture de masse triomphe et de nouvelles scènes augmentent l’offre de spectacles. Les cabarets font également fureur. Le Schall, est l’un des plus célèbres. Dans les années qui précédent la montée du nazisme, le cabaret semble prendre une importance unique. Plus la crise sociale et économique devient catastrophique, plus l’avidité à l’égard des plaisirs, des divertissements les plus scabreux est importante. Le cabaret est alors un refuge et un exutoire. Il accueille aussi bien les ouvriers, la petite bourgeoisie que l’aristocratie décadente. Le cabaret est aussi un endroit l’on cherche à oublier la tristesse de l’après-guerre et les ravages qu’elle a engendrés. De 1914 à 1931, devant un public des plus diversifiés, le cabaret  voit se succéder sur les planches tous les phénomènes les plus frappants qui ont marqué l’Allemagne. Expressionnisme théâtral, goût du morbide, érotisme de pacotille, anti-sémitisme, propagande anti-nazie, tout, absolument tout, s’y rencontre.

Cette culture de masse si prégnante encourage aussi l’essor du cinéma. Berlin abrite à Babelsberg, les plus grands studios allemands. De nombreuses salles apparaissent dont les plus grandes sont liées à l’UFA, la société cinématographique qui domine le marché. Chacune d’elles peut accueillir jusqu’à 2000 spectateurs. Berlin est alors la Mecque du cinéma mondial. Plusieurs réalisateurs prestigieux comme l’expressionniste Fritz Lang et son film Le Cabinet du docteur Caligari, mais aussi Ernst Lubitsch porté par la comédie, Rudolf Biebrach par le mélodrame ou Otto Rieffert par la science-fiction.

Le lancement de la radio est un autre marqueur de cette culture de masse qui apparaît dans le Berlin des années 1920. Son succès est foudroyant. La première radio, la Funkstunde AG commence à diffuser le 29 octobre 1923. En moins d’un an, huit antennes régionales sont crées. Dès 1924, le nouveau média compte 200 000 auditeurs. Quatre ans plus tard, leur nombre a décuplé. La technique et la masse s’engendrent mutuellement écrit alors le psychiatre et philosophe allemand Karl Jaspers

Berlin, terre d’accueil et de tolérance

La capitale est aussi le refuge pour les élites russes comme l’écrivain Vladimir Nabokov, qui ont fui le bolchevisme. Berlin est alors le siège de tout un réseau d’associations, de partis politiques, de journaux, de maisons d’éditions et de lieux d’une intense sociabilité russe, avec ses cafés, ses restaurants, ses théâtres. La présence russe à Berlin s’explique par le philocommunisme d’une partie de l’élite intellectuelle et par l’intérêt pour la culture d’avant garde qui émerge à l’époque en URSS. De nombreux écrivains ou artistes russes de tous horizons séjournent ainsi à Berlin. Plus la ville se montre provocante, plus le clivage entre modernité et réaction se creuse. Car pour ceux qui ont connu l’Empire et la Grande Guerre, cette modernité est tout sauf homogène. Berlin dans la République de Weimar est autant un aimant qu’un repoussoir. Derrière les revues et cabarets de l’Admiralspalast ou du Metropol-Theater, on voit depuis Munich la décadence dans un pays où avortement et homosexualité sont interdits. Car Berlin ne cache plus son homosexualité masculine et féminine. Des milliers de professeurs, d’industriels, d’hommes politiques détestaient les nazis mais n’aimaient pas la République. Ils apprennent à vivre avec elle mais n’y adhèrent pas.

La fin de la République de Weimar

Modernisme et réaction se confrontent.  La République de Weimar a plus de contradicteurs que de défenseurs. Une grande partie de l’Université reste imperméable à la modernité. Repliée sur un conservatisme très fort héritée de l’aristocratie et transmise aux classes bourgeoises, l’université est l’une des premières grandes institutions conquise par les nazis.

Les nazis, farouches opposants à la révolution culturelle weimarienne, réussissent à trouver des mots pour accompagner le passage de la société de classe à la société de masse. En 1933, les lumières de la République de Weimar s’éteignent. La nuit noire du nazisme tombe alors sur l’Allemagne.

Programmation musicale

Ute Lemper
Alles schwindel
Decca 452601-2

Richard Strauss
Arabella
Decca 4176232

Marlène Dietrich
Lili Marlene
SPA Records RMB 75008

Marek Weber et son orchestre
Quelle belle vie
Gramophone K 6 815

Gottfried Huppertz
Metropolis : Die Versöhnung
Capriccio C5066

Kurt Weill
Opéra de quat’sous
CBS MK 42637

Paul Hindemith
Neues vom Tage

Ernst Bloch
Schelomo
Sony Classical 19075832132/15

Arnold Schoenberg
Pierrot lunaire op.21 : Die Nacht
Stradivarius STR 33962

Kurt Weill
Das Berliner Requiem
Harmonia Mundi HMC 901422

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