Histoires de Musique
Programmation musicale
Dimanche 21 avril 2019
9 min

Au rythme des Années folles

Après le conflit, une génération nouvelle rêve d’un monde nouveau et proclame, « plus jamais ça » ! Une nouvelle période de légèreté et de distraction commence. Place aux Années folles !

Au rythme des Années folles
Affiche de La grande Folie et des Parisiennes en pantalon dans les années 30, © Maurice Picaud / (Anonyme)

Une émission en partenariat avec J'aime la Musique

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A Paris, pendant la première guerre mondiale, la population n’a pas perdu l’art de s’amuser. On fit la fête au début pour se moquer de l’ennemi et se donner du courage. On poursuivit la fête ensuite, pour distraire les permissionnaires. Puis quand trop d’horreurs eurent enlevé aux poilus l’envie de rire, la fête continua, pour se consoler.

Après le conflit, une génération nouvelle rêve d’un monde nouveau et proclame, « plus jamais ça « ! Une nouvelle période de légèreté et de distraction commence. Place aux Années folles !

Les hauts lieux des Années Folles

Durant ces Années dites folles, les quartiers de Montparnasse et Montmartre sont sans conteste les lieux de Paris les plus célèbres et les plus fréquentés.  Ils abritent alors les incontournables cafés de La Coupole, du Dôme, de la Rotonde et de la Closerie des lilas. Mais aussi les salons de l’audacieuse Gertrude Stein rue de Fleurus. Cette américaine, figure incontournable du monde de l’art est à la fois écrivaine, poétesse et esthète... La papesse de l’avant garde s’est installée à Paris avec son frère en 1903. Depuis,  les peintres Picasso, Matisse, Cézanne  sont ses héros… Montmartre est l’un des centres majeurs de ces lieux de rencontre pour les intellectuels. On y écoute le trompettiste Arthur Briggs qui se produit à l’Abbaye ou le saxophoniste et clarinettiste Sydney Bechet au théâtre de l’Apollon. Mais pour l’écrivain américain de la génération perdue, Henry Miller, le carrefour Vavin-Raspail-Montparnasse est selon ses propres mots « le nombril du monde ». A Paris, pendant les années 1920, on cultive l’art de s’amuser. Les parisiens sortent et découvrent Les Ballets suédois, compagnie d’avant-garde et grands rivale des Ballets russes. Plusieurs spectacles vont marquer leur courte histoire : l’Homme et son désir de Paul Claudel sur une musique de Darius Milhaud. Puis Les mariés de la Tour Eiffel dont Jean Cocteau écrit le scénario. Enfin, en 1923, un autre ballet voit le jour, La Création du monde, sur un scénario de Blaise Cendrars. Fernand Léger réalise les costumes. Il  fait alors surgir sur scène de gigantesques animaux, des oiseaux, des insectes ou encore des dieux totémiques.

Les Années Folles ou la libération de la Femme

Le 2 octobre 1925, sur la scène du Théâtre des Champs Elysées, les parisiens dont Robert Desnos, Francis Picabia et Blaise Cendrars découvrent la jeune danseuse Joséphine Baker ! Vêtue d’un simple pagne de bananes. Elle danse une furie suggestive sur un rythme de Charleston. Un tableau baptisé, la Danse sauvage. Sydney Bechet est dans la fosse ! La salle est sous le choc ! Mais le scandale fait rapidement place à l’engouement général ! Joséphine Baker n’hésite pas à s’approprier le rôle de libératrice de son sexe. Par ses attitudes résolument modernes, elle contribue à accélérer cette révolution en la portant comme un symbole. Dans le Paris des années 20, le nom de Joséphine incarne un grand nombre de tendances, goûts et aspirations de l’époque. Elle n’est plus une personne mais un concept. Elle devient la « garçonne –type »… Les couturiers Jean Patou, Jeanne Lanvin ou Coco Chanel sont préoccupés de libérer le corps de la femme. Joséphine devient alors le mannequin idéal. Et c’est Paul Poiret, le tueur du corset ; qui la sculpte. Le vêtement se compose désormais d’une tunique légèrement attachée aux hanches, glissant le long du corps. La mode est à la simplicité.

Elle devient surtout  le fer de lance de la révolution féminine. Les années folles sont en effet l’occasion pour la femme de classe sociale moyenne ou fortunée, de goûter à toutes sortes de nouvelles libertés. La guerre leur a appris à vivre seule. Leur place dans la société est définitivement modifiée. Alors elle se coupe les cheveux, se maquille, se parfume, fume en public ; et conduit sa voiture ! Symbole de modernité et d’élégance.

La culture populaire

Mais les années 20 voient aussi apparaître une culture populaire. Grâce à la radio, toutes les classes de la société peuvent découvrir la chanson. Les vedettes du cabaret et du music hall, Mistinguett et Maurice Chevalier sont rapidement propulsés au rang de vedettes nationales, puis internationales. Ils deviennent très vite des emblèmes du mode de vie à la parisienne. Le music hall remplace définitivement le café-concert. On va au casino de Paris, au concert parisien comme on va au théâtre : les spectateurs, les attractions et les chansons se succèdent sans relâche. Les productions artistiques connaissent une ascension fulgurante. L’influence américaine, le grand spectacle, les comédies musicales font le succès des Folies Bergère. Il faut se hâter de vivre, de faire la fête.

Mais le 24 octobre 1929, tout bascule à Wall Street. L’incroyable crise boursière  sonne le glas de cette période d’insouciance, pour certains… C’est la fin d’une époque et le début de la grande dépression. L’orage des années 30 gronde sur l’Europe… 

Programmation musicale

Claude Bolling
Borsalino : Les années folles
Milan 57961-2

Dana Boule
Parlez-moi d’amour
Madison Gate Records EX1EBJO

Sydney Bechet
Si tu vois ma mère
Madison Gate Records EX1EBJO

Darius Milhaud
La Création du monde : Scherzo
Sony Classical

Igor Stravinsky
Ragtime pour 11 instruments
Sony Classical 8887526162-31

Joséphine Baker
1925 : Revue Nègre au Théâtre Champs Elysées
Accord 402882

Joséphine Baker
La conga blicoti
Madison Gate Records EX1EBJO

Maurice Chevalier
Valentine
BMG 82876504302

Philippe Gérard
Folies bergères : ça va faire du bruit
Pathé EG 245/6

Sacha Guitry
Les Femmes
Rym Musique 191659-2

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