Histoires de Musique
Programmation musicale
Dimanche 26 mai 2019
10 min

Andy Warhol, le pape du Pop Art

L’art est une marchandise, vidée de toute profondeur et de tout élément sacré. Andy Warhol saisit la montée du capitalisme fondé sur les lois du marché. Et pousse au paroxysme le droit à la jouissance du paradis sur terre que prône le monde moderne et postmoderne.

Andy Warhol, le pape du Pop Art
Pochette album des Velvet Underground et The Velvet Underground avec Andy Warhol, © Andy Warhol / Herve Gloaguen

Une émission en partenariat avec J'aime la Musique

J'aime la musique
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Né en  Angleterre, le mouvement du pop art branché futurisme et technologie, est constitué des peintres Eduardo Paolozzi et Richard Hamilton. Du couple d’architectes Alison et Peter Smithson. Et de  Lawrence d’Alloway. Ensemble ils annoncent  l’euphorie de la consommation, la révolution musicale et vestimentaire des fameuses « Swinging sixties ». Aux Etats Unis, à la même période, les artistes ont une autre définition du Pop Art. Plus ironique. Ils  défigurent les produits de masse que sont les films hollywoodiens, les tubes, les réclames, la BD. Celui que l’on retient comme le pape du mouvement, se nomme,  Andy Warhol. Il est convaincu que l’art, aux Etats-Unis n’est plus là pour exprimer le romantisme, les émotions et l’intériorité. Mais pour signifier l’inverse. L’insensibilité et le voyeurisme.

Warhol peintre du quotidien

Warhol se fait peintre du quotidien, banal ou désastreux. Warhol manipulateur d’identité, consommateur d’images, chantre du détournement, de la reproduction, de la série est aussi un briseur de limites, un ogre affamé d’expériences, de nouvelles collaborations. En reproduisant sur la toile des boîtes de soupe Campbell, il pousse le bouchon pop plus loin que le mouvement Fluxus avant lui. Les bouteilles de Coca –Cola, les boîtes de tampon Brillo tout comme les tableaux réalisés à partir d’images de presse font de lui, définitivement, le peintre symbole de l’Amérique triomphante. Andy Warhol bouleverse les codes de l’art. La peinture n’est plus une oeuvre unique. Dès 1962, il adopte le procédé de la sérigraphie, une méthode d’impression mécanique. A partir de photomatons, colorés et répétés sur une même toile.

Du Un au Multiple

Dans l’art moderne, ce passage entre l’objet unique créé et l’objet reproduit est identique à la différence entre l’objet du désir toujours unique et l’objet de consommation toujours multiple. Ce passage du Un au Multiple, Warhol en a fait un des piliers de la Factory. Entre sexe, drogue et rock’n’roll,  l’ancienne usine située sur la 47è rue devient le symbole de l’industrialisation de l’Art. Cette transformation de l’œuvre d’art poussée par les techniques de reproduction produit la bascule du pop art des années 1960. Que ce soit dans la musique, la peinture ou le cinéma. La consommation de l’œuvre par le plus grand nombre est l’objectif visé par la rentabilité et le retour sur investissement.

D’objet unique et privatif, l’objet devient un lieu commun et partagé. Andy Warhol questionne dès lors la consommation de masse de façon agressive.

De la peinture au cinéma underground

Mais Warhol ne se contente pas de peindre les stars de son époque. Avec son appareil photo, il fixe tout ce qu’il peut. Tout ce qui l’entoure, de jour comme de nuit. Il est un photographe à part entière. Il devient aussi le messager du cinéma underground. Ses films s’appellent Chelsea Girls, Blue Movie ou Loneseme Cowboys. Il en réalise 260. Obsédé par l’image et la conservation, Wharhol invite chaque nouvel entrant dans la Factory à s’installer trois minutes seul devant la caméra. Son principe consiste à brancher et à laisser tourner la machine, comme une caméra de surveillance. Il est à l’origine de toute la télé-réalité ! En 1969, la minicassette vient de voir le jour. Warhol s’extasie et lance le magazine Interview. Une chronique du rythme endiablé des nuits new-yorkaises. Un journal consacré aux stars du cinéma, puis très vite de la mode, et de l’art. Pour la première fois, un magazine ne se consacre pas à des sujets, mais à des personnes. Toute la presse people naît de là. Peinture, photographie, cinéma, presse. Mais aussi musique. 

Andy Warhol et la musique

Andy Warhol a dessiné pas moins de 50 pochettes de disque. La musique illustrée par les pochettes Warhol va du jazz au classique, en passant par le rock et la soul. Ce sont alors les commandes de la compagnie Columbia dans les années 1950. Il travaille sur les pochettes du célèbre chef d’orchestre Arturo Toscanini, la légende du jazz Thelonius Monk, le guitariste swing Barney Kessel, jusqu’à l’album des Smiths en 1987, année de sa mort. Toute l’œuvre de Andy Warhol est portée par la musique. Sa culture musicale embrasse tout. La comédie musicale, les musiques de films hollywoodiens, les tubes rocks. Il ne cache pas sa passion pour l’art Lyrique : Richard Wagner et Maria Callas sont ses idoles. Il n’est d’ailleurs pas insensible à la notion d’art total défendu par le compositeur allemand.  Influencé par l’avant - garde musicale de la fin des années 1950, Warhol créer ses œuvres sous un mode de composition sérielle ou musique répétitive. 

Lorsqu’en 1965 Andy Warhol découvre la musique expérimentale du groupe de rock The Velvet Underground, il est tout de suite fasciné.  Ce que le groupe parvient à exprimer en musique est très proche de ce qu’il cherche lui aussi dans son art. Il devient alors rapidement le manager du groupe.

Andy Warhol abandonne alors la  création au profit  de la production. L’art est alors une marchandise, une image sans qualité, vidée de toute profondeur et de tout élément sacré. Il clame vouloir être une machine. 

Il n’est que l’écho d’une réalité. La montée du capitalisme fondé sur les lois du marché. Plutôt que la dénoncer, il s’en saisit. Et pousse au paroxysme le droit à la jouissance du paradis sur terre que prône le monde moderne et postmoderne. Etre comblé par la production d’objets de jouissance.

Programmation musicale

Velvet Underground featuring Nico
Run Run Run
Metro Records 2 629 001

John Cale
Quartet
Hannibal HNCD 1407

The Rolling Stones
(I can’t get no) Satisfaction
Promotone B.V. 376784-2

The Rolling Stones
Let it rock

Marylin Monroe
Scudda hoo, scudda hay
Legend Recordings LEGR CD 6001

Scanner
Marilyn four times
Robin Rimbaud

Scanner
New York City street map
Robin Rimbaud

Erik Satie
Vexations n°2
Brilliant Classics 95350/9

Scanner
Camouflage
Robin Rimbaud

Aretha Franklin
I knew you were waiting (for me)
Arista 208020

Richard Wagner
Tristan et Isolde : Erster aufzug : Vorspiel
Teldec 4509-94568-2

John Cage
Construction n°3
Col Legno WWE1CD20015

The Velvet Underground
I’m waiting for my man
Metro Records 2 629 001

Vincenzo Bellini
Casta Diva : Norma
EMI 5626382

The Velvet Underground
All tomorrow’s parties
Universal Music B0016946-02

John Cale
Quartet
Hannibal HNCD 1407

John Lennon
Imagine
Universal Music 0602567672265

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