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Magazine
Samedi 13 avril 2019
3 min

En prison, la musique et la danse comme outils de réinsertion sociale

Au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin, huit détenus préparent un spectacle musical intitulé "Douze Cordes", qui sera donné sur la scène de la MC93 de Bobigny le 3 mai.

En prison, la musique et la danse comme outils de réinsertion sociale
Atelier Douze Cordes au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin., © Irene Muscari

« La culture contribue au travail de réinsertion sociale et de prévention de la récidive » précise d'emblée Irène Muscari, coordinatrice culturelle du Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP). C'est elle qui est à l'origine du projet Douze Cordes, un spectacle qui réunira musique, danse et boxe sur la scène de la MC93 de Bobigny, le vendredi 3 mai.

« Je voulais travailler avec des personnes incarcérées pour faits de violence ou connues pour un comportement violent en détention, poursuit Irène Muscari, afin de trouver un moyen de canaliser cette violence. »Cécile Durand, directrice adjointe du SPIP de Meaux-Chauconin ajoute : « Vous voyez que ça n'est pas de la culture pour de la culture. L'idée c'est de faire réfléchir les détenus sur leur comportement. Quand on permet à des personnes incarcérées d'accéder à la culture, les victimes sont toujours au cœur de nos pensées. »

« Je boxe mon âme »

Boxe et écriture auront été les premiers canalisateurs. « Les ateliers d'écriture ont été violents pour eux, ils ont dû faire appel à des choses très enfouies, raconte Irène Muscari. Ensuite, ils peuvent verbaliser ces émotions dans d'autres contextes, avec les psychologues ou les conseillers pénitentiaires. » « Une personne détenue qui participe à un tel atelier est suivie par plusieurs professionnels, fait remarquer Cécile Durand. Ce n'est jamais le travail d'une seule personne. »

Atelier Douze Cordes au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin.
Atelier Douze Cordes au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin., © Irene Muscari

Autre acteur essentiel de ce projet : Hervé Sika, chorégraphe et metteur en scène. Depuis janvier, il franchit chaque semaine les portes du centre pénitentiaire pour chorégraphier et mettre en scène le travail des détenus. Hip-hop, boxe et théâtre se rencontrent ainsi dans une oeuvre qu'il a pensé comme « un opéra en 3 actes. » Pour ce qui relève de la musique, ce sont cinq instrumentistes de l'Orchestre de Chambre de Paris, un DJ, une soprano et un percussionniste qui apportent leur pierre à l'édifice. 

L'Orchestre de Chambre de Paris collabore pour la deuxième fois avec le SPIP de Meaux-Chauconin, et les musiciens viennent travailler à Meaux comme ils le feraient pour n'importe quelle autre production. Hervé Sika souhaitait d'ailleurs que toutes les personnes impliquées dans ce projet respectent ce même professionnalisme : « Je tenais absolument à ce que les détenus soient rémunérés, explique-t-il. Sans ça, je ne l'aurais pas fait. Ce n'est pas un cadeau, ils viennent travailler. J'ai besoin de ce rapport d'équilibre. »

« On ne prétend pas changer leur vie, mais... »

C'est une première en France. Les huit détenus sont rémunérés pour chaque journée consacrée au projet, et non uniquement pour le soir de la représentation à Bobigny. « Avec ce dispositif on va plus loin, souligne Irène Muscari. On fait de la culture un outil de réinsertion professionnelle. Evidemment, on ne va pas tous en faire des comédiens, des danseurs, mais ce projet peut leur servir, leur permettre de penser autre chose pour leur avenir. »

« On ne prétend pas changer leur vie, mais parfois ces ateliers sont un déclic. Parfois ils comprennent juste qu'ils peuvent agir autrement, souligne la coordinatrice. Cela fait dix ans que je travaille ici à Meaux et je sais qu'on ne gagne pas tout le temps. Mais si on gagne juste une fois sur dix, c'est déjà beaucoup. »

Informations Pratiques 

Douze Cordes
Vendredi 3 mai 2019 à 20 h - MC93 Bobigny
Tarif 6 €. Placement libre. 

L'équipe de l'émission :