Lundi 10 octobre 2016
3 min

Vinyle et musique classique

Ce weekend, s’est tenu à Paris le salon son et image. L’une des vedettes était le vinyle, son retour ne serait donc plus un simple effet de mode ? Notre chroniqueur Antoine Pecqueur nous éclaire sur ce sujet.

Les chiffres parlent d’eux même. En 3 ans en France, les ventes de vinyles ont doublé, et le phénomène est mondial. Aux Etats-Unis ce sont 16 millions de vinyles qui ont été vendus en 2015. C’est donc toute la filière qui est concernée et chamboulée. Cette mutation commence avec les usines de pressage qui doivent faire face à une hausse exponentielle des demandes, d’où des délais de fabrication bien plus importants. Si une semaine peut être nécessaire à un label pour livrer ses CD, il en faut parfois 10 pour un vinyle. L’usine qui presse le plus de CDs en Europe se trouve en France, en Mayenne exactement et il s’agit de la société MPO, qui presse aujourd’hui 12 millions de disques vinyle par an. En conséquence du marché, son chiffre d’affaires en commande a augmenté de 48% en 1 an. S’il y a peu d’usines de pressage, c’est principalement parce qu’elles avaient fermé avec l’arrivée du CD ou sont aujourd’hui dans un état vétuste. Les labels indépendants se sont récemment engagés pour dénoncer le fait qu’ils passaient souvent après les majors dans les usines de pressage et que les délais de fabrication devenaient dès lors intenables. Mais la situation semble s’améliorer : une fois le vinyle fabriqué, il est vendu à différentes échelles. Chaque Fnac par exemple équipe désormais d’un « corner » de vente vinyles, une petite révolution, alors que la même Fnac diminue progressivement ses ventes CD. Et il y a de plus en plus de boutiques indépendantes dédiées à ce phénomène, du fait de l’augmentation des ventes. Mais les responsables de ces boutiques dénoncent les prix trop élevés apposés par les labels, on est souvent au-dessus des vingt euros. Les labels expliquent eux, que les coûts de fabrication sont plus élevés que pour un CD et donc que leur marge est déjà plus faible. Ainsi au bout de la chaine, pour écouter son vinyle, l’acheteur a besoin d’une platine et les marques comme Sony, Pioneer ou Panasonic relancent donc la commercialisation des platines. Signe de l’intérêt du marché, l’activité platine de Pioneer est désormais contrôlée par un fonds d’investissement, l’américain KKR.

On en vient à s’interroger de ce qu’il en est du retour des vinyles pour la musique classique. Une fois de plus les labels de musique classique ne brillent pas vraiment par leur audace. Il y a aujourd’hui trop peu de vinyles neufs en France. Or il y a deux atouts majeurs à relancer le vinyle pour ce répertoire. Premièrement, les lieux de ventes de CD diminuent, ceux dédiés aux vinyles sont en plein boum. Donc une possibilité d’exposition du produit bien plus importante et deuxièmement les acheteurs de vinyles sont jeunes. On estime qu’entre 70% et 80% des acheteurs ont entre 19 et 35 ans, or c’est ce public qu’il faut conquérir pour la musique classique.

Si les jeunes vont davantage vers le vinyle, c’est parce qu’ils aiment le son chaleureux, très personnel de ces disques, à l’opposé de la compression des formats digitaux. Mais aussi parce que le CD reste associé à la génération de leurs parents alors que le vinyle qu’ils n’ont pas connu est une relative nouveauté. Ce que les acheteurs aiment aussi, c’est le côté glamour des pochettes. L’année dernière, une très belle exposition aux rencontres de la photo d’art était consacrée à ce véritable genre artistique qu’est la pochette de disque. Il y avait là très peu d’enregistrement de musique classique car les pochettes sont la plupart du temps sans intérêts voire carrément de mauvais goût. Les labels de musique classique vont-ils maintenant se réveiller et suivre le retour du vinyle ? Il se murmure qu’ « Universal music classics » pourrait bientôt décliner chacune de ses sorties classiques en vinyle, fait à suivre donc. En attendant, une jeune startup française : « Vinyle Hit » s’est lancé dans la production de vinyles sur mesure pour 45 euros l’unité. Tout producteur peut proposer sa musique.
Donc l’innovation on l’aura compris est davantage du côté de la « french tech » que de l’industrie discographique.

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