Jeudi 13 octobre 2016
3 min

Une fusion Philharmonie-Orchestre de Paris ?

Ce matin, notre chroniqueur Antoine Pecqueur nous éclairera sur le rapprochement entre la Philharmonie et l’Orchestre de Paris. On peut s’interroger sur les objectifs à l’issu de cette stratégie.

La ville de Paris en particulier, travaille sur ce dossier de rapprochement. Et pour cause : elle subventionne les deux structures. Le constat des élus est très simple : il y a aujourd’hui une salle de concert avec un orchestre résident : pourquoi ne pas les rapprocher, pour ne pas dire fusionner ? Mais le mot évidemment fait peur.
Dans le passé, longtemps la salle et l’orchestre, et leurs directeurs respectifs Laurent Bayle pour la Philharmonie et Bruno Hamard pour l’Orchestre de Paris, se sont regardés en chien de fusil. Laurent Bayle insistait sur le fait que la Philharmonie était la maison des plus prestigieux orchestres, et donc non d’un seul si l’on savait lire entre les lignes ; et de son côté Bruno Hamard faisait lui passer, notamment par le biais de journalistes, que cette situation créait beaucoup de difficulté pour l’Orchestre, qui n’était pas libre de programmer ce qu’il voulait dans sa salle principale. Des relations tendues donc, pour user d’un euphémisme. Mais la situation a quelque peu évolué : tout d’abord l’Orchestre de Paris, grâce notamment à une tarification très attractive, obtient à la Philharmonie d’excellents scores en matière de taux de fréquentation, et accepte donc mieux la présence ou concurrence des autres orchestres. Il y a aussi eu ces derniers mois des changements importants à l’Orchestre ; Daniel Harding a succédé comme chef à Paavo Järvi, et de son côté, le directeur artistique Didier de Cottignies a laissé la place à Edouard Fouré Caul-Futy, ancien producteur de France musique. Quant à Laurent Bayle, il a lui été reconduit pour un mandat de cinq ans à la tête de la Philharmonie. Bruno Hamard restera-t-il à l’Orchestre de Paris ? Son nom pourrait bien circuler parmi les éventuels candidats à la reprise du Théâtre du Châtelet. Bref, du mouvement qui contribue à inciter les pouvoirs publics à imaginer un nouveau schéma.

On peut donc se demander s’ils peuvent s’inspirer de ce qui se passe à l’étranger.
Au-delà des frontières, il est flagrant d’une très grande diversité de modèles. Au Concertgebouw d’Amsterdam, l’Orchestre et la salle sont distincts, mais celui qui fait la réputation du lieu, est avant tout l’Orchestre qui porte d’ailleurs le nom de la salle. A Londres, le Barbican accueille deux orchestres en résidence, le Symphonique de Londres et celui de la BBC, mais l’un des deux, l’Orchestre symphonique de Londres, est en train de mener bataille pour faire construire sa propre salle. A Berlin, la Philharmonie est gérée par l’Orchestre, qui programme relativement peu de concert à part les siens. Mais il y a un modèle qui pourrait bien servir d’exemple à la Philharmonie de Paris : celui de la Philharmonie du Luxembourg. Dans le grand-duché, la fusion entre l’Orchestre et la salle a été lancée en 2012, mais elle n’est pleinement opérationnelle que depuis cette année.
Le résultat lui est convaincant ; auparavant, orchestre et salle étaient deux structures distinctes avec leurs propres équipes, la Philharmonie regardant un peu de haut l’Orchestre. La fusion a créé une structure juridique unique, avec un organigramme commun. Programmation, communication, marketing… tout se réalise ensemble, hormis certains postes dédiés, comme les garçons d’orchestre. Les avantages sont aussi multiples : par exemple, pour organiser le planning d’occupation de la salle entre l’Orchestre résident et les orchestres invités, il y a une plus grande fluidité. D’un point de vue économique, un tel rapprochement a au départ un coût, car il entraîne automatiquement des départs. Il faut signer quelques chèques. Mais la mutualisation peut au bout de quelques années se révéler bénéfique pour le budget. Certainement aussi, la fusion à Luxembourg a pu avoir lieu car la direction a changé, avec l’arrivée de Stephan Gehmacher au poste de directeur général, ancien patron de l’Orchestre de la radio bavaroise. Ce type de rapprochement ne peut se faire qu’avec l’arrivée de nouveaux dirigeants, non liés à l’historique de la salle. Enfin, cette fusion luxembourgeoise s’est faite sur la base d’une étude qui avait été commandée à Laurent Bayle. Toutefois, quand on voit la volonté d’action d’Anne Hidalgo et de ses équipes à la mairie de Paris, que ce soit pour les voies sur berge ou pour la réforme des conservatoires, il est certain que les contours d’un futur rapprochement ne sont plus aujourd’hui une simple envie dans le vide.

Il reste cependant à convaincre le Ministère de la Culture, l’autre bailleur de fonds ; un futur changement politique dans quelques mois pourrait avoir des conséquences dans un sens ou dans l’autre.

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