Mardi 1 novembre 2016
3 min

Mitterrand, quel héritage pour l'économie de la culture?

Actuellement débute le centenaire de la naissance de François Mitterrand, notre chroniqueur Antoine Pecqueur souhaite revenir sur son héritage, sur l’économie de la culture.

C’est une lapalissade, François Mitterrand était un homme de culture, comme le rappelle encore sa correspondance avec Anne Pingeot qui vient de sortir chez Gallimard. Mais au-delà de ses goûts personnels, il a surtout fait évoluer le rôle de l’Etat en matière culturelle. Comme dans d’autres domaines, c’est son premier septennat et en particulier les premières années, qui sont les plus intéressantes. Et ça commence par une question de moyens. En 1981, il double le budget du ministère de la Culture. Le but final est d’arriver au fameux 1% du budget de l’Etat. Il y a donc les moyens et il y a un homme : Jack Lang, qui sera, après avoir été délégué à la Culture du PS pendant la campagne électorale, sera ministre de la Culture pendant 12 ans. A mettre en perspective avec les trois ministres qui se sont succédé pendant ce quinquennat de François Hollande. Une telle durée rappelle que M. Lang avait la confiance totale de Mitterrand. C’est ce qui lui a permis de mener nombre de projets, dont on mesure encore aujourd’hui l’impact économique. « Culture et économie, même combat », ce sont les mots de Jack Lang. Je pense en particulier au prix unique du livre, qui a permis à tout un secteur de résister : regarder l’offre de libraire dans notre pays, et on voit que le disque dont il n’y a pas eu de prix unique a connu les pires vicissitudes.

Animés par le mouvement de la décentralisation, Jack Lang et François Mitterrand lancent de nouvelles structures culturelles qui vont essaimer sur tout le territoire, depuis les centres chorégraphiques nationaux, jusqu’aux fonds régionaux d’art contemporain, les FRAC (dont le thème sera abordé ce vendredi). L’ancien président insista d’emblée sur la revalorisation d’arts, jusqu’alors considérés comme mineurs, comme le Jazz, la variété, ou les arts de rue. Il ne faudrait donc pas comme on peut avoir tendance à faire, limiter M. Mitterrand à ses grands projets culturels, forcément polémiques tant en termes de choix architecturaux que d’implantation, comme la pyramide du Louvre ou la Grande Bibliothèque. Et la musique dans tout cela ? Bien sûr il y a eu la création de la fête de la musique, un évènement devenu mondial. Mais ce fut aussi le domaine où Mitterrand avoua son seul grand regret en matière politique culturelle. En effet, à la fin de sa vie, il avait confié qu’il regrettait d’avoir attribué la construction de l’Opéra Bastille à Carlos Ott. Il avait avoué préférer le projet de Christian de Portzamparc.

Il est également nécessaire de rappeler qu’en 1981, Jack Lang affirmait que pour lui l’idéal serait la dissolution du ministère de la Culture dans l’action des autres ministères. Car le champ culturel pour M. Mitterrand comme pour M. Lang, appartenait à la totalité du champ politique. On aimerait voir les politiques débattre de cela dans la compagne qui s’annonce.

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