Vendredi 30 septembre 2016
3 min

Les chasseurs de mécènes

Ce matin, Antoine Pecqueur notre chroniqueur aborde le sujet des chasseurs de mécènes et leur impact sur la culture.

Lundi s’est déroulée une journée entière consacrée au mécénat et organisée par la session Admical au collège de France à Paris. Cet évènement intervient dans une période assez favorable pour le mécénat. Dans sa dernière étude, l’Admical (association dédiée au mécénat en France) a noté qu’il y avait de plus en plus d’entreprises mécène, 170 000 environs, et que leur budget dédié à ces actions correspondait à 3.5 milliards d’euros soit une hausse de 25% en 2 ans. Après le social, le second domaine soutenu est la culture. Ce dernier intéresse 24% des entreprises mécène. Le mécénat culturel avait notamment souffert pendant la crise de 2008, mais se porte actuellement mieux. Le budget global du mécénat culturel est en hausse et représente 500 millions d’euros. Les plus engagées dans ce domaine sont les grandes entreprises, les PME ou TPE s’y investissent beaucoup moins. La musique est le genre qui apporte le plus d’entreprises mécènes. Le théâtre par exemple, sans doute du fait de la langue qui limite sa diffusion, mais aussi de son engagement politique, séduit moins. Le mécénat en culture y est très largement financier, mais on voit aussi se développer de plus en plus, le mécénat de compétence quand une entreprise met l’un de ses salariés aux services de l’association soutenue. Et ce que soutiennent le plus les entreprises ce sont les actions de démocratisation, de sensibilisation, c’est-à-dire que quand la culture rencontre le social, soit la réunion des deux thématiques favorites des mécènes.

On peut ainsi se demander comment une structure peut-elle aujourd’hui obtenir du mécénat.
Même si on voit que le mécénat augmente en termes de budget, le problème reste le nombre d’aides qui augmentent également. D’autant plus qu’aujourd’hui, les structures culturelles ont du mal à obtenir davantage de subventions publiques. On voit ainsi se développer les postes de chargé de mécénat, et en parallèle, un certain nombre de structures qui se mettent à externaliser leur recherche de mécénat auprès de chasseurs de mécènes.

On s’interroge donc à savoir qui sont ces chasseurs. L’entreprise leader du secteur est Optimus, mais il y a aussi de nouveaux entrants comme Equanity qui a un certain nombre de clients dans le monde culturel et notamment musical, comme la Philharmonie de Paris ou Le Concert Spirituel. Ce type d’entreprises qui va donc faire l’intermédiaire entre le porteur de projet et les mécènes se rémunère avec des horaires fixes auxquels peuvent s’ajouter des primes aux résultats. Il est délicat d’en savoir davantage sur la santé économique de ce type d’entreprise. Contactée par téléphone, une des responsables d’Equanity n’a pas souhaité nous communiquer leur chiffre d’affaires ni leur montée de levée de fonds. Ce que l’on sait par contre, c’est que pour une structure culturelle, comme un ensemble de musique, faire appel à un prestataire de ce type comme Equanity coûte entre 20.000 et 30.000 euros. Les structures font généralement appel à ces chasseurs de mécènes pour des projets bien spécifiques : des tournées internationales, des projets discographiques. Cependant, le mécénat ne doit pas être vu pour autant comme la poule aux œufs d’or, il vient en complément aux aides publiques. Historiquement, on remarque que l’argent privé est élevé quand le soutien public l’est également, et cela tombe bien car le ministère de la Culture affiche comme on a pu le voir hier, un budget en hausse de 5%. Il reste à voir si un changement politique l’année prochaine pourrait changer la donne.

Malgré ces bonnes nouvelles, on peut craindre qu’un nouveau gouvernement revienne sur les avantages fiscaux liés aux mécénats. On se rappelle de la bataille de Jérôme Cahuzac, alors ministre du Budget contre cette loi, au début du quinquennat de François Hollande. Une bataille perdue comme d’ailleurs d’autres pour Jérôme Cahuzac.

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