Jeudi 10 novembre 2016
3 min

Le remaniement gouvernemental grec : impact sur le secteur culturel du pays

Ce matin, notre chroniqueur Antoine Pecqueur est en direct d'Athènes et nous éclaire sur le remaniement gouvernemental grec

À Athènes tout le monde parle des États-Unis, mais pas uniquement de la victoire de Donald Trump. La Grèce s’apprête à accueillir dans quelques jours, le 15 novembre prochain, le président encore en exercice : Barack Obama. Les discussions porteront bien sûr sur l’allègement de la dette grecque, car les créanciers du pays sont l’Union européenne, mais aussi le FMI (Fonds Monétaire International). Il faut considérer que le FMI est bien plus conciliant pour renégocier la dette grecque que le sont certains partenaires européens. Notamment la pression effectuée par Wolfgang Schäuble, le ministre des finances allemand, hostile à tout allègement. C’est donc dans ce contexte sous tensions qu’Aléxis Tsípras a remanié vendredi dernier le gouvernement. Le symbole est clair, il veut faire plaisir à ses créanciers et montrer qu’en échange des prêts d’aide, il accepte de réformer. Le ministre de l’Environnement, hostile aux privatisations dans l’énergie a été ainsi déplacé à l’intérieur. Le nouveau ministre de l’Économie Dimitri Papadimitriou vient lui d’un « Think Tank » américain. Le but final, permettre à la Grèce de revenir dans le programme de la BCE. Nous sommes donc loin de l’époque où Aléxis Tsípras était l’une des figures les plus radicales de la gauche européenne.

La culture est elle aussi impactée dans ce remaniement Aristides Baltas, un intellectuel très engagé à gauche, un militant même, a été remplacé par Lydia Koniordou. Lydia Koniordou est une actrice et metteuse en scène, elle a aussi bien travaillé avec Robert Wilson qu’Anatoly Vasiliev. Elle est connue pour ses relectures des tragédies grecques et cela tombe bien, elle a face à elle un paysage culturel grec qui est dans une situation tragique. Uniquement pour ce qui concerne la vie musicale, des orchestres ont dû fermer, les musiciens ont vu leur salaire diminuer jusqu’à atteindre parfois 300 euros par mois, sans oublier des retards de paiement de plusieurs mois des professeurs de conservatoires. Les quelques rares initiatives sont portées par des fonds privés, comme la construction du nouvel opéra sur le port d’Athènes, dessiné par Renzo piano qui doit être inauguré en septembre prochain et qui a été financé par la fondation d’un armateur grecque, Stavros Niarchos ou encore au lancement du Sistema dans les camps de migrants financés lui par des fondations majoritairement américaines. L’agenda d’Aléxis Tsípras est clair, il espère qu’en 2018 l’expiration du plan d’aide, la Grèce pourra revenir sur le marché de la dette.

Seulement, une question persiste : dans quel état se trouvera alors le pays et notamment sa culture ?

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