Mardi 27 septembre 2016
3 min

La politique culturelle de la nouvelle région Grand Est

Deuxième direct depuis Strasbourg pour notre chroniqueur Antoine Pecqueur. Aujourd’hui, au menu, pas de choucroute, mais une analyse de la politique culturelle de la nouvelle région Grand-Est…

Le Grand-Est, c'est la réunion de l’Alsace, de la Lorraine et de la Champagne-Ardenne, désormais aux couleurs des Républicains, avec le Président Philippe Richert, en outre président de l’Association des Régions de France qui se réunira le 29 septembre à Reims. Il est ainsi temps de voir quelle tendance la région entend suivre dans le champ culturel. Tout d’abord, dans le budget primitif 2016, on apprend que 52 millions d’euros sont consacrés à la culture, il s’agit en vérité de l’addition des trois budgets des anciennes régions.
Ici, nous ne sommes ni dans la baisse comme c’est le cas avec Laurent Wauquiez en région Rhône-Alpes, ni dans l’augmentation, annoncée par exemple comme Xavier Bertrand dans les Hauts de France. Toutefois, ce qui se révèle plus intéressant est le projet culturel du Grand-Est en lui-même.
Pour Philippe Richert et son « Monsieur Culture » Pascal Mangin, quatre priorités sont dégagées en la matière. Il faut, en premier lieu, fédérer les acteurs culturels ce qui n’est pas aisé au vu des luttes intestines entre les grandes villes de la région, sans parler de la distance géographique (Reims est à 350km de Strasbourg, par exemple). Les directeurs d’Opéras de la région se sont néanmoins réunis pour évoquer des possibilités de co-productions de spectacles, les fusions ne sont pas pour autant à l’ordre du jour bien que celle entre Metz et Nancy soit un vieux serpent de mer des politiques culturelles. En outre, l’Opéra du Rhin a une nouvelle directrice en la personne d’Eva Kleinitz.

Du côté des orchestres, cela grince davantage… Qui sera le grand orchestre de la région ?
Le Ministère semble accentuer son intérêt vers l’Orchestre National de Lorraine réuni désormais avec la structure « Metz en Scène », dirigée par Claire Guillemain. Son rival, l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, au passif plus prestigieux, connaît des difficultés économiques avec un dépassement budgétaire de 400 000 euros en 2016. Dans ce contexte, fédérer les acteurs reste délicat…
Dans les autres priorités de la région, on note le développement des filières économiques de la culture, passant aussi bien au soutien de tournages de cinéma qu’aux liens avec les écoles et centres de formation, le développement du numérique… En outre, la région s’interroge sur l’avenir des FRAC, notamment sur la question de leur gouvernance, qui est au « centre des réflexions » dit-on laconiquement à la région. La directrice du FRAC Lorraine vient d’ailleurs de quitter Metz pour reprendre la direction du centre d’art Le Magasin à Grenoble.
Enfin, la dernière priorité réside dans les enjeux de la politique mémorielle, sans doute pour dépasser les polémiques liées à la commémoration de Verdun (avec la venue du chanteur Black M).
On peut retenir également une action somme toute anecdotique d’un point de vue budgétaire (elle représente 10 000 euros seulement) mais plutôt pertinente : il s’agit des « Cafés Culture », un fond de la région pour soutenir les emplois artistiques dans les cafés, hôtels et restaurants de moins de 200 places et permettre ainsi de prendre son café en musique !

Reste encore une polémique, la commission culture du Conseil Régional a tiqué sur un montant de 400 euros pour des rallonges de cor des Alpes pour une association, le diable semble parfois se cacher dans les détails.

Du côté des artistes réunis dans la région au sein d’un collectif dit du « 20 janvier », on parle d’un dialogue serein avec la région et de manière globale, avec encore un espoir que le budget ne se contente pas de rester l’addition des 3 anciennes régions mais qu’il augmente significativement. Le collectif s’intéresse également aux projets transfrontaliers, mais l’Europe sera au cœur d’une des prochaines chroniques d’Antoine Pecqueur…

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