Jeudi 1 septembre 2016
4 min

L'ouverture de l’Opéra de Dubai

Aujourd’hui notre chroniqueur Antoine Pecqueur nous emmène à Dubaï où l’inauguration de l’opéra, véritable palais, le 31 août, a ouvert la saison des enjeux diplomatiques et culturels au cœur des pays du Golfe…

C’est un investissement colossal qui reste malgré tout inconnu. L’imposante bâtisse de l’opéra de Dubaï, faite des meilleurs matériaux qui soient, pourrait accueillir 2000 spectateurs. Si le coût de la construction n’a jamais été communiqué, on l’estime toutefois à plusieurs centaines de millions d’euros. Les Emirats entendent ainsi poursuivre leur expansion dans le domaine du tourisme de luxe (14 millions de touristes ont été comptabilisés pour 2015, 6 millions de plus sont visés d’ici 2020 pour l’exposition universelle) en jouant la carte de la séduction, et enrichir leur offre culturelle pour inciter les expatriés aisés à s’installer dans le pays. Toutefois, on comptait déjà pléthore de musées ainsi qu’un opéra dans le sultanat d’Oman et un engagement culturel d’Abu Dhabi avec son propre opéra et l’annexe du Louvre qui comportera un auditorium… La concurrence s'annonce rude! Mais, au-delà d’un renforcement de l’offre culturelle de Dubai, c’est véritablement une opération de soft power qui est engagée en coulisses, à l’heure où le pays est pointé du doigt pour ses conditions de travail et ses engagements dans les conflits géopolitiques. On pourrait même y voir une anticipation de « l’après-pétrole » suite aux baisses de prix des hydrocarbures… Néanmoins, ce coup d’éclat montre le paradoxe et l’ambiguité entretenus par les pays du Golfe : mythifier leur identité propre ou bien copier le mode de vie occidental. Janus Rostock, l’architecte, est danois mais il affirme s'être inspiré de la forme des barques traditionnelles de l’Emirat; à la direction on retrouve Jasper Hope, ancienne tête pensante du Royal Albert Hall de Londres et l’orchestre, quant à lui, vient de Trieste en Italie. En effet, Dubai, contrairement à Oman ou au Qatar n’a pas d’orchestre propre. Pour Jasper Hope, l’enjeu réside justement dans la formation de musiciens sur place bien que la population soit largement composée d’expatriés, les natifs étant minoritaires.
L’inauguration d’hier était marquée par la présence du chanteur Placido Domingo et la programmation compte des opéras, des comédies musicales ainsi que des pièces de musique arabe… Les taux de fréquentation sont scrupuleusement attendus et pour le moment, aucun spectacle n’affiche complet. Pour se faire, émiratis et occidentaux devront s’acquitter d’un montant allant de 68€ à plus de 2000€.

Bien que monumentale, cette arche musicale, au cœur des malls et d'enjeux multiples, n’en reste pas moins entourée d’un mystère tout oriental.

L'équipe de l'émission :
Mots clés :