Vendredi 16 septembre 2016
3 min

L'orchestre Colonne et la salle Wagram

Ce soir c’est le concert inaugural de l’Orchestre Colonne à la salle Wagram, l'occasion pour notre chroniqueur Antoine Pecqueur de revenir sur le statut des orchestres associatifs et leur place dans la conjoncture actuelle...

L’Orchestre Colonne et le chef Laurent Petitgirard sont devenus les « réhabilitateurs » des salles parisiennes, en 2010 ils avaient racheté pour 2 millions d’euros la salle Akustica, lieu mythique de l’enregistrement boulevard Blanqui, juste à côté du siège du journal Le Monde et l’avaient rénovée pour 1 million d’euros pour l’adapter davantage à la musique classique et symphonique. Une fois l’orchestre installé, la salle ne peut plus installer de public et reste donc un espace de répétition. En louant cet espace à d’autres orchestres, l’ensemble Colonne entend ainsi rentabiliser son investissement, notamment auprès des ensembles à instruments anciens qui n’ont pas de lieux de répétition fixes. Pour la salle Wagram, le but est différent, l’orchestre y donnera cette fois des concerts. Toutefois, elle n’appartient pas à l’orchestre Colonne mais à Eurosites qui va coproduire les concerts (en partageant coûts et recettes) avec ces derniers. La collaboration initialement lancée pour 3 ans entend mener à 20 concerts par an. Pour Eurosites, le but n’est pas de gagner de l’argent avec cette action mais de changer son image, car la salle Wagram qui a accueilli les plus grands (comme la Callas) est aujourd’hui associée à de l’évènementiel ou bien à des meetings politiques (comme celui de Marine Le Pen lors des régionales). Du côté de l’Orchestre Colonne, il y avait une demande de salle car leur précédente résidence, la Salle Pleyel, est désormais dédiée aux musiques actuelles.
Laurent Petitgirard espère séduire les mélomanes déçus de la nouvelle orientation de la salle Pleyel (les salles sont distantes de quelques centaines de mètres seulement).

Mais la situation économique de l’orchestre Colonne reste préoccupante…
L’orchestre fait partie des trois ensembles associatifs parisiens comme l’orchestre Lamoureux ou Pasdeloup à la situation économique délicate car ils utilisent très peu d’argent public. Par exemple, l’orchestre Lamoureux englobe un budget de 900 000 euros dont 26% de subventions de la ville de Paris et de l’Etat. De ce fait, ces orchestres fonctionnent avant tout avec leurs recettes propres (les ventes de billet majoritairement car la part de mécénat reste faible), et la présence de Petitgirard au conseil d’administration de la Sacem ne change rien.
Cette situation explique que les musiciens de l’Orchestre Colonne ne sont pas payés lors des représentations, sinon très peu comme chez Pasdeloup, qui, pour répétition et concert, rémunère par un cachet de 80 euros brut : travailler comme serveur apparait ainsi plus rentable…
La plupart des musiciens de ces orchestres sont de jeunes instrumentistes qui débutent dans le métier ou bien des enseignants qui recherchent une pratique orchestrale, cela en dit long sur la précarité qu’il peut y avoir dans le milieu musical. Les orchestres associatifs arrivent toutefois à avoir quelques affaires, c’est-à-dire quand l’orchestre est employé pour une comédie musicale par le Théâtre du Châtelet par exemple, ou par l’Opéra de Paris pour un ballet, mais ces opportunités restent assez rares.

Aujourd’hui, ces orchestres associatifs sont coincés entre les structures permanentes, institutionnelles, comme l’Orchestre de Paris ou les phalanges de Radio France et les ensembles plus spécialisés en musique ancienne ou contemporaine et qui sont souvent plus « excitant » artistiquement.

On doute que l’installation de l’Orchestre Colonne à la salle Wagram change la donne pour ces structures. Au contraire, c’est peut-être même à la mort programmée de ces orchestres, au statut particulier, à laquelle nous allons assister dans les prochaines années…

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