Mardi 20 septembre 2016
2 min

L'Opéra de Paris épinglé par la Cour des Comptes

Antoine Pecqueur nous parle aujourd'hui du rapport de la Cour des Comptes sur la gestion de l'Opéra de Paris, rendu public le 14 septembre dernier. Bienvenue dans les coûteux coulisses administratifs de l'excellence artistique française...

Le rapport de la Cour des Comptes sur l’Opéra de Paris a mis en lumière des dysfonctionnements critiques en termes budgétaires et managériaux… Qu’en retenir ?
L'épicentre du problème de l'efficience de l'Opéra de Paris réside dans une politique salariale indécente: la masse salariale représente 70% du budget de l’opéra… Comment expliquer ce phénomène?
On observe une disproportion totale du nombre de cadres : 1 chef pour moins de deux salariés « de base », ce qui s’explique par la rapidité à gravir les échelons. Tout le monde est un peu chef à l’Opéra et seul un renouvellement de poste, du fait de départs à la retraite, pourrait changer la donne.
Le rapport souligne également que les musiciens jouent moins d’heures que celles prévues dans les conventions collectives. Au lieu des 256 services annuels prévus, les chefs de pupitres des vents, par exemple, réalisent entre 175 et 180. La Cour des Compte trouve dès lors surprenant que l’Opéra fasse appel à des musiciens supplémentaires alors que les titulaires n’atteignent pas le nombre de services prévus.
Le rapport pointe également un très fort taux d’absentéisme à l’Opéra et ce qui a créé la polémique, ce sont les notes de taxi : 100 000 euros en 2013 et 2014 pour une dizaine de bénéficiaires dans la direction, d’ailleurs, l’ancien directeur de la danse à l’Opéra de Paris, Benjamin Millepied, disposait également d’une voiture de fonction. Il semblerait que l’affaire Agnès Saal de l’INA ne soit pas un cas isolé…

Que faudrait-il faire en matière salariale ?
Tout d’abord, s’attaquer aux primes. En effet, à l’Opéra, il est possible d’augmenter son salaire sans difficultés : les musiciens ont une prime en jouant sur scène, en jouant une œuvre concertante et surtout en jouant d’un instrument spécial. C’est ici que se cache la particularité de ce fonctionnement: on gagne plus en jouant sur un modèle d’instrument spécifique, sur des instruments naturels pour les cuivres… Il semblerait même que certains musiciens prennent un instrument spécial sans le jouer, en le gardant au pied du pupitre, afin d’en toucher la prime dédiée.
En outre, si les spectacles dépassent minuit, il y a une rémunération supplémentaire fonctionnant par paliers de quarts d’heure. Enfin, des primes sont également prévues dans le cadre de captation, ce qui fait que les retransmissions de spectacles au cinéma ne peuvent être bénéficiaires pour l’Opéra de Paris.

Sous prétexte de l’excellence artistique, l’Opéra de Paris est devenu un ogre administratif. Il apparait ainsi urgent de revenir à un fonctionnement plus sain, de dégager davantage de moyens pour l’artistique car finalement, le paradoxe de ce rapport de la Cour des Comptes réside dans le fait que les cachets des chanteurs « stars » tels que Jonas Kaufman ou Bryn Terfel, plafonnés à 17 000 euros, ne paraissent plus si indécents…

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