Mardi 13 septembre 2016
2 min

L’Europe du Nord, un modèle pour l’économie de la culture ?

Aujourd’hui notre globe-chroniqueur Antoine Pecqueur est en direct d’Helsinki. Retour sur le modèle scandinave, longtemps admiré, mais qui semble en pleine mutation dans le secteur culturel…

La culture est à la fête en Europe du Nord : cette année, la radio finlandaise célébrera ses 90 ans et c’est tout le pays qui fêtera le centenaire de son indépendance l'an prochain, annonçant ainsi de belles réjouissances culturelles.
Le moment semble ainsi opportun pour revenir sur l’évolution du pays, notamment dans son rapport aux arts et aux financements. Le pays est souvent considéré comme un modèle social et éducationnel (on le trouve souvent en tête des listes de l’OCDE), à la pointe en matière numérique (le premier SMS a été envoyé en Finlande depuis un téléphone Nokia) et il semble que la culture y soit aux anges : l’éducation artistique et les équipements sont à la pointe. Helsinki s’inscrit ainsi comme un véritable pôle culturel avec un musée contemporain, une récente salle de concert et bientôt une nouvelle bibliothèque. On joint l’utile à l’agréable avec un design tout scandinave, mêlant transparence du verre et chaleur du bois. Toutefois, il semblerait que la situation ne soit pas si évidente de nos jours.
En effet, à l’instar de ses collègues européens, la croissance finlandaise se dégrade (on l’estime, au mieux, à 1% cette année) tandis que le chômage grimpe à 9% (l’exemple type est celui de Nokia, qui était à la pointe dans son domaine mais qui s’est fait détrôner par Apple et Samsung en passant à côté des smartphones). L’influence du régime politique de la Finlande est également à mettre en avant : depuis un an le pays est dirigé par une coalition mêlant la droite et l’extrême droite, à tendance populiste (et qui exploite électoralement la crise des réfugiés). Les budgets alloués à la culture sont désormais diminués (ou au mieux restent stables) et les coupes sont encore plus flagrantes dans l’éducation.

Cette situation n’est pas propre à la Finlande mais bien aux autres pays du Nord : le modèle économique se métamorphose et si elles étaient auparavant majoritairement financées par les subventions publiques, les structures culturelles se tournent désormais vers le privé.
En effet, à Oslo, en 2008, le gouvernement avait déboursé 500 millions d’euros pour la construction de l’opéra, le budget avait été notamment obtenu grâce aux revenus étatiques sur le pétrole. Depuis lors, la chute des prix du baril a frappé de plein fouet la Norvège et l’Orchestre Philharmonique National, qui joue actuellement dans une salle de piètre qualité, est en train d’élaborer son propre montage financier reposant sur le privé. C’est bel et bien un nouvel auditorium que l’orchestre entend réaliser grâce à ces financements, en prenant exemple sur le complexe de Malmö en Suède, qui, entièrement financé par le secteur privé, a vu le jour, comportant un centre de conférence, un hôtel et une salle de spectacle confiée aux pouvoirs publics.

Longtemps mystifiée, la Scandinavie se retrouve confrontée à la real politic et à une conjoncture difficile, ce qui n’empêche pas les structures culturelles de garder leur force créative, et ce, même dans le domaine de l’économie.

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