Mercredi 2 novembre 2016

L'économie du livre résiste au numérique

Aujourd’hui sera dévoilé le prix Médicis, demain le Goncourt et le Renaudot. A cette occasion, notre chroniqueur Antoine Pecqueur a souhaité revenir sur le marché du livre.

L’année dernière, ce secteur avait retrouvé le sourire : après 5 années de baisse consécutive, le marché connaissait en 2015 une hausse de 1,5% sur l’année. Ce ratio se base sur le chiffre d’affaires généré par les ventes, selon l’agence GFR. Les chiffres complets pour l’année 2015 ne sont évidemment pas encore présentés, cependant, ceux du premier semestre ne sont pas aussi bons, loin de là. On constate en effet, une baisse de 1,8% (en comparaison avec le premier trimestre 2015, dont la hausse avait été de 5,5%). Alors comment l’expliquer ? Les professionnels avancent plusieurs pistes. L’année dernière, il y a eu la sortie de locomotives de ventes comme « Soumission » de Houellebecq, qu’il n’y a pas forcément eu cette année. D’autres mettent en avant l’impact des attentats : comme les lieux de culture ont été attaqués, la librairie peut être vue comme une cible. Et par ricochet, la baisse du tourisme peut aussi jouer. Pour ces raisons, le secteur du livre attend avec impatience l’annonce des prix littéraires, et en particulier du Goncourt, propre à toutes les ventes. Un bon prix Goncourt peut mener les ventes jusqu’à 500 000 exemplaires.

On en vient donc à se demander ce que devient le livre numérique face à cela. Il y a deux situations à distinguer. En France, le livre numérique est en croissance, 25% de progression en 2015 grâce notamment au marché du livre scolaire. Mais attention, le livre numérique reste toujours marginal car il ne représente que 3% des ventes en nombre d’exemplaires et seulement 2% en valeur. Dans les pays anglo-saxon, la situation est complètement différente : ces pays ont été bien plus friands de l’e-book. En 2015, 24% des ventes totales de livres aux Etats Unis étaient des ventes de livres numériques. Ces chiffres sont donc complètement différents de ceux du marché français.
Mais aujourd’hui, le marché connait une véritable chute. En début d’année, les ventes de livres numériques aux Etats-Unis ont baissé de 25% ! Ce qui s’explique notamment par le prix des liseuses, mais surtout le prix des livres numériques eux-mêmes qui sur Amazon sont parfois plus cher que les livres imprimés. Vous l’aurez compris : l’e-book n’est donc pas la poule aux œufs d’or. Mais quel avenir pour le livre dans ce contexte ? Pour la France, le cabinet PwC a fait un peu de prospective et prédit un recul du marché du livre imprimé jusqu’en 2020, et une hausse timide du livre numérique mais qui ne peut compenser les pertes de l’imprimé. Pour autant, la France reste plutôt bien chanceuse, grâce aux prix uniques du livre et qui va d’ailleurs aussi être instauré par décret en Belgique.

Parmi les finalistes du prix Goncourt il y a un livre que j’ai adoré (Antoine P.), même s’il ne parle pas d’économie, est « Petit pays » de Gaël Faye. Non seulement parce qu’il est musicien (chanteur de rap), mais parce qu’il a su trouver les mots justes pour raconter l’horreur, à savoir le conflit qui a ravagé son pays, le Burundi. Le conflit hutu tutsi raconté à trouver les yeux d’un enfant, c’est ce magnifique récit d’initiation sorti chez Grasset et qui nous rappelle que l’Afrique est un continent passionnant d’un point de vue littéraire.

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