Mardi 4 octobre 2016
2 min

Jean-Philippe et Françoise Billarant, les mécènes de la musique contemporaine

Aujourd'hui, notre chroniqueur Antoine Pecqueur nous dresse le portrait d'un modèle économique nouveau et alternatif au manque de financement public: le couple Billarant, où comment storytelling et philanthropie soutiennent les créations contemporaines...

La semaine dernière, nous vous parlions de l’économie de la musique contemporaine, notamment en insistant sur le fait que ce genre était dépendant en France des subventions publiques. Par exemple, les subventions publiques représentent 80% du budget du Festival Musica.
Contrairement à ce qu’on observe dans l’art contemporain, l’argent privé est rare dans la musique contemporaine... On peut toutefois noter une exception : le couple de mécènes Jean-Philippe et Françoise Billarant, un couple indissociable.
Diplômé de SciencesPo et de l’ENA, Jean-Philippe Billarant reprend les rênes de l’entreprise familiale dans les années 1970, Aplix, aujourd’hui numéro 2 mondial de l’autoagrippant (ce qui permet de fixer les garnissages des sièges dans l’aviation, le médical…). L’entreprise marche : elle représente environ 200 millions d’euros de chiffre d’affaire.

Le premier indice du tropisme des Billarant pour l’art est que l’usine d’Aplix, près de Nantes, a été dessinée par Dominique Perrault, l’architecte de la Bibliothèque Nationale de France, qui signe, une fois encore, un bâtiment remarquable. Mais surtout, la première passion des Billarant est l’art contemporain, avec une prédilection pour l’art minimal. Ils collectionnent les œuvres de Buren, François Morellet, Bertrand Lavier… Une collection qu’ils exposent depuis 2012 dans un ancien silo réhabilité, dans le Val d’Oise, à Marines exactement.
Mais en voyant, ces dernières années, une dérive de plus en plus spéculative de l’art contemporain, les Billarant ont décidé de se tourner vers la musique contemporaine : ils sont parmi les premiers mécènes privés à s’y intéresser, car, contrairement à l’art contemporain, il n’y a ici rien de matériel. En effet, il est impossible d’exposer sa collection d’œuvres de musique ! Ce qui est important à souligner est que les Billarant ne vont pas aider un festival ou un ensemble, mais vont toujours directement soutenir les compositeurs en finançant la commande d’une œuvre. Ils ont ainsi financé un grand nombre de créations, de Philippe Manoury (la première pièce qu’ils ont soutenue est « To Echo » ) à Raphael Cendo.

Leur credo est le même qu’en art contemporain : soutenir des esthétiques engagées, radicales, autant dire qu’on ne les verra pas aider des compositeurs néo-tonaux, par exemple.

Et leur initiative est porteuse : les Bouffes du Nord ont, par exemple, sollicité le mécénat particulier pour le financement d’une œuvre, « O Mensch ! » de Pascal Dusapin. Même si nous sommes loin de la philanthropie américaine dont il était question hier, on espère une certaine pérennité pour ce genre d’initiative.
A noter enfin que Jean-Philippe Billarant ne se contente pas seulement d’être mécène : après avoir présidé le conseil d’administration de la Cité de la Musique, il vient de prendre la tête du CA du Centre National des Arts Plastiques, jonglant ainsi entre ses deux passions.

Si aujourd’hui, leur soutien est plus que jamais essentiel, dans une période fragile en matière de financement public, on ne peut que saluer et espérer le développement de ces nouveaux modes de financement pour la bonne survie des arts et de la culture en tous temps et en toutes conjonctures.

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